Cultivons la curiosité
Depuis ses 10 ans (1964 donc), la saga Godzilla fait preuve d'un rythme ultra soutenu. Hormis l'année 1964 qui verra 2 films sortir, c'est au tempo d'un long métrage par année que la Toho va épuiser son filon. Le film que nous voyons aujourd'hui marquera le début d'une mini pause de 2 années, qui étaient impératives devant le désastre qui s’annonçait avec la baisse de qualité des films. J'ai toujours cru que le pompon avait été décroché lors de "Godzilla vs. Megalon" (FUKUDA Jun, 1973, parfois nommé "Godzilla 1980"). Le dernier film vu de la saga, "Les Envahisseurs attaquent" (HONDA Ishirô, 1968, parfois nommé "Destroy All Monsters") a entamé cette certitude.
"Godzilla's Revenge", ou "All Monsters Attack", signé HONDA Ishirô de 1969 va faire choir cette croyance, et de très haut. N'ayant pas vu les films de 1968 et 1969, difficilement disponibles en France, je pensais sincèrement que l'affrontement contre Megalon, avec l'introduction de Jet Jaguar, était LA purge de l'univers de Godzilla. Je me trompais. Si il y a match avec "Destroy All Monsters", on peut dire que "All Monsters Attack", le film que nous voyons aujourd'hui, débarque tel un chien dans un jeu de quille pour rebattre les certitudes de nullité de cet univers là.
Est-ce que vous vous souvenez de "Gamerak" (YUASA Noriaki, 1980) ? Parfois nommé en français "Gamera : Le Monstre de l'espace", c'est le film qui avait mis au repos forcé la tortue amie des enfants. Des stocks shots (scènes piquées à d'autres films) en veux-tu en voilà. Un scénario incohérent, qui essaie de coller avec du scotch des scènes de films qui ont parfois 10 ans d'écart. Le tout sur un fond de science-fiction naze. Le glas de Gamera avait sonné, et un retour paraissait désormais impossible. Pourtant KANEKO Shûsuke ressuscitera avec brio ce Kaiju dans les années 90. Donnant même des envies de noirceur à Godzilla. Mais nous y reviendrons en temps voulus.
Donc, si vous vous souvenez de "Gamerak", sachez que "Godzilla's Revenge" est son équivalent chez Godzilla. Heureusement, ce film a la décence de ne pas trop nous faire perdre de temps. J'ai cru à un bug de mon BluRay au début, mais non, nous voilà en route pour 1h09 d'un film, d'une purge, qui vous paraîtra en durer le double, voire le triple. Petite bande annonce en version originale, tandis que j'ai vu ce film ainsi, mais sous titré en français.
Vidéo de GODZILLA OFFICIAL by TOHO
Alors, on se croirait devant une série télé, vu que dès le début on nous montre les temps forts du film. Euh. Oui, on nous montre un bref résumé de ce que l'on va voir. Alors, accrochez-vous, parce que la Toho, en manque d'inspiration et d'argent, décida de lorgner du côté de "Gamera" (YUASA Noriaki), en empruntant au film de 1965, la chansonnette, l'aspect copaing (avéque l'aquessent) des enfants. Attendez, on parle rapidement du scénario, qui en plus se paye le luxe d'offrir une seconde lecture intelligente (sans blague pour le coup).
Ichirô (YAZAKI Tomonori) est un enfant un peu rêveur. Il se fait maltraiter par la brute locale, et préfère fuir le combat, vu qu'il est trop petit. Il rêve d'aller sur l'île des Monstres, vous savez, celle d'Ogasawara vue dans le film précédent. Ses parents travaillent beaucoup, et il se retrouve seul après les cours, parlant un peu avec son oncle.
Alors qu'il s'imagine prendre contact avec Monster Island, ses rêves le mènent à copiner avec un Minilla à taille d'enfant, qui parle (pardon ?????). Là, Ichirô fera tout son possible pour encourager Godzilla dans ses nombreux combats, mais aussi et surtout Minilla, qui doit aussi faire ses devoirs afin de devenir comme son prédécesseur.
Attendez, ce n'est pas tout, car en parallèle, des malfaiteurs volent 50 millions de yens, et vont trouver refuge non loin de là où vit notre héros. Ce dernier aime bien aller jouer là où notre duo de voleur a trouvé refuge. On devine ce qu'il va advenir, à savoir qu'en pensant Minilla à ses côtés, Ichirô trouvera la même force et stratégie que Kevin (Macaulay Culkin) trouve dans "Maman, j'ai raté l'avion!" (Chris Colombus, 1990). Avec le même genre de gags à la fin.
