Cultivons la curiosité
C'est toujours amusant de retourner dans le passé. Que ce soit à travers des documentaires, des reconstitutions, des films, ou tout autre support. Ainsi, à l'époque de l'insouciance, suivre les aventures d'un chien et la bande de gamin·e·s gravitant autour de ce premier, possède un goût spécial. Surtout quand il s'agit ouvertement d'une œuvre grand public, qui évite au maximum les références politiques et autre jugement sur l'état actuel du monde.
Les années 1967-1968 que nous allons voir aujourd'hui, sont les dernières où la Lune était encore vierge de tout pas de l'Humanité sur elle. C'est aussi la veille de Woodstock, et du mouvement contestataire hippie. Ainsi, le long de ces 2 années, nous allons continuer à suivre Snoopy, Charlie Brown et toutes les autres "Peanuts" qui composent cette œuvre majeure de Charles M. Shulz.
À travers des pastilles quotidiennes, de 4 cases en semaine, prenant une page complète le dimanche, 365 jours par an, sauf en 1968, année bissextile, donc 366 jours, ce sont des tranches de vie, tantôt comiques, tantôt philosophiques qui nous sont proposées. Tout ceci atténué par le spectre, le biais, la vision, d'enfants de moins de 10 ans, et d'un chien fantasque, rêveur, qui a peur du noir et des chats.
Vous vous doutez bien qu'en 731 gags qui parsèment ce volume, je n'ai pas tout retenu. Dommage, car il y a des petites pépites. Bizarrement, ce que j'ai le plus retenu, ce sont les gags récurrents (mais offrant tout de même plus de diversité que chez Jim Davis dans son "Garfield"). Linus, meilleur ami de Charlie Brown, et petit frère de la violente Lucy, qui croit dur comme fer en l'existence de la Grande Citrouille. Chaque année il se fait avoir.
En gag récurrent, encore plus présent ici il me semble, Snoopy se prenant pour un As de la Première Guerre Mondiale, affrontant le Baron Rouge, imaginant que sa niche est un Sopwith Camel, et vivant des aventures incroyables. Comme quand il est en France. Qu'il prend Lucy pour une paysanne locale, et j'en passe. Oh, notons aussi que Schroeder va oublier en 1967 l'anniversaire de son idole, Ludwig Van Beethoven.
Chose sympathique, on retrouve Patty Peppermint (désolé, son surnom français Pastille-de-Menthe, je n'y arrive pas). Ici très touchante quand elle parle de son papa. Elle est assez brusque, disons plutôt trop directe, mais c'est, je pense, mon personnage préféré de cet univers. Elle trouve que Snoopy est un petit garçon bizarre, ne le voyant pas comme un beagle. Ceci donne toujours lieu à des situations drôles, où la jeune fille est décontenancée par Snoopy.
Parmi mes personnages préférés, il est important de dire que le petit oiseau jaune, meilleur ami de Snoopy, commence à parler avec des traits. Il est plus présent, même si il ne se nomme pas encore Woodstock. Ceci ne saurait tarder. En tout cas, j'aime beaucoup l'idée de le voir plus. Oh, point important, alors que l'on ignore qui est cette Lila qui fait chavirer le cœur de Snoopy, nous aurons l'occasion de la découvrir rapidement ici, dans un gag très touchant. La révélation de qui elle est, est aussi très touchante.
Sinon, bah on retrouve la saison de baseball ratée, Lucy vendant ses conseils psychologiques, où l'on voit souvent Charlie Brown. Le petit garçon reste le héros de cette œuvre. Malchanceux, maladroit, il fait beaucoup d'efforts mais n'a pas beaucoup de récompenses. Du coup, la moindre mini victoire est importante. On a tous et toutes du Charlie Brown en nous. Et les nombreux caractères des Peanuts permettent de s'identifier à coup sûr à l'un des protagonistes. Si l'on prend la peine de s'y pencher sérieusement dessus, on peut y voir un message plus adulte que ce que l'on constate à la première lecture.
Même si les thèmes abordés ne sont pas hyper profonds, on y trouve tout de même un côté réaliste, qui peut mener à la réflexion. Qu'est-ce que la victoire ? Doit-on continuer à avoir la foi, même si la Grande Citrouille ne daigne jamais se montrer et que vos ami·e·s sont un peu dépité·e·s de vous voir chaque année attendre son arrivée dans un champ de citrouille. Et ceci n'est qu'une infime partie de ce que l'on peut voir en lisant ces cases, pouvant paraître anodines, mais où l'on peut y voir tellement de choses.
Le livre vaut largement la grosse trentaine d'euros demandée. Le plus embêtant est qu'il y a entre 25 et 26 tomes, je ne sais plus. Donc ceci représente un gros investissement. De plus, malgré un format plus petit qu'une bande dessinée classique, l'épaisseur rend les livres encombrants. Mais, en faisant au fur et à mesure, vous devriez arriver à avoir une belle collection, intemporelle, qui pourra se transmettre sans soucis au regard de la qualité du papier et de la couverture cartonnée. Seule le fourreau, enfin, fourreau, le protège couverture, je ne sais plus comment ça s'appelle, seul ça est un peu fragile. Sinon, j'adore, et vous le conseille. Au pire, essayez de les emprunter à la bibliothèque locale, vous passerez un bon moment.
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