Patients

Publié le par Twinsunnien

Image de www.allocine.fr.

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Sorti en ce début de mois (le 1er Mars), Patients est un film s'inspirant de la vie du slameur Grands Corps Malade (Fabien Marsaud de son vrai nom), qui s'est retrouvé tétraplégique suite à un plongeon dans une piscine ne contenant pas assez d'eau. Il a d'abord écrit un livre, dont ce film, qu'il co-réalise avec Mehdi Idir, est une adaptation. La première phrase ne laisse aucun doute quand au vécu de ce que nous allons voir, soit 1 année d'espoir, de doute, de rencontre, entre l'hôpital puis surtout le centre de ré-éducation. Oui, je sais, le synopsis est carrément moins con que ce que j'ai l'habitude de voir au cinéma, oui, bon, pire, j'ai découvert ce film lors d'une entrevue de Grand Corps Malade au journal de 20h, genre je regarde rarement le journal (et la télé en général), et là, le thème, la façon dont c'est abordé, plus le fait qu'il ai vécu ça, nous assure une approche originale et pas larmoyante sur le sujet, contrairement a ce que fait le Téléthon, cherchant, par moment, un peu trop à faire chouiner tout le monde. La bande annonce est efficace, sobre, joue peut-être un peu trop sur la comédie, mais, fait rare pour un film français, montre bien le ton du film en laissant pourtant de bon moment à voir (généralement tous les meilleurs moments sont dans la BA). D'ailleurs regardons la.

Vidéo de FilmsActu.

En plus de placer les faits dans la réalité, en jouant sur le côté toute ressemblance avec des personnes existantes est volontaire, alors que le cinéma dit l'inverse, c'est cette vue subjective qui d'emblée va capter le spectateur. Alors que les bruits alentours se font de plus en plus distincts, nous devinons que nous entendons et apercevons la vision de Ben, qui arrive à l'hôpital. On voit ce que peut ressentir un patient arrivant aux urgences, puis subissant les soins. La vue floue, le clignement des yeux, même la partie anesthésiée, avec le réveil, les proches, et le corps hospitalier. Pour une mise en abîme ça commence fort. Le coup des tuyaux et des premiers mots marque aussi.

Ce n'est qu'à la sortie de l'hôpital, lors de son transfert au centre de ré-éducation, que la caméra devient classique. Pour une première réalisation, les 2 hommes s'en sortent haut la main, avec beaucoup de travellings doux, comme si nous étions sur un fauteuil. Bon, là nous découvrons Ben, jeune basketteur voulant faire prof de sport, qui à la suite d'un accident débile (mais assez courant finalement) va devoir tout apprendre à nouveau. Tétraplégique incomplet, il peut remuer l'orteil de son pied gauche, les épaules, et le bras droit, tout le reste doit être ré-éduqué à travers beaucoup de travail.

Lors de l'arrivée dans le centre, on voit aussi la détresse de la famille, la mère de Ben faisant une fixation sur la vue avant de fondre en larmes, mais aussi on voit comment les soignants se présentent, et aussi les résidents. Le Kiné est incroyablement cool et attentionné, alors que la médecin chef semble être plus guindée, sèche. Ah, petite précision, les acteurs sont immenses, je ne tilte que maintenant, mais on retrouve Anne Benoît qui a joué dans le livre VI de Kaamelott, elle était la "bonne" du premier amour d'Arthur à Rome. Son personnage sera à l'origine d'une des nombreuses scènes chocs qui parsèment ce film, quand Jean Marie estime qu'elle peut faire le transfert et qu'en fait non. Si on rigolait tout du long du film sur le fait que Christiane pourrait tuer quelqu'un un jour, là on constate qu'involontairement, son manque de force et son côté rude, pourrait faire que cela arrive un jour. Pablo Pauly, qui joue Ben, est juste, mais juste divin, sobre, plein d'humour, mais aussi vide quand il découvre que son espoir est vain, ah, cette scène dans le bureau de la médecin chef, ouch.

Mais bon, qui dit centre de ré-éducation, dit autres pensionnaires, ainsi nous allons découvrir Farid, Steeve, Toussaint, plus tard ce seront Samia et Eddy, chacun avec leur propre histoire, parfois "modifiée". Si au début Ben est en chambre individuelle, il va plus tard, faire chambre commune, et là nous découvrirons que si les handicapés que nous voyions jusque là étaient plein d'humour, d'espoir, et plutôt normaux, on va découvrir qu'il existe aussi des cons, et des êtres aussi dangereux, bon, c'est relatif, mais Eddy a quand même prit une balle dans le coup, et fait son maximum pour que ses potes ne répliquent pas. Le passage le plus marquant reste, je trouve, la découverte des TC. Trauma crâniens. Là les cas sont graves, les gens n'ayant plus de mémoire, ou souffrant de désinhibition les voyant balancer des injures à tout bout de champs, ce qui fait d'ailleurs rigoler nos personnages principaux, sauf que voir le kiné se faire insulter sans cesse lors de la séance de ré-éducation me fait dire qu'il faut avoir un moral en béton pour travailler là dedans.

En parlant de corps médical, la rencontre avec Jean François, l'aide soignant du matin, est excellente, vous arrachera un sourire tant le personnage est lourd et fait tout pour balancer une bonne humeur. Ben ne comprend pas pourquoi JF ne le tutoie pas mais dit tout le temps "il", c'est pour marquer une frontière, pour rester détaché qu'il fait ça. JF ne pourra s'empêcher de lancer les clips (on voit M6, car l'action se déroule dans la seconde partie des années 90), puis M6 Boutique, qui nous donnera une scène montrant que la société de consommation se fout royalement des handicapés, on y voit une pub pour un matériel de musculation et le présentateur (Pierre Dhostel) dire que ce mouvement est très facile à faire, que tout le monde peut le faire....

