Cultivons la curiosité
À bien y réfléchir, et parce que je n'y connais pas grand chose en cinéma sud-coréen, je pense que Bong Joon-ho est un peu à l'image de HOSODA Mamoru pour l'animation japonaise, à savoir mon réalisateur préféré venant du pays au matin calme. Bizarrement, je n'ai pas vu masse de ses films. "The Host" (2006) récemment, juste après j'ai vu "Mickey 17" (2025), et ma première expérience était "Parasite" (2019) au cinéma. Toujours de façon bizarre, j'avais les DVD de "The Host" et du film du jour depuis longtemps. Sans jamais franchir le pas.
2025 sera l'année où tout ce sera accéléré dans ma découverte du cinéma de Bong Joon-ho. Et comme nous faisons un petit cycle de film de train sur Ashou, quoi de mieux que de finir sur "Snowpiercer : Le Transperceneige" (2013) ? Scénarisé par le réalisateur et Kelly Masterson, c'est l’adaptation de la bande dessinée "Le Transperceneige" de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Olivier Bocquet pour le scénario. Jean-Marc Rochette et Alexis se chargeant du dessin. Elle date tout de même de 1984, et possède 6 tomes en tout. Il doit même y avoir une intégrale si je ne dis pas de bêtise.
Production majoritairement sud-coréenne, le film du jour doit certainement faire partie du soft power voulu par l'élite de ce pays dans les années 2010. Peut-être même un peu avant, mais je temporise toujours ce soft power avec le succès du "Gangnam Style" de PSY en 2012. Pourquoi je parle du soft power sud-coréen ? Parce que quand "Mickey 17" est sorti, tout le monde parlait du premier film étasunien de Bong Joon-ho. Hors, si on regarde la distribution de "Snowpiercer : Le Transperceneige", on constate qu'elle sonne très étasunienne.
Avant de voir ce que cela donne, nous voici donc face à un film de 2 heures tout rond, ou toutes rondes, je ne sais pas parler le français bien vous savez. Désolé. Regardons donc la bande annonce en version française, tandis que le film fût vu en version originale sous titrée en français (VOSTFr). Précisons, excusez-moi si c'est une révélation, qu'un personnage parlera coréen et sera bien implémenté. On notera aussi la présence d'une traductrice qui va essayer de parler en français dans la version originale, c'est assez marrant. Peut-être un hommage à la bande dessinée ? Attention, il y a des grosses révélations dans la bande annonce.
Vidéo de FilmsActu
Bon, on nous explique rapidement qu'en 2014, pour contrer le réchauffement climatique, il a été décidé de balancer un gaz CW7 (et non pas CR7, je vous vois faire la blague les fans de foot là, non, on ne parle pas de Christiano Wonaldo) dans l'atmosphère. Bon. Tout le monde semblait content, les scientifiques sûrs d'eux. Que pouvait-il se passer ?
Genre une ère glacière qui allait éradiquer 99% de la vie sur Terre. Mais qui aurait pu deviner ? Alors là... Bah si, un certain Wilford, fana de trains, avait senti le coup. Ceci sera expliqué plus tard dans le film, mais alors que cet Otaku des Trains employait sa richesse pour faire une ligne de chemin de fer faisant le tour du monde, passant par des villes à des moments importants, vu que le tour du monde dure 1 année. Ainsi, chaque année on passe par le même endroit. Bon, on oublie l'explication pour les années bissextiles, d'ailleurs nous sommes trop loin dans le film, revenons en arrière. Donc alors qu'il met en place cette croisière proche de l'Orient Express, la connerie des scientifiques arrive.
Donc, ça échoue, pardon, non, ça ne marche pas, ou ne fonctionne pas, je ne sais plus c'est quoi la phrase précise, on s'en moque. C'est ennuyeux ça, car le seul moyen de réchapper au gel, c'est le mouvement perpétuel du train de Wilford. Seulement, on constate que comme pour la société capitaliste, c'est très hiérarchisé. Les gueux et gueuses dans la queue du train, les richous et richettes à l'avant. Et tout va bien ainsi, on ne mélange pas les patates avec les cochons. Attendez, c'est quoi l'expression ? Les torchons et les serviettes ? Je ne sais plus.
