Cultivons la curiosité
Le cinéma de Hong-Kong est réputé à l'international depuis les années 70 et un certain Bruce Lee. Suivront moult copies du pauvre, tandis que d'autres, tel Jackie Chan, prendront leur propre chemin avec une belle réussite. Mais bon, ce cinéma là est donc connu pour ses films de tatanes, impressionnants, mais aux scénarios peu subtils. John Woo (et certainement d'autres cinéastes avant lui, mais je concède ne pas m'y connaître assez) va offrir de l'action frénétique, mais avec des scénarios poignants. Je pense obligatoirement au culte "Une balle dans la tête" (1990).
Dans ce mois spécial trilogie au cinéma sur Ashou, nous allons, à l'instar de MIIKE Takashi et ses Dead or Alive, plonger dans l'univers impitoyable de la mafia de Hong-Kong, ainsi que la lutte des forces de l'ordre pour l'éradiquer. La distribution est impressionnante, le film sera plus une sorte de thriller que de l'action, mais ceci ne l'empêche pas d'attirer notre curiosité. La trilogie sera vue avec le coffret DVD édité chez Studio Canal. "Infernal affairs" de Andrew Lau et Alan Mark est sorti en 2002, premier volet d'une trilogie qui me semble être pensée comme un ensemble dès le départ. Il fût vu en version originale (cantonais) sous titrée en français, tout comme la bande annonce qui suit, qui marquait les 20 ans du film et son retour en haute définition 4K au cinéma.
Vidéo de Sortie Mercredi
Tout débute par un passage dans un temple Bouddhiste. Avec une citation qui indique qu'au plus bas niveau de l'Enfer, on subit d'incessantes souffrances. Nous découvrons Sam (Eric Tsang), chef de la mafia de Hong Kong, qui parle à ses nouvelles recrues. Des jeunes qui vont devoir mener une mission périlleuse. À savoir devenir policier, et ainsi être des taupes. Lau (Andy Lau) fait partie de cette promotion. Et en face, on découvrira Yan (Tony Leung). Lui est un brillant cadet de l'école de police. Rapidement repéré par Wong (Anthony Wong). Qui n'hésitera pas bien longtemps à confier une mission toute aussi périlleuse que celle de Lau, à savoir faire l'inverse, devenir une taupe dans la Triade, mais pour le compte de la police.
Ce destin croisé plairait à coup sûr à Patrice Évra, qui aime bien chercher les taupes. Ah, j'explique vite fait. C'est du football, Évra est capitaine d'une équipe qui sombre à la coupe du monde 2010. Seulement, sa plus grande priorité est de trouver la taupe qui a osé balancé les dires de Nicolas Anelka (qui insulte la maman de Raymond Domenech, le sélectionneur à l'époque). Et ça, ce n'est pas bien du tout. Ceci mènera à la grève de Knysna, le football français sera humilié à tout jamais... enfin bon, sauf qu'en 2018 Didier Deschamps (le sélectionneur à cette coupe du monde) efface ça en ramenant la coupe à la maison. Mais bon, je suppose que le joueur cité plus haut aimait bien "Infernal Affairs". Ou jouer à Tape-Taupe. Ou sortir des taupes du guichet. Mais passons.
Car nous allons suivre la descentes aux enfers de Yan. Contraint de se droguer, de faire des choses pour lesquelles il n'était pas préparé, tout ça pour gagner la confiance de Sam. Ce qu'il parvient à faire après des années à commettre des larcins, des passages à tabac et autres horreurs pour un policier dévoué, même si c'est sous couverture. Lau quand à lui monte les échelons. Doucement, mais sûrement. Il se souvient encore de ce cadet exclu de l'école de Police, qu'est-ce qu'il aurait aimé être à sa place. Ce cadet est Yan au fait. Et cette histoire nous sera contée dans "Infernal Affairs III" (Andrew Lau et Alan Mak, 2003).
Dix années se sont écoulées depuis cette échange surprenant. Yan est las de cette situation. Tous les 3 ans on lui dit qu'il ne reste que 3 ans à faire, et c'est ainsi depuis des années. Yan a renoncé à l'amour de sa vie, dont on devine qu'elle lui cache le fait que la petite fille qu'elle a enfanté il y 5 ans, est de lui (elle brouille l'âge de sa fille pour ne pas attirer l'attention). Son seul réconfort est le sofa de sa psy, Lee (Kelly Chen). Qui aura son importance dans la suite.
