Cultivons la curiosité
Il n'est jamais évident de replonger dans une œuvre qui a plus d'un demi-siècle à son actif. Il n'est jamais évident d'arriver à recontextualiser certains gags quand il s'agit d'une Bande Dessinée. Car dites-vous qu'en 1963 et 1964, le festival Woodstock n'avais pas eu lieu, l'Humanité n'avait pas marché sur la Lune, Internet n'existait pas. Si c'est ce dernier point qui vous a le plus effrayé, sachez que ça s'est démocratisé dans les années 90.
Pourtant, Charles M. Schulz, à travers sa bande de gosses, nommée Peanuts contre sa volonté, et Snoopy, le beagle le plus cool de l'univers, arrivait à jouer sur 2 tableaux. S'adresser aux enfants, qui ne manquent pas de se reconnaître à travers certaines expressions, le fait que les adultes ne les entendent pas. Mais aussi arriver à faire réfléchir les personnes ayant plus d'expérience. On peut dire les adultes, mais aussi les adolescents je pense.
Pour cela, le gag en 4 cases, est parfait. Le contexte est souvent mis en place par un décor sobre, et ce sont les personnalités des protagonistes qui rendent les différentes petites histoires drôles, ou impliquant une réflexion de la lectrice et du lecteur.
Oui, voir le pauvre Charlie Brown (protagoniste le plus important de "Peanuts", devant Snoopy je dirai) se faire maltraité par les filles, par ses camarades, surtout lorsqu'il joue au baseball, ça peut prêter à pleurer. Mais après tout, ce ne sont que des enfants, avec leur manque de tact, une cruauté involontaire mais violente, dont semble s’accommoder notre héros.
Heureusement, il peut compter sur Linus, son meilleur ami après Snoopy. Ce premier ne lâche pas sa couverture de sécurité, sinon il est victime de spasme et finit par s'évanouir comme sa tortionnaire de grande sœur, Lucy, le teste dans un gag. Et là, avec Linus, on peut y voir une anxiété forte. Si les enfants qui lisent cette BD ne n'en rendront pas compte, pour les victimes d'anxiété c'est différent. Et dans la bande des Peanuts, chacune et chacun à son propre caractère, ce qui fait que l'on est obligé de se reconnaître en un des personnage.
Ici, nous aurons les habituelles saisons de baseball, où Charlie Brown, le capitaine, va subir déconvenue sur déconvenue. Au point de se blesser. On devine forcément que le jeune poissard va voir son équipe réussir sans lui. Et quand il reviendra, on devine forcément ce qu'il va arriver. Un peu comme quand Lucy veut piéger à nouveau Charlie en lui tenant le ballon de football américain, afin qu'il botte. D'habitude elle lui enlève au dernier moment, montrant que Charlie Brown est trop naïf. Mais cette fois-ci, c'est différent, il y a un contrat signé... Je vous laisse découvrir la fin, dont on se doute.
Autre gag récurent, la Citrouille Magique. Une croyance de Linus, qui annonce que Halloween n'est pas loin. Cette fois-ci ça intervient en pleine campagne pour être délégué. Une façon de faire un parallèle entre politique et le monde des Peanuts. Forcément, cette histoire de Citrouille va lui couter l'élection, mais sa foi ne faiblit que trop peu, et on se doute qu'en 1965, Linus va recommencer.
Et là, vous vous dites que c'est SNOOPY et les Peanuts. Et vous avez raison. Le beagle est fidèle à lui-même. Il taille la discussion avec des oiseaux, les invite même chez lui. D'ailleurs, sa niche semble immense à l'intérieur. Sans jamais le voir, nous constatons que Charlie et ses ami.e.s vont élaborer des travaux complexes. Pire, quand sa niche sera inondée, tout le monde va aider Snoopy en faisant les travaux nécessaires.
Au fait, dans cette version intégrale de chez Dargaud, qui contient 2 années, l'introduction de Bill Melendez est passionnante, car elle relate comment il s'est retrouvé à faire une adaptation animée pour la télévision de l'œuvre de Charles M. Schulz.
Après, j'ai peur de me répéter au fil des chroniques. Si "Garfield" de Jim Davis est plus accessible, plus sur un humour simple, donc vraiment de 7 à 177 ans (du moment que tu sais lire quoi), "Snoopy et les Peanuts" l'est aussi. Je pense déjà que la grosse trentaine d'euros demandée est justifiée. C'est beau, agréable à lire. Ensuite, même si parfois le contexte est complexe à avoir (malgré les notes des personnes qui traduisent), on arrive encore à prendre du plaisir à parcourir ces histoires. C'est à la fois drôle, touchant, mais rarement pitoyable. On pourrait le croire pourtant en voyant ce que subit Charlie Brown, mais non. Le ton est juste, on ne se moque jamais des personnages, et c'est pourquoi, comme pour les précédents volumes, je ne peux que vous le conseiller. J'ai adoré.
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