Good luck Algeria

Publié le par Twinsunnien

Image de www.allocine.fr.

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Comédie franco-belge réalisée par Farid Bentoumi, s'inspire de l'histoire vraie du frère du réalisateur, qui a décidé d'aller aux J.O. de Turin en 2006 pour représenter l'Algérie. Bon, déjà, ici le film ajoute beaucoup de chose, le rendant chef d'entreprise cherchant à sauver son entreprise de fabrique de ski de très grande qualité de la faillite. Samir Bouajila interprète donc Samir Zitouni, français issu dont le père est algérien, a fait sa vie, brillantes études, étant même chasseur alpin pendant un moment. Il a une femme franco-italienne qui est enceinte et aussi une petite fille Stella. Son associé Stéphane Duval, ancien champion de France de ski de fond, a donné son nom à la marque de ski créée par Samir, 100% français, mais qui ne se vend pas assez, à une centaine de paire près. Heureusement un sportif finlandais, non, suédois, a décidé de choisir la marque Duval comme équipementier pour les prochains Jeux Olympiques. C'était le coup de pouce nécessaire pour faire connaître à moindre coût cette marque issue d'une petite entreprise qui aime et connait son métier. Bon, je résume super mal, donc on regarde la bande annonce de ce film sorti en 2016.

Bande annonce, vidéo de FilmsActu.

Chaque mois j'ai le droit à un code de réduction sur wuaki, si au début de cette offre (via priceminister), c'était un film en HD pour 0.99€, depuis quelque temps c'est 0.01€ pour de la SD, finalement suffisante, et histoire de ne pas le donner gratos quoi. J'ai hésité entre Hibou de Ramzy Bédia ou Good Luck Algeria. Pourquoi un film français? Car sur cette plateforme de VOD, certains films ne sont dispo qu'en VF ou en VO non sous titrée, ils sont rares les films en VOST, du coup je me dirige vers des productions françaises. Si Hibou ressemble, dans sa bande annonce, à du Quentin Dupieux, GLA me paraissait être un Rasta Rockets à la française. Oui, carrément en fait, pas très rassurant pour le film de Bentoumi, et pourtant la BA m'a convaincu.

Donc les sujets traités sont archi nombreux, et ici, commençons par le début, pas de comédie lourdingue façon Danyboon ou Kev Adams pour les plus jeunes. Pas le genre de bouillie insipide que l'on nous sert genre Brice 3 ou Camping 3 ou Les visiteurs 3, ici, et malgré la présence d'un Gastambide pouvant être très bon avec Les Kaïra ou moins bon avec Pattaya (film vu grâce au code wuaki d'ailleurs), l'humour est sobre. Pire, nous ne sommes pas dans le sensationnalisme d'un Disney et son Rasta Rocket (très bon film hein, mais aux ficelles un peu trop prévisibles je trouve). Encore mieux, nous sommes en face d'un film parlant de fait de société, comme le racisme, le chômage, digne d'un film chiant que les bobos aiment voir, mais abordé avec une pudeur qui rend le film pas chiant à voir. La réalisation est magnifique avec ces étendues enneigées, mais aussi avec une vision de l'Algérie très intéressante.

Car oui, le chemin sera difficile, comme quand Samir cache à sa femme enceinte et au fort caractère, qu'il s'entraîne pour ce truc fou de participer aux J.O., physiquement il doit se forger un corps d'athlète, or il a une petite quarantaine, mais sa motivation est puissante, il croit en son entreprise et veut tout faire pour la sauver, quitte même à partir au bled, pour aller chercher les 20 000$ que le CIO offre aux athlètes des petits pays. Bon, il faut aller récupérer les sous à la fédération de ski algérienne (la surprise au téléphone quand Samir découvre qu'il existe une fédé de ski algérienne), bon, là c'est la passage un peu cliché. Déjà, étant né en France, notre personnage doit faire une demande auprès de l'ambassade d'Algérie, avec un fonctionnaire casse noix (comme les français quoi). Puis re-cliché avec les costards cravates de la fédération, qui, sur les 20 000$, ce sont bien servis. Avec la Mercedes toute neuve, ça fait un peu mafieux, mais ça passe malgré tout. Surtout qu'après cet échec, et alors qu'il n'est pas encore qualifié pour les jeux, il décide d'aller voir sa famille, ce qui rend heureux sont père, Kader Zitouni, un personnage attachant comme pas permis je trouve, qui ne jure que par ses terres et la famille. Là on change complétement d'atmosphère, nous sommes dans un pays chaud, loin des Alpes, et surtout la mentalité est bien différente. Ainsi, si Samir ne plante pas quelque chose sur ses terres, son cousin les lui prendra, et puis c'est tout. Bizarrement, je déteste quand ça gueule dans les films français, comme pour se donner un genre actor studio ou cour Florent chez nous, et bien ici au contraire, ça nous montre la différence de vision entre le cousin, algérien pur souche, et le français érudit qu'est Samir, on en oublie presque que Samir a une course à faire en rentrant.

