Cultivons la curiosité
Alors bon, comment bien introduire le film du jour ? Premier point vital, important, il va y être question de viol, donc si vous craignez un peu ce sujet, que vous y êtes sensibles, soit vous arrivez à passer au delà de vos traumas, et pouvez regarder le film, en sachant que même si rien n'est imagé, les dires sont durs et violents. Soit c'est trop difficile pour vous et il vaut mieux passer outre. Même si l'autrice/réalisatrice explique, dès les premières secondes de son film, que si vous vous sentez mal pendant certaines scènes (et vous vous sentirez mal, croyez-moi), fermer les yeux et respirer peut aider comme ça l'a aidé elle. Oui, cette introduction de chronique est un peu pourrie, mais reste importante car le film va parler d'une sorte d'impunité sociétale, concernant le viol. Encore plus dans le Japon patriarcal de ABE Shinzo. Encore plus quand c'est un de ses potes qui est accusé de viol...
Ce film, j'aurais pu le voir au cinéma. Mais son thème, trop.. trop quoi ? Trop quoi. Bref, j'étais certain de ne pas tenir sur certaines scènes sans avoir des larmes qui coulent, voir pire, sortir choqué. Même si j'ai mis longtemps à le voir pour le faire dans ce mois cinéma sur Ashou (pour info il ne me reste que "Trap" de M. Night Shyamalan de 2024 à voir), et que évidemment j'ai pleuré et j'ai été aussi bien terrorisé qu'énervé par ce que j'ai vu, je n'en suis pas non plus ressorti choqué. Grâce à une fin... euh... enfin bon, grâce à la fin, avec la douce ironie de la date du verdict en rappel. Mais si vous voyez le film, vous comprendrez.
Donc ce long métrage, j'ai mis longtemps à le voir. Longtemps à trouver le courage de le voir. Il y a des œuvres, parfois, pour lesquelles tu te dis qu'il te faudra être de bonne humeur et en forme pour le voir correctement. Car elle peut t'enfoncer la tête sous l'eau, ce qui n'est pas agréable quand on est déjà bien déprimé, ou dépressif. Faudra un jour que j'apprenne à distinguer les deux, car je ne sais pas si je suis l'un ou l'autre. Mais passons. Profitant d'un après midi où j'étais en foforme, je vis enfin ce film. Et on en reparle après la bande annonce en version originale sous titrée en français, sachant que le film n'existe que ainsi, avec une bande son essentiellement en anglais, même si il y a pas mal de japonais dedans.
Vidéo de HANABI - Le Japon nous fait du bien
Le film du jour est plus un documentaire, un journal (d'où le "diaries") tenu par ITÔ Shiori. Il est sorti en 2025 en France, et dure 1h43. Il se trouve qu'en avril 2015, la jeune journaliste ITÔ Shiori postule pour un emploi dans un journal. Elle sera reçue par YAMAGUCHI, le grand patron, mais seule à seul, dans un hôtel. Non, avant c'est un restaurant. La jeune femme ne se doute de rien, mais elle vient d'être droguée pour mieux se retrouver violée dans un hôtel. Elle se rappelle juste son réveil. Alors, plus tard, dans le film, une de ses amie va lire son témoignage de cette nuit là. Autant vous dire que là, tu réagis à ce que tu entends.... Mais nous n'en sommes pas là.
Dès lors, ne sachant que faire, elle va commencer à chercher tous les recours possibles pour porter plainte. Problème, son violeur est un pote à ABE Shinzo, alors Premier Ministre du Japon. Galère galère. Mais elle ne se démonte pas, et décide de tout documenter. Dès 2015 elle va, certainement dû à son cursus de journaliste, tout enregistrer. En micro caché. Mais tout sera archivé. Et alors qu'elle s'apprête à écrire un livre sur son parcours, qui doit sortir en 2017, elle décide de filmer. De se filmer. De documenter ce qu'est devenu sa vie. La façon dont elle se bat. Ses craintes, ses victoires, ses défaites.
On y verra la fin de l'élaboration de son livre "Black Box". Mais surtout, elle décide de débuter par sa conférence de presse, en 2017, où elle expose tout. Le système policier ne peut rien pour elle, elle a tout épuisé, donc reste la révélation à la presse. Et là on verra que son parcours, qui était loin d'être drôle jusque-là, va devenir encore plus compliqué, plus violent. Les commentaires haineux qu'elle prendra. Par exemple, lors de sa conférence, son chemisier a un bouton de détaché. Elle se fera traiter de tous les noms avec son "décolleté", que je n'avais même pas remarqué parce qu'il n'y a rien à remarquer en vérité. Elle était juste habillée normalement. Et ceci va durer le long du film.
