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Cultivons la curiosité

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Godzilla contre Hedorah

Godzilla contre Hedorah
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Depuis plusieurs années, la saga Godzilla a changé de ton. Est-la faute au "Gamera : Le monstre Géant" (YUASA Noriaki, 1965) de la société de production nommée Daiei ? Reconnaissons qu'après l'horrible "All Monsters Attack" (HONDA Ishirô, 1969), on pourrait le croire. Godzilla cherche un public plus large, voire carrément très jeune. Trop jeune quand on compare à la tonalité violente et anti-nucléaire du "Godzilla" du même HONDA Ishirô (de 1954). J'avoue que "All Monsters Attack" a réussi à faire pire que le "Godzilla contre Megalon" (FUKUDA Jun, 1973). Ce qui n'était pas une mince affaire.

 

Alors, quid du retour du Roi des Monstres après une petite pause ? La barre est-elle redressée ? Aurons-nous droit à un enfant énervant ? Minilla sera-t-il de la partie ? Les scénaristes KIMURA Takeshi et BANNO Yoshimitsu (ce dernier réalise aussi le film) arriveront-ils, à l'aube de la crise pétrolière de 1973, à faire passer un message écologiste, alors que ce n'est absolument pas d'actualité en 1971 ? Et surtout, surtout, retrouverons-nous le Godzilla puissant et destructeur que l'on a apprécié ? Celui qui n'hésite pas à tomber un immeuble présent sur son chemin, tout ça pour latter un adversaire aussi grand que lui ? La réponse après cette vidéo en version originale. Le film fût vu ainsi, mais sous titré en français.

Vidéo de GODZILLA OFFICIAL by TOHO

Une vidéo qui fleure bon les années "baba cool", "Yé Yé", rock alternatif, et jeunesse désirant s'amuser. Mais, quand vous avez vu celle-ci, vous vous dites : "Ça y est, Godzilla est de retour, c'est sombre, violent, ça explose, ça tatane. C'est le Godzilla que l'on aime". Sachez que la bande annonce que vous venez de voir est mensongère. Je m'explique juste après avoir parlé du pitch du film.

 

La pollution est omniprésente, surtout sur l'eau. Ceci va créer un être fait de boues et autres déchets, rapidement nommé Hedorah par un petit garçon fan de Godzilla. Dès lors, on ignore pourquoi, mais Hedorah va recouvrir de boues toxiques tout ce qu'il croisera, et notre héros bien aimé, Godzilla, va devoir lui péter la tronche.

 

J'ai donc fait un rapide résumé. On commence par les déchets présents sur la mer, l'océan, ou une grande étendue d'eau. Puis, nous découvrons un petit garçon, qui joue avec des figurines Godzilla. Le spectre du film précédent refait surface, et la peur nous envahit. Il est le fils d'un brillant scientifique, qui lutte contre la pollution si j'ai bien compris. La maman est une femme au foyer, typique des années 60. Sans plus donc. On constate que le montage du film est fait avec les pieds, vu que l'on passe du coq à l'âne, sans transitions, sautant parfois un moment important.

 

Je vous explique un de ces moments. Alors qu'une masse difforme attaque les bateaux, le papa du garçon (je n'ai retenu aucun nom, désolé) va faire de la plongée sous marine pour effectuer un prélèvement de Hedorah. Il emmène son fils au bord de l'eau. OK. Puis Hedorah apparaît, le petit garçon tend son gros couteau en l'air et fait faire demi-tour à la masse boueuse... je n'ai pas compris... mais là n'est pas le pire. Hedorah va attaquer le plongeur, ce qui provoquera l'effroi du garçon, qui appellera son papa en vain. L'occasion de confirmer ce qui nous saute aux yeux depuis le début du film. C'est mal joué. Avec les pieds même. Et pas que le jeune acteur, tout le monde joue mal.

 

Mais donc, attendez, alors qu'on laisse notre jeune héros au bord de mer, ou d'océan, en train de mal crier et pleurer son papa perdu en mer, bim, nous voici dans le foyer du héros. Les journalistes de la télévision sont là, et on constate que le papa s'en est sorti (euh... ah... mais... comment ?), et qu'il a été défiguré par les boues toxiques de Hedorah. Il veut à tout prix montrer la dangerosité de ce monstre, et même de la pollution en général.

 

Allez savoir pourquoi, le garçon rêve de Godzilla, et il le sait, le super héros sans cape va venir péter la gueule à Hedorah. L'occasion de constater que la musique iconique de IFUKUBE Akira fût remplacée par... une mélodie guillerette, digne d'un cartoon de Warner Bros. MANABE Riichiro va à l'opposé de la puissance d'IFUKUBE. C'est léger, limite on croirait qu'un clown va arriver pour nous faire rire. J'ai pleuré quand j'ai constaté que c'était désormais le thème de Godzilla, et on va se le manger tout du long.