Alors, qu'est ce qui ne va pas ici ? Déjà, la présence de nombreux combats déjà vus dans des films précédents. Contre les sauterelles géantes, contre Ébirah, l'araignée aussi. On trouve quelques nouveaux monstres aussi, dont Gabara, ou quand Godzilla croise un crapaud (sic). Gabara est une forme de métaphore du tortionnaire de Ichirô. Minilla devra apprendre à le battre (avec l'aide de notre jeune héros), tout comme Ichirô va devoir aussi affronter le grand garçon qui l'embête sans cesse.
Donc, encore, les stocks shots (scènes d'emprunts à d'autres films on va dire) ça peut passer. Mais Minilla qui parle et commente avec Ichirô ce que l'on voit. Oui, c'est drôle dans JoJo's Bizarre Adventure, mais ici c'est lourd, très lourd, voire irritant. En plus, il n'y a pas d'enjeux. Comment dire, même si c'est concrètement expliqué plus tard dans le film, on devine assez tôt que Ichirô rêve, et puise son courage à travers l'amitié imaginaire qu'il a avec Minilla.
Du coup, sans grands enjeux (les combats sont tous sur l'île d'Ogasawara), bah on s'ennuie ferme. Le combat face à Gabara, au début contre Minilla, puis finalement avec Godzilla, vire au match de catch de bas étage. Ah, j'oubliais, on ne pourra s'empêcher de rire nerveusement quand Ichirô tombe dans une grotte (sans se faire mal), avec un effet nul. Ou quand Minilla effectue le même genre de saut pour se débarrasser de Gabara. C'est la première fois que je me prends la tête en constatant que ce que je vois à l'écran est pitoyable. C'est triste de voir la chute d'un tel personnage désormais ancré dans la pop culture. Je comprends pourquoi ces films passent péniblement les frontières du coup.
Mais, car tout n'est pas à jeter, la métaphore sur le fait de grandir, de ne pas se laisser faire est belle. Un peu comme Ichirô qui encourage Minilla, ce premier va ainsi se forger un état d'esprit plus conquérant, moins pleutre. Bon, la baston contre son tortionnaire est surprenante, voire peut choquer. J'ignore si le carton final que l'on voit est pour indiquer que ce n'est pas bien de se battre, mais en tout cas, même si on ne voit qu'1 image sur 5, la violence entre enfants est surprenante. Sans parler de toute la fin en fait, qui est ridicule. Mince, j'ai dit qu'il fallait que j'en dise du bien maintenant. Bah on peut y voir que parfois rêver d'être ami avec des monstres, peut permettre de vaincre ses craintes quotidiennes. Et c'est tout ce que j'en retire.
Car toute la fin est pitoyable. Entre le fait que Ichirô s'inspire de ce qu'il a rêvé avec Minilla pour mettre à mal deux voleurs, puis le fait qu'il prenne le dessus sur son tortionnaire, et maltraite à son tour un homme qui n'avait rien demandé... Ouais, la morale n'est pas très sympa. Et d'ailleurs le film se termine sur Ichirô qui fait copain-copain avec son tortionnaire...
Enfin bon, vous l'aurez compris, ici il n'y a pas grand chose à sauver. Peut-être qu'il y a une critique sur la parentalité, qui pour avoir une vie meilleure voit les 2 adultes délaissant leur enfant unique. Ce dernier ayant en plus de gros problèmes d'harcèlement. Mais on peut aussi y voir que rêver d'un ami imaginaire n'est pas forcément une mauvaise chose. Seulement le tout est emballé rapidement, sans grande imagination, et les personnages principaux que sont Ichirô et Minilla sont irritants au possible.
Un film à éviter. Disons que quand vous connaissez bien la saga, il peut être intéressant de le voir, par curiosité. D'autant plus qu'il est vite vu. Mais paraît durer longtemps. Personnellement, je pense que c'est le pire de la saga. Je me demande même si il n'est pas pire que celui de Emmerich... Je ne sais pas, il y a match. En tout cas, c'est le plus mauvais de la saga japonaise. Aucun fun, aucune destruction importante qui n'ait été déjà vue. Gabara est laid au possible. Il y a un problème d'échelle avec Minilla, un coup faisant la taille d'un enfant, puis sur le plan suivant il fait la moitié de Godzilla. OK, le rêve peut expliquer ceci, mais ça choque. Ce n'est pas bon, et heureusement c'est derrière nous.
@+
P.S. : La version The Criterion Collection en photo ne possède pas de sous titres en français, ce fût vu sur un autre support que celui-ci, mais le coffret est trop beau, donc illustre cette chronique, désolé pour l'éventuelle confusion.