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Cultivons la curiosité

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Belle

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Allez, hop, on repart, direction opération chialax. Ah ouais, première phrase de l'introduction et déjà je ne vous donne pas envie. Et bien ce serait une erreur. HOSODA Mamoru est juste mon réalisateur d'animation préféré, devant feu KON Satoshi. Et ce n'est pas pour rien. Depuis la sortie de "La traversée du temps" (2006), il sort au rythme métronomique 1 film tous les 3 ans. Euh sauf entre "Belle" (2021) et "Scarlet et l'éternité" (2025), ses 2 derniers films en date. D'ailleurs je viens de constater, petit aparté dans cette introduction ratée quoiqu'il arrive, que son dernier film en date est sorti depuis mars 2026 en France, et qu'il n'a pas été diffusé dans mon cinéma. Après vous vous étonnez que je n'y aille plus... Point cool de la nouvelle chronologie des médias, il est disponible depuis juillet en BluRay, ce que je viens juste de constater et donc de commander. Reste que malheureusement c'est Sony qui édite le BluRay chez nous et non pas All The Anime.

 

On continue l'introduction ratée, et justement, laissez-moi vous parler de l'éditeur All The Anime. Qui m'a fait racheter "Summer Wars" (2009) et "Ame & Yuki : Les Enfants Loups" (2012) dans des versions ultras collectors BluRay 4K. Leurs versions sont sublimes, chères, mais ça vaut le coup. Au pire, vous avez toujours le BluRay classique qui se trouve dans les 25€. Avec "Belle", HOSODA réalise là son huitième film si on compte les 2 segments (sur 3) de "Digimon : Le Film" (2000). Et il se trouve qu'avec "Scarlet et l'éternité", "Belle" faisait partie des 2 films non vus de ce réalisateur à ce jour. Alors, sans rien savoir du film, j'ai plongé dedans. Nous allons y voir plein de références, que j'essaierai de citer au mieux. Sachez que HOSODA réalise et scénarise ce film, qu'il dure 2h01, et il ne manquera pas de vous faire chialer. Petite bande annonce en version française tandis que le long métrage a été vu en version originale sous titrée en français.

Vidéo de Wild Bunch

Alors honnêtement, je fais partie des personnes chiantes qui préfèrent la version originale à la version française (VF), et juste en entendant la bande annonce, je confirme que c'est évidemment meilleur en version originale. Par contre, le choix de Louane en interprète de Bell/Belle/Suzu est plus que pertinent, et permet d'avoir une VF de bonne facture, qui n'est pas dénaturée dans ses parties chantées. Je viens de lire sur la fiche wikipédia du film que HOSODA voulait en faire une comédie musicale, et, même si ce n'est pas le cas, on ressent cette volonté à travers 4 ou 5 chansons sublimes, importantes dans le récit, qui ne manqueront pas de vous faire pleurer. C'est pourquoi le talent d'interprète de Louane est plus que bienvenu ici.

 

Si je devais résumer "Ryû to sobakasu no Hime", soit "Le Dragon et la Princesse aux tâches de rousseurs", avec pour sous titre "Belle", en français dans le texte, je citerai pleins d'œuvre. La plus évidente est "La Belle et la Bête". Peu importe que vous ne preniez la version Disney, ou le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (oui, ça date de 1756 et des personnes avaient des noms à rallonge à l'époque), le principe est là. La base est là. On pensera plus au film de 1991 réalisé par Gary Trousdale et Kirk Wise ou sa révision réaliste de Bill Condon (2017), à cause du château, de la scène de danse et de l'importance des chansons. Mais pas que. Car "Summer Wars" et son monde virtuelle, ici U remplace Oz, sont de la partie. Mais pas que. J'ai aussi vu, et je pense que c'est parce que la musique réunit les personnes, "K-Pop Demon Hunters" (Maggie Kang et Chris Appelhans, 2025) qui est invoqué à la fin. Même si il date d'après, on peut y voir une similitude. Mais il ne faut pas trop que j'en dévoile.

