Cultivons la curiosité
Les années 80 et 90 connurent moult œuvres cultes dans le domaine du manga. Même si ces bande dessinées japonaises, à lire à l'envers et en noir et blanc, mirent du temps à conquérir le monde, cela n'empêcha pas certains mangas de sortir de l'archipel, notamment via les anime, leurs adaptations animées. Ainsi, IWAAKA Hitoshi créa son manga "Parasite", en 1988. Celui-ci s'acheva 6 années plus tard après 10 tomes reliés. Il faudra cependant attendre 2014 pour voir le studio Madhouse en signer une adaptation qui bluffa votre serviteur. "Parasite" ou "Parasite : La Maxime" nous contait l'histoire de Shin'ichi Izumi, qui est un jeune lycéen Japonais se retrouvant infecté par un parasite, rapidement surnommée Migi (main droite en japonais, car le parasite a infecté... la main droite).
L'anime était sombre, violent, nous montrait comment l'adolescence peut changer un caractère. Shin'ichi passant de l'adolescent gentil, timide et un peu renfermé, à quelqu'un de sûr de lui, voire agressif. Malgré l'aspect Seinen du récit original (destiné à un public averti on va dire, de plus de 15 ans), on trouvait de l'humour. Quand Migi découvre que cette excroissance située entre les jambes s'agrandit quand on la tripote, désolé, mais c'est resté marqué dans ma mémoire ça. Bref, l'anime, bien qu'imparfait, m'avait fortement plu, avec ses faux airs d'invasion extraterrestre à la "The Faculty" (Robert Rodriguez, 1998), "L'invasion des profanateurs de sépultures" (Don Siegel, 1956) et surtout son remake "L'invasion des profanateurs" (Philip Kaufman, 1978).
Dix années après la version anime, la Corée du Sud s'attaque à cette œuvre. Pas comme on pourrait le penser, en faisant une adaptation live de l'adaptation animée, non, mais en prenant un biais tout autre. L'action se déroule en Corée du Sud déjà, et surtout, on va voir un ton plus mature, plus adulte, The Grey étant l'organisation de lutte contre les parasites étant créée de toute hâte après la pluie meurtrière de ces petites bêtes. Regardons la bande annonce, en version française, tandis que la série fut vue en version originale sous titrée en français.
Vidéo de Netflix France
Un jour, une drôle de pluie s'abattit sur Namil-gun. Des petits êtres sortirent de leurs capsules respectives, cherchant immédiatement un cerveau à parasiter. On débute dans un festival de musique, où un humain va devenir hôte d'un parasite. Dès lors, il sera mort, l'extraterrestre ne désirant qu'une chose, tuer et manger des humains et humaines. Grâce aux technologies actuelles, la scène se répandit rapidement sur internet, permettant de créer l'unité spéciale Grey, en charge de lutter contre ces envahisseurs. Cependant, il faudra éviter, malgré le fait que des vidéos bizarres circulent, d'ébruiter ceci, pour ne pas affoler la population.
On se concentre rapidement sur Jeong Su-in (Jeon So-nee), caissière d'un supermarché, qui essaye de faire son boulot. Manque de bol, elle tombe sur un client violent, mais l'envoie bouler quand-même. Ce dernier, ayant un problème psychologique, avait été vu juste avant, en train de proférer des menaces sur internet, comme quoi il pouvait tuer n'importe qui. La violente dispute avec Su-in lui donnera ainsi la victime parfaite. Qu'il se chargera de poignarder après l'avoir poursuivit en voiture.
C'est le soir de la pluie de parasite. Notre héroïne va se retrouver juste à côté d'un extraterrestre, qui sera contraint de fusionner avec Su-in, et même d'utiliser une partie de ses capacités de prise de contrôle du corps d'un humain, afin de soigner ses blessures. Ceci explique pourquoi Su-in ne se retrouve pas à 100% contrôlée par son parasite. Les 2 devront apprendre à coexister, Heidi (futur surnom du parasite de Su-in) n'arrivant à prendre le contrôle de l'héroïne que 10 à 15 minutes par jour. Cependant elle lui promet de la protéger quoiqu'il arrive.
