Cultivons la curiosité
En ce dimanche de Grand Prix du Japon, déjà passé à l'heure où vous pouvez lire ces lignes, revenons un bref instant sur la mouvementée saison 2024. Depuis le rachat par Liberty Media de la Formule Un, il y a une volonté de rendre ce sport mécanique spectaculaire et populaire. Alors que ça reste des millionnaires qui font vroum vroum avec de grosses voitures, la pari était risqué. Non, je ne déteste pas la F1, j'adore ça depuis tout petit même. C'est juste l'image qu'en avait le grand public avant l'arrivé de Netflix et son "Drive to Survive". Rien que le titre de ce documentaire orienté, ou biaisé, pouvait laisser penser que oui, il y aurait dramatisation à tout va.
Comment rendre 20 voitures qui font des tours de piste, voire, pour certaines personnes, polluent énormément, comment donc rendre ceci intéressant au grand public ? En créant une histoire à travers des images captées le long de la saison précédente. Quitte à en rajouter grâce à un montage nerveux, parfois fallacieux, afin de garder l'audience en haleine. Ceci vaudra bien des critiques à Netflix et aux personnes travaillant sur cette série. Les fans, souvent de fins connaisseurs et de grandes connaisseuses, n'aimaient pas trop ce mélange d'images, ce montage, qui truquait la réalité de la course. Pire, les pilotes les moins aisés devant la caméra, passaient rapidement pour des méchants.
Au fil des ans, un resserrement vers les dirigeants des écuries s'avérait plus efficace. On apprenait à connaître Zak Brown de McLaren, Frédéric Vasseur de Alfa Roméo, et la dualité entre Toto Wolff (Mercedes) et Christian Horner (RedBull) porta le show pendant un temps. Avec un sommet atteint sur le dénouement exceptionnel et imprévisible de la saison 2021 (voir "Drive to Survive saison 04"). Il faut reconnaître que la saison 2024 offrit des choses incroyables aussi, des vrais duels, et même un plan à 3 à la fin, concernant le championnat du monde constructeurs. Tout l'opposé de la saison 2023, qui fut la plus ennuyeuse à suivre depuis des lustres.
Alors qu'il n'y a eu aucun changement entre 2023 et 2024, cette année relatée ici sera riche en rebondissements. Mais regardons la bande annonce en version originale, sous titrée en anglais, soit de la manière que fût vu cette série. Accrochez vos ceintures, car ça va aller très vite.
Vidéo de Netflix France
Tout débute, et c'est appréciable, par l'affaire d’agression sexuelle contre Christian Horner. Ce n'est pas caché sous le tapis, et on a même droit à certaines piques de la part de Zak Brown notamment. Il y sera également évoqué la volonté du clan Verstappen d'évoluer dans une écurie paisible, que cette affaire ennuie. Du moins, Jos, le papa de Max. Seulement, dès lors que l'enquête interne à RedBull (la bonne blague) donnera un non lieu, et blanchira Christian Horner, plus rien. Juste un panneau indiquant que l'affaire est en cours dans un tribunal compétent.
Ici, nous verrons que ça peut déstabiliser une équipe, voire le paddock, mais on n'aura quasiment pas de réactions. Le sujet étant sensible. Dommage, car en parler, c'était bien, mais faire comme si de rien n'était après, c'est un peu stupide. Mais passons. Car 2024 verra l'émergence de Norris et Piastri, les pilotes McLaren. On aura une réponse du mythique Grand Prix de Hongrie, qui sera bien relatée (je vous laisse voir de quoi il s'agit). Et le final, de toute beauté, de la saison. Avec la pression qu'a pu avoir Lando Norris entre sa course au titre de champion du monde des pilotes, et la montée en force de son coéquipier Oscar Piastri.