 

On débute par la découverte de U, un monde virtuel, où tout le monde est relié à son AE (on croirait le concept du groupe de K-Pop aespa) par moyen biométrique. Ainsi, l'application scanne ce que vous êtes, et retranscrit sur votre AE, ce à quoi ressemble votre Moi intérieur. On y découvre Belle (NAKAMURA Kaho) en train de chanter sur une baleine. On nous explique ce qu'est U, et voilà quoi. Puis on prend connaissance de Suzu (toujours NAKAMURA Kaho), une lycéenne de la banlieue campagnarde de Tôkyô. Elle est un peu amorphe, et on découvre aussi Hiroka (IKUTA Lilas), sa meilleure amie geek, qui aime bien critiquer tout le monde. Je ne vais pas présenter tout les personnages, mais sachez que l'on nous introduit rapidement 2 garçons, Shinobu (NARITA Ryô), ami d'enfance de Suzu, et Shinjiro (SOMETANI Shôta), lui est plus une sorte de faux rebut, car il paraît bizarre aux yeux de tout le monde, mais semble s'en moquer. On nous montre aussi la fille la plus populaire du lycée, la très jolie Ruka (TAMASHIRO Tina).

 

Alors sachez que ce ne sont pas non plus des clichés. Ruka n'est pas une peste, on le verra plus tard, et Shinjiro n'est pas si bizarre que ça. Mais passons. Car Suzu, notre héroïne, a un trauma, qui explique qu'elle soit un peu amorphe. Alors qu'elle se remémore sa jeunesse heureuse avec sa mère, on apprend qu'en voulant secourir une enfant, celle-ci est décédée. Laissant la jeune Suzu dans le désarroi. Alors qu'elles apprenaient le chant et le piano ensemble. Depuis, Suzu ne peut plus chanter. Mais devant l'insistance de Hiroka, notre héroïne va s'inscrire sur U, où elle deviendra le AE de Belle. Voulant l'appeler Bell, clochette, elle se fera rapidement surnommée Belle, comme on le dit d'une jolie fille en français. Dans U, Suzu arrive à nouveau à chanter, et s'attire aussi bien de la bienveillance, que de la jalousie.

 

Alors que Hiroka se charge de la production des musiques, des tenues, des concerts sur U (il faut voir la taille de son écran d’ordinateur), Suzu arrive à s'épanouir dans ce monde où elle peut chanter à sa guise. Enchantant quiconque écoute sa voix. Lors d'un concert, une bête horrible vient dans la Sphère interrompre la prestation de Belle. La Bête (SATOH Takeru), est surnommée le Dragon. Il aime bien se battre dans la zone dédiée à cela, mais n'est pas aimé, car il a tellement de rage en lui, que son style de combat n'est pas agréable à regarder. Il est pourchassé par la Police locale, Justice chais plus quoi, dont le leader est Justin (MORIKAWA Toshiyuki). Il ressemble à All Might de "My Hero Academia" (HORIKOSHI Kôhei), et semble faire preuve d'une grande autorité. De plus il est sponsorisé par beaucoup d'entreprise, donc il est forcément bon.

 

All Might... pardon, Justin, peut révéler la vraie identité derrière les AE, ce qui provoque un bannissement de U, juste après avoir été humilié devant des millions, voire des milliards, de personnes. Belle va ressentir de l'empathie pour Dragon, et tout faire pour savoir qui c'est, elle perçoit une personne qui appelle à l'aide, sans vraiment savoir comment ni pourquoi. Et vous le verrez, c'est impressionnant de justesse, non, comment dire, le cas de Dragon est vraiment touchant et dénonce un phénomène de société mondial. Que je ne pourrai pas dévoiler ici. Sachez que c'est très puissant, et ceci permettra en plus, à Suzu de comprendre pourquoi sa mère a voulu sauver cet enfant.

