Cultivons la curiosité
Dernière trilogie de ce mois spécial sur Ashou, et je pourrais dire : "Et pas des moindres". Mais ça, c'est si j'avais déjà vu les films avant de les faire ici. John Woo est évidemment réputé (peut-être moins aujourd'hui) pour ses films violents, à l'action incroyable et aux personnages attachants mais parfois limites avec les lois. Pas forcément des anti-héros, mais pas loin. Le réalisateur de Hong-Kong aurait donc redéfini le cinéma d'action venant de cette immense ville. Ceci, avec le film du jour, qui est le début d'une trilogie, dont je suppose elle inspirera fortement "Infernal Affairs" (Andrew Lau et Alan Mark, 2002). Surtout dans l'aspect "préquelle" de son troisième épisode.
D'ailleurs, quand il s'agira de parler du troisième épisode, nous verrons l'importance du coproducteur Tsui Hark (John Woo étant la seconde personne à produire ce film). Mais ceci sera pour après demain. En attendant, plongeons dans le monde de la pègre asiatique des années 80, avec, et ce sera une norme dans le cinéma de John Woo, une Bromance, un méchant traitre, mais aussi un délicat jeu d'équilibriste avec la famille et la police. C'est très flou dit ainsi, pardon. Sorti en 1986, vu en version originale sous titrée en français (la vidéo qui suit est sous titrée en anglais, même si personne ne parle), lançons donc ce film de 1h30.
Vidéo de webzine1kult
Le film étant de Hong-Kong, il me paraît important de préciser que la version originale est en cantonais. N'y connaissant rien en langue chinoise, je suis incapable de vous dire si les passages à Taïwan sont en cantonais ou mandarin par contre. Il a d'ailleurs pour titre anglophone "A Better Tomorrow". Mais alors, de quoi cela parle-t-il ?
Le monde de la pègre de Hong-Kong est ébullition. Une grosse bobine magnétique est reçue (certainement volée), et elle permet, après modification de certains numéros, d'éditer des billets de 100 U.S.$ sans peine. On aperçoit, comme image iconique du film, Mark (Chow Yun-fat) s'allumer un cigare ou un cigarette avec un de ces billets.
Ce monde se charge de beaucoup de choses, la fausse monnaie, qui est échangée contre des H.K.$ plus propres, mais aussi la drogue. Mais surtout, nous allons constater que Sung Tze-ho, surnommé Ho (Ti Lung), a un dilemme. Son petit frère, qu'il aime par dessus tout, est cadet à l'académie de Police. Or leur père, malade, est au courant du boulot pas très honnête de son aîné. Sachant que évidemment, Sung Tze-kit, surnommé Kit (Leslie Cheung), ne sait rien des activités de son grand frère.
Comme je le disais, Ho a un dilemme. Son frère découvrira tôt ou tard la vérité si il continue. Il doit donc se retirer du monde de la pègre. Laissant son meilleur ami Mark former le jeune Shing (Waise Lee). Bon, allez, pour sa dernière mission, Ho accompagnera Shing à Taïwan pour une livraison de drogue. Laissant Mark sur le continent.
Évidemment, la police est avertie, certainement la faute à une mafia ennemie, celle de Taïwan je crois, et pour sauver le jeune Shing, Ho se rend. Purgeant une peine de 3 ans de prison sur l'île, pendant que son petit frère réussit ses examens, mu par une rage contre son aîné. Pire, leur père va se faire assassiner par... par qui ? La pègre de Taïwan ? Je n'ai pas bien suivi j'avoue. Après, il faut avouer que quand Mark a appris que la mafia taïwanaise avait tendu un piège à Ho, il a pété un câble. Allant sur l'île assassiner tout le monde dans une scène ultra violente. Mark y perdra l'usage normal de sa jambe droite.
Le truc que j'avoue, c'est que le scénario de Chan Hing-Ka, Leung Suk-Wah et John Woo, il est un peu brouillon au début. Pas brouillon, mais tout s'enchaîne trop vite. On passe de la rigolade avec les montagnes de billets de 100 U.S.$, à l'échange avec d'autres billets, à la livraison de drogue sur Taïwan, tout ça trop rapidement. Pas le temps de bien comprendre ce qu'il se passe, que Ho sort de 3 ans de prison et essaie de renouer contact avec Kit. Ce dernier veut juste le voir sortir de sa vie.
J'invisibilise la femme de Kit, Jackie (Emily Chu), car bien qu'étant le seul personnage féminin ayant un nom, elle est très mal exploitée je trouve. Pourtant c'est Jackie qui va essayer de faire changer d'avis Kit sur son frère. Ce dernier trouvant refuge dans une boîte de Taxi qui aide les repris de justice. Seulement Ho va voir le niveau de déchéance atteint par Mark. Ce dernier, boitant, se retrouve à nettoyer la voiture du futur chef de la mafia qu'est Shing. Celui-ci lui jetant des billets pour que Mark puisse se nourrir.
D'ailleurs, le futur chef de cette mafia aura vite vent du retour de Ho. Qu'il va vouloir impliquer à nouveau dans des combines pas propres. Ho veut se racheter et refuse, ainsi, un bras de fer va commencer entre les 2 hommes, l'ex-taulard trouvant le soutien de son ami Mark. Et c'est donc de nombreuses scènes de baston, d'intimidation aussi, qui nous attendent, avant un final exceptionnel.
La fin est impressionnante. Déjà, il y a une violence visuelle qui peut impressionner. Gerbe de sang, coups violents portés, vitres brisées. Non, rien à redire. Si le film est délicat dans son entame, il se transforme rapidement en film d'action typique de John Woo, sans les ralentis par contre. On retrouve cette amitié indéfectible entre Ho et Mark. Mais aussi la volonté de préserver sa famille pour le premier, qui essaie toujours de se racheter auprès de Kit.
J'ai forcément pensé à "Une Balle dans la Tête" (John Woo, 1989), avec cette trahison de Shing. Certes, il n'était pas un ami d'enfance, mais il est devenu arrogant, et a presque oublié qu'il doit la vie au sacrifice à Taïwan de Ho. Le combat final, entre un nombre incalculable de sbires de Shing et un trio étonnant, c'est spectaculaire. Ultra violent aussi.
"Le Syndicat du crime" est un film fort, qui peine à être clair dans son début, mais arrive à compenser grâce à un ralentissement qui intervient tôt. De plus, on tombe sur des scènes d'action qui aujourd'hui encore font mouche. Les fusillades, le final sur le port de nuit, le cinéma de John Woo est donc déjà en place à ce moment-là. Mieux, on n'a pas les ralentis parfois abusifs dont il se servira plus tard dans sa carrière. La distribution manque de femmes, ce qui ne l'empêche pas d'être irréprochable. Chow Yun-fat a tendance à bouffer l'écran, et donc à piquer la tête d'affiche au pourtant excellent Ti Lung. Un film à voir, très gore, mais pas du gore qui dégoûte ou fait mal, non, du gore artistique. J'ai adoré.
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