Si il n'y a pas beaucoup de personnages ici, laissez-moi vous en présenter 3 de plus. Arrivant tardivement, nous avons Choi Joon-kyeong (Lee Jeong-hyeon), cheffe de The Grey. On apprendra son histoire mouvementée, lorsque les parasites ont débarqué, et pourquoi elle est si forte tout en possédant une haine viscérale pour ces extraterrestres. La scène qui nous montre sa première rencontre avec un parasite est d'une puissance émotionnelle forte. Comment de simple courses dans un supermarché peuvent se transformer en pur moment d'horreur. Nous avons aussi Kim Cheol-min (Kwon Hae-hyo), inspecteur de police du district de Namil-gun, il est le mentor de Su-in, depuis son enfance et le fait qu'elle a dénoncé son père aux autorités. Ce dernier ne supportant pas le départ de sa femme (et mère de notre héroïne), sombra dans l'alcool et battait Su-in.
C'est d'ailleurs un traumatisme de la jeune femme, avoir été abandonné par sa mère, et battue par son père, tout en étant jugée par les voisins et voisines qui voyaient en elle un monstre. Cheol-min est le seul à lui avoir tendu la main et l'avoir rassurée sur le fait qu'elle avait bien agit, qu'il ne fallait pas prêter attention aux autres. Dernier personnage important de la série, Seol Kang-woo (Koo Kyo-hwan) est un poissard. Petite frappe d'une mafia locale, il va se faire piéger par son propre camp et se retrouver, suite à beaucoup de péripéties, à devenir un ami précieux de Su-in. C'est lui qui nommera la parasite de cette dernière Heidi. Kang-woo est avant tout pragmatique. Il n'hésite pas à fuir. J'adore son arrivée dans je ne sais plus quel quartier, quand il dit que tout le monde cherche à l'arnaquer ici. Avec Su-in iels forment un duo ultra attachant.
La série ne dure que 6 épisodes, variant entre 45 et 60 minutes. J'ai rarement vu des épisodes passer aussi vite.La réalisation est propre, même si on pourra voir quelques petits défauts dans les effets spéciaux, ou lors des combats entre parasites, qui paraissent... pas ridicules, mais bizarres. Ceci dit, ça n'empêche pas d'être captivé par l'histoire, et surtout de s'attacher aux personnages. Les 4 cité·e·s ont des caractères différents, se croiseront souvent, parfois s'allieront. Je repense à Cheol-min qui insulte Kang-woo pour le faire réagir. Enfin bon, le tout se regarde parfaitement.
La réaction des personnages, le jeu des actrices et acteurs, tout est cohérent. Appréciable même. On voit leurs blessures respectives, à travers des flashbacks bien implantés le long de la série. Et comme je sens que je vais me répéter, autant conclure. Série de 2024, "Parasyte : The Grey" s'avère exceptionnelle. Rarement un KDrama ne m'aura autant capté. Oui, je n'en regarde pas beaucoup, je sais, mais je pense même que rarement une série ne m'aura provoqué cette sensation de ne pas voir le temps passer. Je pensais que l'épisode de 1 heure serait long, mais il passe à une vitesse décoiffante. Il s'avère violent, pas trop gore. Mais les images des parasites peuvent impressionner les personnes les plus sensibles.
Sans en avoir l'air, et promis j'arrête la chronique après, on nous parle d'énormément de problèmes humains. L'abandon, le sentiment d'inutilité, la volonté d'aider les autres justement pour se sentir en vie. Il y aura aussi cette critique des politiques. Désolé de la révélation, mais quand le sénateur demande à tout prix à la police et à The Grey de maintenir le festival parce que la personne politique qui doit s'y rendre est présidentiable, en gueulant contre le chef de la police, ce dernier se couchant devant la haute autorité politique, c'est édifiant. Le sénateur préfère mettre en péril des administré·e·s afin de servir un futur président (et donc peut-être de viser un poste de ministre pour ce sénateur). Bref, vous le voyez, en très peu de temps, la série parle d'une tonne de chose, tout en nous offrant des personnages attachants. J'ai adoré et vous la conseille si la vue de monstres difformes (même pas super bien fait) ne vous rebute pas. J'espère qu'il y aura une saison 2, surtout avec la dernière image sur cette main droite qui m'a littéralement fait hurler (de joie).
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