 

Je pourrai tellement dire de choses sur ce film. On se retrouve dans un monde virtuel, mais aussi dans la réalité. On y verra des adolescentes et adolescents incapables de se déclarer leur flamme. Il y a un passage dans une gare à hurler de rire à ce propos. En plus iels vont trop bien ensembles. On verra aussi la violence que peut avoir une famille monoparentale. D'un côté sur le silence pesant entre une fille et son père (comme pour Suzu), disons le fait que Suzu ne veuille pas communiquer avec son père, et autre chose de bien plus grave et violent. On y verra aussi cette volonté d'autorité, de la part de Justin, qui cherche à faire régner l'ordre dans un monde dont les créateurs avaient indiqué qu'il n'y avait pas besoin de Police. On y verra le soutien que peut apporter une communauté en ligne, mais aussi l'opposé, le harcèlement que ça peut générer.

 

Il y a aussi le fait que dans U, les AE révèlent ce que vous êtes vraiment à l'intérieur. Reflétant votre caractère, bon ou mauvais. On repense à cette mère parfaite, qui sera moquée, et apparaîtra rapidement, mais prouvera que certaines personnes sont fausses sur internet. Il y a ce mouvement incessant entre humour franchement drôle, et passages plus dramatiques, plus importants, plus sérieux. Ainsi, constatant assez rapidement que le film se basait sur "La Belle et la Bête", tout en proposant des chansons, je me suis demandé pourquoi certains films Disney m'emmerdaient, et pourquoi là j'étais touché ? Serai-je devenu un connard de bandeur du Japon ? Nope. Ici, l'équilibre est parfait. On nous parle de choses dramatiques frontalement, tout en étant capable de nous faire rire. Ici, on nous parle de faits sociétaux que l'on voudrait effacer, ne pas voir, et ceci sans pousser non plus dans la dramaturgie. Ici on ne nous force pas à pleurer ou à rire comme chez Disney. Ici on comprend les réactions des personnages.

 

On retrouve dans le style, du "La traversée du temps", le début m'y a fait penser. Lors du flashback, quand Suzu est petite, on voit les version enfants de Ame et Yuki du film du même nom. U fait ultra penser à Oz de "Summer Wars". Bref, HOSODA puise dans ses propres créations pour nous offrir une synthèse parfaite de son œuvre. On reconnaît King Kazuma de "Summer Wars" dans les traits de Dragon, et même un peu de Kumatetsu du film "Le Garçon et la Bête" (HOSODA Mamoru, 2015). Cette fois-ci, on y ajoute une touche de J-Music (ou chanson si vous regardez en version française), du plus bel effet. Les chansons ne sont pas chiantes comme dans un Disney, nope, ici elles sont importantes pour passer un message, Belle exprimant son ressenti à travers les paroles.

 

Enfin bon, je crois que je pourrai en parler longtemps. Il y est question du deuil, mais aussi de la façon d'avancer dans la vie. De bienveillance, d'aider les autres (toujours cette scène de la gare où Suzu aide 2 personnages à se rapprocher). On y voit aussi tout ce qui peut être bien sur internet, et une partie de ce qui peut être mal, surtout quand on attise la jalousie. Même si ce dernier point n'est pas trop exploité. Pendant les 121 minutes, on ne s'ennuie jamais. L'animation est à tomber par Terre, les comédiennes et comédiens de doublage sont exceptionnel·le·s. Bref, aucun défaut à voir ici. C'est limite un film parfait selon moi, car il parle des maux de la société, le tout en arrivant malgré tout à nous faire marrer sur certaines réactions, et en étant capable de passer du sérieux au comique rapidement sans choquer. Pour moi c'est un excellent film, peut-être même le meilleur de HOSODA à ce jour, sachant que "Miraï, ma petite sœur" (HOSODA Mamoru, 2018), qui était l'un des seuls films du réalisateur pas cités ici, était moins sympa, car certainement plus introspectif. Un film à voir, comme toute la filmographie du réalisateur. Sauf peut-être "Digimon, le film".

 

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