Pour l'instant, c'est surtout le jeu du chat et de la souris, menée par Sam et Wong, avec Lau et Yan en bras droits. Les 2 plus jeunes hommes se livreront à une enquête hors pair afin de démasquer l'autre. Offrant un final haletant, puissant, une confrontation qui s’achèvera dans un ascenseur. Ce que je vous laisse découvrir. En effet, après moult péripéties, Lau a pris goût à cette vie posée, et n'aime plus trop les méthodes de Sam. Essayer de sauver Yan deviendra sa priorité, peut-être pour prouver à sa femme qu'il est bon.
Le film est exceptionnel. Peut-être que le montage fait trop rapidement le parallèle entre les taupes et les chefs, ce qui peut perdre la (télé)spectatrices et le (télé)spectateurs que nous sommes. J'avoue que si vous le découvrez, la scène de l'échange avec les Thaïlandais est ultra dynamique, et il se passe trop de choses pour arriver à bien tout saisir au premier visionnage. Cependant ça ne gêne pas trop trop. Disons que le problème de cette scène est que l'on suit l'échange, puis les policiers, puis la filature des gars de Sam qui vont récupérer la drogue. Le tout alors que Lau se rend compte qu'une taupe est présente à l'échange, car Wong est trop focalisé sur ses écouteurs et semble tout savoir de ce qui se dit dans le restaurant.
En 1h37 le film arrive à tout poser. La jeunesse de Lau et Yan (qui sera plus approfondie dans le troisième film), leurs vies respectives, le policier sous couverture qui galère et se crispe de la situation, au point de ne plus savoir si il est bon ou mauvais. Le mafieux qui prend goût à cette belle vie, et qui est plutôt bon comme policier. Lui aussi a le même questionnement existentiel sur ses actes. Ah, oui, la fameuse scène de la boutique d'électronique est déstabilisante. On ignore si ils savent qui ils sont, mais Lau et Yan vont avoir un échange sur la qualité d'un câble audio. Il me semble que cette scène sera reprise dans la suite, mais je n'en suis pas sûr.
Ce qui déstabilise dans cette scène c'est qu'on ne connaît pas bien les personnages, et on se demande si ce sont vraiment Lau et Yan. Heureusement l'un a un plâtre, et l'autre va effectuer l'installation Hi-Fi chez lui plus tard dans le film. Mais sur le coup, ce n'est pas ultra clair dans mon esprit. Donc entre la scène du magasin d'électronique et celle de l'échange avec les Thaïlandais, je vous conseille d'être très attentives et attentifs si vous découvrez le film. Je dis ça car la première fois que j'ai vu ce film (certainement vers 2007, date de sortie de ce coffret) ces passages m'ont marqué, dans le sens où je n'avais pas tout pigé.
D'ailleurs, d'occasion, le coffret DVD Studio Canal se trouve dans les 20€. Avec des bonus et les 3 films en plutôt bonne qualité. La piste originale en surround 5.1 est efficace j'ai trouvé. Pour du DVD hein ? Certes, je suppose que le coffret BluRay de The Jokers offre une meilleure qualité, mais sachez tout de même que le DVD marche bien. Wah, par contre je viens de lire les avis "modernes" (post 2020) sur le film, et certains sont catastrophiques, prenant le film "Les Infiltrés" (2006) de Martin Scorsese en exemple. Il faut dire que ce dernier est une révision (un remake quoi) étasunien de "Infernal Affairs". Sachez que je n'ai toujours pas vu le long métrage de Scorsese, donc je m'abstiendrai là dessus. Par contre dire que le film que nous voyons aujourd'hui est nul, je trouve ça fort.
Avec son scénario brillant, pas toujours bien emmené par un montage un poil trop nerveux qui peut perdre si on baisse le pif de son écran de télévision un bref instant, il reste une œuvre prenante. Avec une distribution riche et efficace. On lui pardonnera même le côté inutile des rôles féminins, réduits à peau de chagrin. Mais pas niaises pour autant. Non, ici c'est un affrontement. Indirectement entre Sam et Wong, mais aussi un duel à distance concernant Lau et Wong, qui s’évertuent à jouer à faire sortir la taupe de son guichet, pour mieux la taper. Le jeu des acteurs est subtil, ce qui peu déstabiliser.
Le final est asphyxiant, et on sent le changement de visions des personnages. L'un sombrant dans la folie mais en s'accrochant à sa part de policier. L'autre se disant que cette vie de policier n'est peut-être pas si mal que ça. Un film à voir je pense. Évidement, si vous ne jurez que par la cinéma étasunien, qu'un rythme inconstant vous fait peur, et que le moindre soucis de montage vous hérisse le poil, ce film n'est pas pour vous. Pour toutes les autres personnes, nous sommes là face à un thriller bien mené, qui va vous perdre à un moment, mais si vous suivez bien le film, et que vous lâchez votre téléphone portable pendant 1h37, vous vous attacherez aux personnages et vous laisserez porter par cette histoire peu commune. J'ai adoré.
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