Ainsi nous suivons donc Ben à travers son rétablissement, qui ne sera jamais complet comme il l'apprend vers le milieu du film, alors qu'il venait juste de dire à Samia qu'il ne comprenait pas les suicidaires, provoquant la colère de la jeune femme. Nous verrons ses amis basketteurs, mais aussi et surtout le cercle se constituant et la solidarité que l'on croit parfaite entre handicapés se voit quelque peu malmenée. En fait ce sont juste des personnes normales à qui la vie a joué un mauvais tour. On y verra beaucoup d'accidenté de voiture ou de la circulation, nous faisant dire que chacun d'entre nous peut se retrouver dans cette situation. Oui, je sais ce que vous vous dites, "moi je suis un connard de parisien, je n'ai pas de voiture, ni de scooter, je prends le tromé, donc ça ne m'arrivera jamais", oui, bah petit con si tu traverses la route, ou une rue, ça peut t'arriver. Euh mais donc, comme le dit si bien Farid, ce que les gens voient en eux, c'est le handicap, ce n'est qu'après qu'ils découvrent qu'en fait il y a une personne normale, gentille, drôle, ou même conne, la première image qu'il donnera tout le temps aux gens, c'est l'image d'un handicapé, et ça il ferait mieux de l'assimiler.

Le personnage principal est plus qu'attachant, avec son optimisme, son sens de l'humour, nous ne pouvons que ressentir de l'empathie pour lui. Et même quand une idylle qui pue des pieds semble se dessiner, ça fonctionne. Il faut dire que le ton du film n'est pas larmoyant, nous ne sommes pas dans du surjeu à la française, nope, le ton est juste, pire, réaliste, voire normal quoi. Nous oublions très vite que nous sommes dans un centre pour handicapé, et prenons avidement chaque information offerte sur le passé des personnages. Bon, je dois reconnaître un tout petit défaut, le film est un peu trop basé sur un sens de l'humour parfois limite, dans la bande annonce on y entends par exemple "bande de tétra", et entendre la salle rire à ça, moi ça me fait bizarre. Un peu comme si les spectateurs riaient nerveusement, ou jaune si vous préférez. Bon, sauf dans cet humour que je ne juge pas toujours drôle (mais qui fonctionne 3 fois sur 4), le reste est nickel. Je repense à cette conversation entre Ben et Farid sur le compagnon de chambre du premier, il en a marre d'entendre parler de motos à tout bout de champs et Farid lui dit de parler de piscine comme si c'était un pro, la réaction de Ben est géniale "ouais, je vais lui parler de chlore et tout", et la scène suivante voit le dialogue entre les deux coloc', où l'on entend Ben dire qu'ils utilisent les mêmes moteurs pour faire des piscine à vagues. Là, ça fonctionne méchamment (ou quand Ben trouve débile que son coloc' affiche des photos de motos alors que c'est ça qui a provoqué son accident, genre lui il met des tofs de piscine?), surtout que l'aide soignante débarque pour le caca.

Car oui, en plus d'arriver à nous attacher à ses personnages, le film n'oublie jamais de nous montrer frontalement les difficultés nombreuses qu'ils ont pour faire des choses simples, comme passer le sel à la cantine, aller aux toilettes. La joie de Ben quand, enfin, il peut se déplacer sur son fauteuil, sorte de nouvelle vie s'ouvrant à lui. Le personnel médical gravite, fourmille, et on ne s'attarde pas trop sur eux, mais on les voit tout de même, quand Toussaint engueule Christiane car elle n'aide pas Ben qui découvre comment manger avec une fourchette adaptée. Une fois de plus, même si le personnel est parfois rustre (ou détestable comme cet aide soignant gueulant contre Ben pour une virée nocturne), on reste tout de même admiratif de leur taf. Je repense à une autre scène, concernant je ne sais plus quelle infirmière ou aide soignante, disant qu'elle a encore beaucoup de patients à voir.

Bon, je pense que vous l'aurez deviné, j'ai adoré ce film, car il parle d'un sujet tabou avec justesse. Vous pouvez me citer La famille Bélier ou Intouchable, mais pour le premier le personnage principal n'est pas handicapé, et pour le second nous sommes en face de ce que kiffe les bobos, soit un affrontement entre deux univers, le jeune de banlieue et le riche tétraplégique, ainsi nous ne sommes pas dans la normalité je trouve. Je vous conseille tout de même ces deux films qui sont très bons, mais à mille lieux de ce Patients, au double sens excellent, Patients comme "clients" (hommage aux Inconnus pour le coup ^^) du système de santé, ou Patients comme la patience à avoir pour avancer lentement, chaque jour. Je ne vous ai même pas parlé du suicide qui est évoqué, du côté riche vs pauvre quand Steeve se demande pourquoi il n'y a que des racailles ici, pas de bourgeois. Ou ce concert durant lequel le chanteur ne cesse de répéter "la vie c'est trop bien", avec ses paroles affligeantes, montrant l'inquiétude des valides quand au psychisme des handicapés. L'histoire présentée ici est superbe, sobre, juste, parfois un peu lourde dans son humour, mais souvent drôle quand même. L'heure cinquante passe à une vitesse monstrueuse, on ne s'ennuie jamais malgré un rythme posé. Ce film est à voir, c'est tout ce que je peux vous dire, c'est brillant de A à Z, j'ai adoré.

@+

Le ticket.

Le ticket.

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