 

Oh, j'oubliais, le scientifique blessé a un frère plus jeune. Ce dernier aime faire la fête avec sa copine qui est chanteuse. C'est la fête. Youhou. Avec la musique psychédélique typique de ses années-là. Woodstock était en 1969. Et alors que l'on constate que Hedorah aime bien aspirer les fumées toxiques qui sortent des usines, la prise de conscience arrive. C'est l'Humanité qui a créé Hedorah, en ne faisant pas attention à la Planète (je résume). Pire, Hedorah grossit en ne cessant de se nourrir des rejets de l'Humanité.

 

Heureusement, le scientifique, salement amoché, continue de chercher une solution. Il découvre qu'il faut assécher Hedorah, avec un fort courant, pour l'éliminer. Surtout qu'entretemps, on a eu une énorme baston entre Godzilla (diminué par les vapeurs toxiques rejetées par son ennemi) et l'amas de boues qui sert d’antagoniste. Ici, alors que le film s'adresse à un large public, voire vise les enfants, Godzilla va morfler. Il va perdre un œil (un peu plus tard dans le film). Voir la peau de sa main disparaître. En j'en passe.

 

La scène du port, qui arrive un peu avant la moitié du film, est explosive. Impressionnante pour le coup, elle offrira des moments sublimes, des plans qui peuvent marquer. Entre la brume toxique, la photographie (signée MANODA Yoichi), le cadrage aussi, c'est magnifique. On aura droit à quelques plans iconiques, qui mériteraient d'être couchés sur poster tant c'est sublime. Seulement, c'est bien là le seul point positif et enthousiasmant de ce film.

 

Le plan final se mettra en place péniblement. Et ici nous verrons toute l'inutilité des forces de défense du Japon, plus spectatrices qu'actrices. Quand il arrivent à rétablir le courant et que le chef leur dit que c'est trop tard, mais sur un ton du genre : "Vous êtes des nuls". Et que dire de cette fête hippie en pleine nature, où l'on retrouve l'oncle de notre héros. Avec des flambeaux, des torches. Bizarrement, pas de pétards ni alcool, mais cela ne surprendrait pas du tout. Et forcément, quand ça se fait attaquer par Hedorah, par les boues toxiques, oh là là, ça fait genre d'envoyer des lances enflammées contre le gros montre, en vain.

 

Seul Godzilla peut gagner. Et c'est ce qu'il se passera. Non sans avoir pris cher. Non sans avoir développé toute sa panoplie de prises de catch. La baston finale est ultra violente je trouve, ce qui étonne quand on voit le positionnement tout public du film. Après, reconnaissons que les costumes, certains effets spéciaux, et surtout la boue, sont sympathiques à voir.

 

Je ne vais pas être gentil avec ce film. Si on passe la tentative maladroite de parler écologie, au moment où tout le monde s'en fout (je le redis, mais 1971 c'est 2 ans avant la première crise pétrolière, donc ça polluait à tout va), on assiste à un désastre. Pas celui de l'Humanité créant un monstre qui veut la détruire, non, un désastre cinématographique. C'est mou, mal joué, mal monté. La musique prête à rire plus qu'à terrifier. Les personnages sont insignifiants. Il demeure quelques scènes d'action (celle du port est impressionnante) et une photographie qui sauve le tout. Quelques plans vous feront vous extasier, mais ils sont très courts.

 

Pas le pire de la saga. Mais trop daté dans son époque pour y trouver un quelconque intérêt. En voulant lorgner du côté du grand public, on perd la dimension dramatique des monstres massacrants des personnes. Il y a un décompte des pertes humaines à un moment, mais genre c'est donné comme si c'était la météo. Que dire de la musique, totalement hors de propos. On ne s'attache jamais aux personnages, Hedorah aurait mérité un meilleur développement, même si on ne peut pas reprocher à un film de 1971 de ne pas aller plus loin dans son message écologiste. Un film à éviter si vous souhaitez découvrir la saga. Il faut y venir plus tard, quand vous connaissez bien Godzilla, à voir par curiosité, mais franchement pas terrible.

 

@+

 

P.S. : La version The Criterion Collection en photo ne possède pas de sous titres en français, ce fût vu sur un autre support que celui-ci, mais le coffret est trop beau, donc illustre cette chronique, désolé pour l'éventuelle confusion.

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