Aaaaaaah, et encore, j'ai peu parlé de la banquière, absolument détestable, ne cherchant pas à comprendre les soucis de l'entreprise. Ou alors le côté violent du petit mobile home mit à la disposition des skieurs africains alors que les gros pays de skis ont d'immense semi-remorque à leur disposition. A trois dans ce petit espace pour se préparer, le congolais qui propose un café dans un gobelet plastique, et le sud africain dépité car son matériel a été perdu lors du voyage. Samir n'hésitant pas à partager ses paires de ski avec ses nouveaux amis, et allant voir la banquière en lui expliquant qu'ils peuvent se faire connaître en fournissant les skis aux petits pays, idée que la banquière balaye d'un revers de la main, n'y croyant pas. Il y a aussi ce passage à l'école, quand Stella, 8 ans, frappe un de ses camarades l'ayant traité de "sale arabe", ce qui ne semble pas offusquer la directrice (ou maîtresse, je sais plus), le racisme quotidien "mais c'est pas méchant", et de voir Bianca (la femme de Samir), s'en offusquer fort logiquement. Dans cette scène on voit tout le côté "je suis pas raciste mais..." des bons petits français blancs, le tout abordé avec une retenue et une pudeur incroyable de la part du réalisateur.

Je n'ai pas parlé des phases à la "Rocky", avec l'entraînement intensif de ce chef d'entreprise, pour, non pas accomplir un rêve, mais bien une obligation pour sauver sa boîte. Le voir se donner à fond, avec une intensité incroyable une fois de plus. Les compétitions au nombre de 3 ne sont pas ultra présentes, juste ce qu'il faut en fait, pire, on ne verra quasiment rien des J.O., mais une fois de plus, ça ne gêne absolument pas. Franck Gastambide en entraîneur est excellent, juste, drôle comme il faut, sans en faire des caisses.

Pfiou, et j'en oublie, mais concluons car de toute façon il vous faut voir ce film. Commençant comme un film chiant parlant des problème d'une petite entreprise, mais restant captivant tout de même car ayant des personnages attachants. Le film se transforme en "Rocky" version ski de fond, sans en oublier d'approfondir ses personnages, ni même sans oublier de parler des problèmes quotidiens, aussi bien d'argent que relationnel avec sa famille. Le personnage de Kader Zetouni (le père de Samir) est juste exceptionnel, attachant, drôle, touchant, j'ai cru qu'il allait lui arriver une certaine chose pendant un moment, mais le script est asse intelligent pour ne pas sombrer dans cette facilité. La réalisation est nickel, tout est lisible, on ne se perd jamais, et mieux, j'ai vu Alger différemment de l'idée que je m'en faisait. Bon, on n'échappe pas aux clichés des mafieux gérant la fédération de ski, ou même du machisme masculin, mais une fois de plus le thème de l'immigration y est abordé, le racisme, la galère en temps difficile avec le risque de perdre son entreprise, mais aussi la différence entre les grosses nations du ski et les moins reconnues (pour être poli). La pudeur extrême de la scène de la saisie de la voiture (la caméra reste dans le véhicule alors que Samir et Duval parlementent avec l'huissier), l'humour juste, drôle, efficace, sans en faire des caisses, l'émotion que l'on ressent lors de certaines scènes, une fois de plus sans en faire des caisses. En fait c'est le ton employé qui est juste, on y parle de faillite, de racisme, de machisme, de différents point de vue, sans jamais juger, c'est un putain de régal en fait, ce genre de film est trop rare de nos jours dans notre pays pour y passer à côté. Ayant la retenue des premiers films de Pierre François Martin Laval (avant Les Profs), un humour juste, loin d'être gras, mais aussi abordant des sujets tabous avec une pudeur jamais vue, je vous recommande plus que chaudement ce film, il vous fera rire, parfois pleuré, le tout sans aucun artifice, enfin une comédie française intelligente qui ne casse pas les couilles, à voir!

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