Il faut savoir qu'elle va décider de faire, de monter, ce film, entre 2017 et 2024. Le montage lui prendra 4 ans. Je l'ai su car c'est un des rares films où j'ai décidé de voir les bonus du BluRay, qui sont peu nombreux mais intéressants à voir. Surtout l'entrevue du 8 mars 2025, 4 jours avant la sortie du film en France, où l'on apprendra plein de chose sur le film, sur la façon dont la société a évolué, même si on perçoit une pointe d’amertume dans le fait que ce n'est pas assez.
La réalisatrice va juste se contenter d'ajouter quelques images d'illustration pour faire passer certains enregistrements, sinon, le reste seront des images tournées dans cette période de 2017 à 2019, avec un passage en 2022. Passage offrant une douce ironie, mais je ne vous dirai pas pourquoi. On y entendra les témoignages du premier enquêteur, qui va rapidement être muté car doué (putain ce passage m'a fait hurler tellement c'est une mise à l'écart).
Mais le passage le plus intéressant, même si tout l'est, reste cette concordance entre la sortie de son livre au Japon, et l'émergence du mouvement #MeToo. Où l'on constate que le Japon a un milliard d'années de retard quand il s'agit de porter assistance aux femmes. La société patriarcale par excellence quoi. On y verra la peur de se faire "suicider" par des proches de ABE Shinzo, après tout elle s'en prend à son meilleur poto for life, et il vient de se faire réélire. Résultat, elle va émigrer. Bon, là, on ne sait pas où. Mais peu importe, elle ne lâchera rien, jusqu’aux dénouements de décembre 2019 et juillet 2022. À savoir le verdict en premier instance et celui en appel. Le tout finit avec enfin YAMAGUCHI à l'image, qui donne une conférence de presse où il dit des choses qui n'ont ni queue ni tête, où il s'excuse mais explique ne rien avoir fait d'illégal...
En fait le film ne se clôt pas ainsi, heureusement, mais ce passage avec cette espèce de merde là, c'était ardu. Un autre passage, trop rapidement esquissé, sera marquant. Qui d'ailleurs viendra la faire mentir quand elle indiquera ne jamais faire cela, que ce n'est pas son caractère. Ceci montre à quel point elle était sous pression. Mais je préfère ne pas trop en parler. J'ai une petite déception sur ce point car elle semble ne pas avoir voulu en parler, faisant preuve de pudeur sur ce sujet. Alors qu'elle aurait presque pu dénoncer un autre phénomène violent du Japon et même des pays Asiatiques. Ceci n'était pas le sujet, cet acte arrive d'un coup, on en voit rien du tout, mais on comprend.
Faire ce film en étant la réalisatrice, l'actrice, la victime, tout en sortant un livre et en évitant les insultes est une prouesse. Elle nous expliquera justement qu'en faisant ce film, elle ne veut pas décourager les femmes à porter plainte. Mais pourtant, forte comme elle est, elle aura énormément de difficultés. Elle a voulu montrer ce qu'était une survivante (plutôt un bon terme quand on sait ce qu'il se passe à un moment, oui, le fameux moment pas assez évoqué à mon goût). Elle veut servir d'exemple et ça marche. Même si le changement sociétal n'est pas facile à faire, ça commence à bouger. Après tout, nous sommes 9 ans après le mouvement #MeToo, qui a fait bouger quelques lignes, mais nous sommes loin, très loin, de voir les hommes arrêter de faire de la merde.
Le film est violent. Pas une violence graphique, non, juste verbale. Mais ça suffit. Ah, si, elle est graphique quand elle se filme en train d'entendre de mauvaises nouvelles. La violence quand son avocate lui dit qu'il n'y a plus de recours au pénal, on la perçoit choquée. On peut se dire que c'est du voyeurisme, de la mise en scène, qu'il y avait d'autres moyens pour évoquer ça, mais en fait, les gars, les meufs, c'est juste la réalité. Au lieu de vous pavoiser à regarder des télé-réalités de merde, où Jean-Kévin veut fourrer Marianne, ou inversement, on s'en moque, regardez ce qu'est la vraie vie. Pas celle vécue par Bernard A. qui prend son jet ou son yacht pour se détendre. Non, celles de femmes qui se battent au quotidien pour exister, pour ne pas avoir à subir le petit pois qui sert de cerveau aux hommes.
Donc oui, "Black Box Diaries", comme prévu, est compliqué à voir. Non pas parce qu'il est mauvais, mais par son sujet, et l’aspect frontal avec lequel il est traité. On voit les bas comme les hauts subis par ITÔ Shiori, ou ITÔ machin-truc comme on peut le voir à un moment dans le long métrage.... Oui, ce film est à voir, je pense même qu'il devrait servir d'exemple en terme de travaux journalistiques. Après tout, les médias aussi, à travers leur silence (le scandale n'a pas fait le bruit qu'il devait faire, certainement bâillonnés par ABE Shinzo), alors qu'à la base, les journalistes servent à exposer la vérité. J'ai adoré le voir, je vais peut-être essayer de lire le livre (qui permet, je pense, d'approfondir la période 2015-2017), et donc je vous le conseille si le sujet ne vous déclenche pas de traumatismes.
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