Colorful

Publié le par Twinsunnien

Le BluRay.

Le BluRay.

Tout comme HOSODA Mamoru, HARA Keiichi est considéré comme la nouvelle garde de l'animation japonaise, ou nouvelle vague, comme vous voulez. Reprendre l'héritage des OTOMO ou MIYAZAKI est particulièrement lourd, et pourtant les deux premiers réalisateurs que je cite avaient réussis leur coup avec La traversée du temps pour HOSODA et Un été avec Coo pour HARA. Si je débute par le deuxième long métrage du réalisateur du jour, c'est parce que c'est ainsi que j'ai découvert son œuvre, je possède aussi Un été avec Coo que je traiterai plus tard. Bon, avant d'aller plus loin, je ne cite que ces 2 réalisateurs car je ne parle que de ce que je connais, je me doute que d'autres talents, comme SHINKAI Makoto (La tour au-delà des nuages, Your Name) ou le regretté KON Satoshi (Tôkyô Godfathers, Paranoïa Agent), méritent aussi notre attention. Bon donc, regardons la bande annonce en VOSTFr, comme la façon dont j'ai vu ce film.

Vidéo de CinéCoulisses.fr.

Déjà ici, point de rigolade. Nononononon. Le film s'ouvre en vue subjective, le personnage ne s'exprime que grâce à des textes, nous ignorons son identité donc. Pura Pura, un ange, vient nous dire que le Patron nous offre une seconde chance, enfin au personnage principal, il va prendre la place d'une âme d'un jeune collégien ayant mit fin à ses jours. Ceci est une épreuve pour que le Patron voie si le personnage mérite de rester dans le cycle des réincarnations ou non. Il faudra pour cela se rappeler de ce qui l'a amené ici.

Le personnage que nous allons suivre va donc prendre le corps de Makoto Kobayashi, à travers un miracle, les médecins (ainsi que la famille de l'adolescent) le croyant mort. Nous allons, comme spectateur, apprendre à connaître Makoto et son entourage avec l'âme d'une personne dont on ignore tout. Au début c'est l'incompréhension qui prend place, des parents aimants, bon le grand frère est un peu distant mais rien de grave, donc un environnement stable, Makoto a du talent pour le dessin et la peinture, non non, on ne comprend pas le geste du jeune collégien.

Puis Pura Pura distille des informations, la veille de son suicide Makoto a appris que son amour secret se prostituait, entrant dans un love hotel avec un homme beaucoup plus âgé qu'elle, pire, sorte de second effet Kiss Cool, il verra sa mère sortir de cet hôtel avec son professeur de Flamenco.... on devine la détresse émotionnelle dans laquelle se trouve Makoto avant de s'enfiler les médicaments de sa mère. Vouant une haine pour la mère de Makoto, l'âme va se bloquer, s'enfermer, avant finalement de décider de retourner à l'école. Où l'on apprend que le jeune garçon est le plus mauvais élève de sa classe.

Je ne vais pas tout dire de peur de trop en révéler, durant les 2h06 du film, il se passe pas mal de chose, même si rien n'est foufou. Le rythme est posé (et non pas lent), et l'on découvre la situation pas aussi belle de Makoto. Le thème principal est le suicide. C'est indéniable. Et certaines scènes peuvent choquer, comme quand Hiroka propose à Makoto de coucher ensemble pour 20 000 Yens, ou la dureté avec laquelle l'âme en Makoto rejette sa mère et tout contact (ne voulant pas manger les repas maternelles) avec elle. Seulement on assiste à une sorte de renaissance, vu que malgré ses déboires (ceci est un euphémisme), il arrivera à se faire un ami en la personne de Saotome (pardon du spoil), à travers une excellente scène où les deux garçons remontent une ligne d'un Tramway disparu depuis longtemps. On pourra voir la volonté de mémoire du Japon d'ailleurs, gardant les rails pour faire des barrières ou faisant des allusions à travers le carrelage ou des stèles rendant hommage à l'ancienne ligne de Tram.

C'est lors d'un repas familial que l'abcès sera crevé, à travers une scène pesante, lourde, mais libératrice. Pourtant l'âme ne comprend toujours pas son méfait, mais assure un avenir à Makoto. C'est finalement le fameux tableau et surtout la camarade timide qui éluderont ce mystère. Bon, je ne vous cache pas qu'on le devine bien avant, mais le tout est logique et superbe. Ah, comment dire, entre Hiroka qui explose en se demandant si elle est normale, avec ses pensées sombres, il en va de même pour Shoko qui était brimée elle aussi par ses camarades, avant de devenir transparente. Si le thème abordé est le suicide, il parle aussi de l'adolescence, et de cette recherche de soi, (la palette de couleur donnant le titre au film), ainsi que de la cruauté des camarades, et là je ne sais pas quoi rajouter. Il y a aussi le cocon familial, qui est important pour la stabilité des ados, on devine (et là je spoil) ce qui a entrainé la mère de Makoto à tromper son mari, lui qui ratait tous les repas du soir, n'était pas assez présent, faisant que sa femme n'avait plus envie de cuisiner et se sentait seule, assez pour la pousser à coucher avec son professeur de flamenco, ce qui lui provoqua des insomnies, donc elle demanda des cachets, médicaments qui seront utilisés par Makoto pour se tuer. Là on constate que le scénario est très bien écrit, c'est une adaptation du roman d'Eto Mori, faite par Miho Maruo, et c'est brillant.

Techniquement parlant, c'est bluffant, c'est de toute beauté, on dirait presque une vraie.... pardon je cite La tour Montparnasse infernale là, désolé, mais purée comment c'est beau. Le chara-design marche bien en plus, et les paysages et autre décor sont superbes. Le doublage est nickel, comme d'habitude avec les japonais. Au niveau de la musique, je n'ai pas grand souvenir de celle ci, juste que j'ai reconnu la voix de miwa sur le thème principal, me faisant dire que j'aime bien cette artiste et que je ne possède pas assez de disque d'elle. Dernier point, j'ai un petit livret assez détaillé d'une vingtaine de pages qui accompagne cette version BluRay, plutôt sympathique je trouve.

Sur un rythme posé, le réalisateur HARA Keiichi nous offre une ode à la vie, une œuvre anti-suicide d'une noirceur sans égale malgré le côté coloré de la photographie. Un scénario maîtrisé, quoique on arrivera à en deviner la fin vers le milieu du film, une esthétique parfaite, aussi bien visuelle que sonore. Les 2h06 passent vite, et le film est rempli d'émotion, mais aussi de passage choquant, avant de finalement se terminer de fort belle manière. Ce sont les thèmes abordés qui surprennent le plus. Pensiez-vous entendre parler du harcèlement scolaire, du suicide, de l'adultère, du surbooking, de l'angoisse des examens, de l'échec scolaire, et j'en passe, le tout dans un même film. Oui, quand on a l'habitude de voir (ou que l'on sort tout juste comme ce fût le cas juste avant de voir ce Colorful) Summer Wars, nettement plus léger, bah le choc est violent. Le film fonctionne sans utiliser l'humour, bon, il y a des passages où l'on sourit, mais c'est plus l'émotion jovial de voir le personnage reprendre goût à la vie qu'autre chose qui nous fait sourire. À ne pas montrer à tout le monde, sachant que les plus petits ne saisiront pas les enjeux des thèmes abordés, à partir de 10-12 ans je pense, avant c'est débile de montrer ce film aux plus jeunes. J'ai adoré en tout cas, superbe film montrant que la vie vaut le coup d'être vécue, même au fond du trou, à voir.

@+

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