Bon, à l'arrière, on mange des blocs de protéines peu ragoûtants, et parfois, les riches de devant viennent prendre un talent, genre là, il faut un violoniste. Et des enfants aussi. On découvrira pourquoi à la toute fin. Seulement Curtis (Chris Evans) élabore un plan. Sous la houlette de Gilliam (John Hurt), il compte le temps qu'il faut aux gardes pour fermer les portes. Le but ? Prendre la locomotive du train et devenir les chefs de cet attelage.
Au début, on ne voit pas du tout l'extérieur, ou très très peu. Par moment, hormis l'aspect exiguë, on en oublie même qu'il s'agit d'un train. Puis le plan se met en branle. Avec plusieurs paris, les armes des gardes sont-elles fonctionnelles ? Comment se défendre dans un endroit aussi peu large, et comment attaquer ? On va ainsi assister à l'ascension sociale à travers les wagons franchis un à un. À l'aide de Nam (Song Kang-ho) et sa fille Yona (Ko Ah-sung).
Dès lors on alternera entre passages violents et plus magiques. La traversée de l'aquarium est surréaliste. Tout comme celle de l'école, qui propage une propagande à la gloire du train et de Wilford. Bong Soon-ho a beau essayer de se défendre de faire de la politique dans ses films, il est évident que ses réalisations dénoncent la caste riche. Ne voyant ici que de la main d'œuvre à manipuler. Enfin bon, je ne vais pas aller trop loin dans l'analyse du film.
Je n'irai pas plus loin dans l'histoire, j'en ai déjà trop dit. Il y a un truc qui gêne, ce sont les combats. Surtout les premiers, les plus violents. La caméra bouge, elle est tremblante. Certainement pour cacher la faiblesse des coups portés, je ne sais pas. Mais franchement, les premiers combats sont difficiles à suivre. De plus, ce changement d'ambiance à chaque traversée de wagon me semble incohérente. Genre le wagon le plus vital, celui de l'eau, tu le mets aussi proche de la queue du train ? C'est dangereux non ?
La fin, quand Curtis, après ses moult sacrifices et surtout une révélation choquante faite à Nam, atteint son but. Ce sera l'occasion d'avoir un discours sur le fonctionnement de la plupart des sociétés humaines. Il faut de l'ordre, parfois purger un peu, et on repart. J'ai pensé à l'Architecte dans "Matrix : Reloaded" (Lana et Lilly Wachowski, 2003). À un moment, la porte est ouverte entre la locomotive et la salle des machines, et la différence que ça apporte en terme de photographie est stupéfiante. Comme pour souligner celles et ceux qui luttent, dans un endroit sombre, sale, dangereux, et l'élite, qui se situe dans un endroit bien éclairé et aseptisé.
Le film s'avère intéressant, et pourtant, sur les 4 que j'ai vu du réalisateur (sur 8 à l'heure actuelle), c'est le moins bon je pense. Il manque de rythme, et même un peu de cohérence. Il y a eu une volonté de reproduire la scène du couloir de "Old Boy" (Park Chan-wook, 2003) mais avec beaucoup moins d’inspiration. Surtout on ne situe pas bien les personnages, bref, face à l'armée des cagoules (oui, je les surnomme ainsi), le combat est brouillon. Sinon, pour le reste, ça se regarde bien. La fin s'avère logique, on arrive même à la deviner assez vite.
Une fois de plus, Bong Joon-ho nous offre un pamphlet anti-richous, qui fonctionne bien, mais pas autant que ses précédentes et futures réalisations je trouve. Est-ce parce que c'est une adaptation ? "Mickey 17" en est aussi une, et elle est brillante. Honnêtement, je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui gêne ici. Un manque de rythme ? Une action trop brouillonne ? Un manque de cohérence sur certaines choses, comme la disposition des wagons ? Je ne sais pas. Ceci ne m'a pas empêché de passer un très bon moment et de vous le conseiller. Voici qui clôt le mini cycle des films de trains sur Ashou. "Snowpiercer : Le Transperceneige" est un bon film, auquel il manque un petit truc pour être exceptionnel. J'ai tout de même bien aimé et vous le conseille.
@+