La nouvelle qui impactera grandement le premier épisode, et qui introduit ce dernier, c'est la signature, avant le début de la saison 2024, de Lewis Hamilton (Mercedes) chez Ferrari. Avec un Frédéric Vasseur (qui s'exprime essentiellement en français) amusé de la situation et du coup joué à son camarade Toto Wolff. Ce dernier paraît un peu désemparé d'ailleurs, et vraiment ému par cette fin de collaboration qui arrive. Douze années chez Mercedes, 84 victoires, 6 (sur ses 7) titres de champion du monde des pilotes, ça ne s'efface pas ainsi.
Dommage, Lewis Hamilton ne participe quasiment pas à la série. Tout comme Max Verstappen et de nombreux pilotes au final. Sergio Perez (RedBull) n'est pas trop présent sur le format de l'entrevue, mais il est beaucoup critiqué. Bon, après, sa saison 2024 était une horreur. Non, la série préfère tabler sur Carlos Sainz (Ferrari), dommage collatéral de l'arrivée de Lewis Hamilton chez Ferrari, et l'épisode où il se bat et montre qu'il donnera tout pour Ferrari est superbe. Tout comme celui du choix de son avenir. Avec une mise en scène et un montage bidon, mais voir les coulisses des tractations fut intéressant.
Pour moi, le meilleur épisode, c'est celui consacré à Charles Leclerc (Ferrari) à Monaco. Un régal. Le local de l'étape (comme on dit en cyclisme) possède une poisse phénoménale sur son circuit. Et le suivre au piano, en train de gratouner son toutou, ou acheter de l'Oasis au Intermarché Contact du coin (je ne sais pas si c'est à Monaco ou en France), c'était incroyable. Avec un dénouement sublime. On retrouvera Charles Leclerc un peu plus tard, quand il attend Pierre Gasly, alias son "calamar tout le temps en retard". C'était hilarant et ultra plaisant à voir.
C'est justement à Singapour (où l'on découvre le surnom de Pierre Gasly donc) que la scène la plus choquante arrivera. Avec un George Russel qui donnera tout et ressortira blanc comme un drap, frôlant l'évanouissement. On perçoit une sorte de crise d'angoisse violente à la fin. Certes, c'est très dur à voir (même si la porte est fermée), mais ça prouve que les pilotes restent humains, et je pense que même si ça sert le drame pour Netflix, il fallait l'évoquer.
Sinon, et bien j'ai bien aimé. Je regrette que Verstappen soit à nouveau le méchant de l'histoire, il est montré comme tel, surtout face à un Norris plus tendre et gentil. Il y a à nouveau de la dramatisation, mais un peu moins de montage, ou alors on le voit peu si, comme moi (merci Canal+ de mes cou*lles) vous n'avez pas pu suivre la saison 2024. Ah, oui, il y a le retour de cet raclure qu'est Briatore. Simple, le mec sait se servir d'une caméra, des médias, c'est un p*tain d'acteur, une enflure capable des pires saletés, mais qui réussira à redresser Alpine. Désolé, mais je le détestais avant la saison 7 de "Drive to Survive", et le voir jouer la comédie, faire ses magouilles, tout mettre en scène comme ça, bah je le déteste encore plus.
Les fans seront déçus, les novices verront plus d'images de course, avec des caméras spectaculaires, comme celle raz du sol à l'arrière de la voiture, ou mieux, celle dans le casque des pilotes. Tentant un délicat mélange entre grand spectacle accessible, qui essaie de dramatiser des choses normales, et au contraire, de montrer des images des coulisses plus intimes (je ne me remets pas de Charles Leclerc qui achète de l'Oasis), je trouve que le numéro d'équilibriste est bien fait. Pas parfait, mais il est efficace. Il faut juste se dire que l'on ne voit qu'une partie de la réalité, magnifiée par Netflix pour la rendre spectaculaire. Personnellement, j'aime bien. Mais je comprends que les fans soient à chaque fois déçu·e·s. Trop de sensationnalisme à travers un montage qui n'a parfois aucun sens, ça déçoit, forcément. Et aussi le fait qu'on ne voit pas tous les pilotes. Ceci dit, ça passe quand même, c'est à voir je pense. J'ai bien aimé.
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