Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Cultivons la curiosité

Tuer n'est pas jouer

Tuer n'est pas jouer

Après un règne inégalé de 14 ans et 7 films, Roger Moore passe la main. L'acteur qui devra endosser le costume parfaitement taillé de l'agent 007 sera contraint de rapidement prendre ses gammes car "Tuer n'est pas jouer" est prévu pour 1985, soit deux petites années après "Dangereusement Vôtre". Ce dernier m'avait laissé enthousiaste devant une action frénétique malgré un milieu mou. Après de nombreux retournement de situations, c'est Timothy Dalton qui aura la lourde charge d'être le quatrième James Bond de l'ère EON.

Dans les bonus du DVD, on nous explique que c'est Sam Neill qui est le premier acteur pressenti. On ignore pourquoi, mais le producteur historique, Albert R. Broccoli ne veut pas du Néozélandais dans ce rôle. Il semble lui préférer un autre acteur qui avait déjà postulé pour "Au service secret de Sa Majesté". S'estimant trop jeune pour le rôle, Timothy Dalton déclina la proposition en 1969 il n'a que 23 ans, et estime que James doit avoir une bonne trentaine d'années, même plutôt 35-40 ans, pour être crédible.

Après le choix de Sam Neill avorté, c'est un autre acteur qui reviendra (plus tôt que prévu même) qui va interpréter l'agent secret Britannique. Le choix s'est porté définitivement sur Pierce Brosnan, Timothy Dalton ne pouvant pas se libérer de son rôle dans le film "Brenda Starr". Seulement, l'Irlandais qui reviendra plus tard dans "GoldenEye", est bloqué sur la série "Les enquêtes de Remington Steele", qui ne cesse de se voir rajouter des épisodes.

Bon, là c'est sérieux, car le tournage prend du retard, et toujours pas de Bond. Un retard salvateur pour Timothy Dalton, qui a terminé le tournage de "Brenda Starr" le samedi aux U.S.A. et peut donc être prêt pour le lundi suivant. Avec un beau décalage horaire dans les dents, mais ceci n'effraie pas le Gallois, qui voit l'occasion d'interpréter son Bond.

Et nous verrons que ce Bond sera à l'image de la fin des années 80. Mois volage, plus violent, plus expressif même. Tout ceci est brillamment dit dans le bonus d'une grosse demie heure du DVD, certainement enjolivé, mais on ne va pas chipoter. Il y a aussi un documentaire de presque 45 minutes sur Ian Fleming, créateur du personnage de James Bond, et on y trouve pas mal de similitude entre l'auteur et son personnage. Enfin, toujours dans les bonus, le making of du clip, et le clip de a-ha "The Living Daylights" (qui est aussi le nom original du film, moins débile que le français, sorte de traduction d'avoir une grosse trouille, limite de voir la mort de prêt si j'ai bien compris). La chanson est très typée fin des années 80, tout comme le générique que je vous invite à regarder tout de suite.

Vidéo de Cine Magistral

Toujours réalisé par John Glen, on retrouve Michael G Wilson et Richard Maibaum au scénario. Celui-ci s'inspire d'une nouvelle du même nom original. Dont est tiré la scène de pré-générique de ce film. Nous voilà parti.e.s pour 2h05, en commençant par ce qui s'apparente à un exercice du MI6, qui teste les agent 00 (double zéro) à Gibraltar. Saut en parachute, course poursuite accroché à un Land Rover enflammé blindé d'explosif, assassinat d'agent secret. La présentation de Timothy Dalton est musclée, et j'adore. On retrouve le côté séducteur quand il se pose sur le bateau d'une riche femme qui s'ennuie. Avec cette humour un peu lourd du "je suis là dans une heure.... *voyant la gentille dame lui tendre une coupette de Champomy* ... disons deux heures".

Si le ton est plus violent, on sent une certaine réminiscence de l'humour à la Roger Moore, à travers certains gags qui n'ont rien à faire ici. Sur la fin du film, quand l'héroïne voit un militaire se jeter sur le capot de son 4x4, elle utilise les essuies-glace. Heureusement il y a assez peu de ces gags. Surtout qu'après l'horreur de Gibraltar, on découvre le centre du MI6. On redécouvre le centre du MI6. Modernisé. Mais pas façon années 70 tout bizarre. Nope, façon fin des années 80, avec bureau ouvert, de l'espace, et une Miss Moneypenny qui se retrouve magnifique en la personne de Caroline Bliss. Elle incarne le fantasme geek de la femme à lunette, je vous assure. Mais c'est sexiste ce que je dis... euh donc sachez juste que le personnage est désormais bien plus qu'une simple secrétaire, elle organise tout... comme une assistante en fait, mais indépendante.

Après la découverte de la sublime Moneypenny, direction... purée, j'ai tout mélangé. J'ai oublié le passage par la Tchécoslovaquie avant. Où James va aider le général Koskov à fuir le bloc de l'Est. À l'aide d'un pipeline. 007 était chargé d'abattre le sniper qui devait empêcher Koskov de fuir, mais il ne fit que la blesser, sentant que la jeune femme n'était pas une pro. Ceci lui vaudra une remontrance de sa direction, et carrément 15 jours de congés.

Un congé que Bond refusera après que Koskov se fit à nouveau enlever par les Russes. Ici, dans une sorte de grand manoir britannique, alors que M (Robert Brown), le ministre de la Défense (Geoffrey Keen) et Koskov (Jeroen Krabbé) ont parlé avec Bond du plan des Russes de tuer tous les agents secrets afin de déclencher une guerre, le général Russe va se retrouver seul, lourdement protégé. Seulement, un méchant livreur de lait va venir l'enlever. Et le coup des grenades bouteille de lait, je n'étais pas prêt. Le combat contre un des agents dans la cuisine non plus. Ici, on a encore droit à de l'action, une chorégraphie de combat impeccable et nous réalisation qui nous tiennent en haleine.

En apprenant la nouvelle et après s'être vu contraint de prendre des congés, James part à nouveau pour Bratislava, lieu où il va enquêter sur Pushkin (John Rhyes-Davies), qui serait au Maroc pour comploter et mener l'opération dont j'ai paumé le nom qui consiste à tuer les agents secrets. 007 en profite pour se lier d'amitié avec Kara (Maryam d'Abo), une violoncelliste qui s'avère être la tireuse maladroite. Pratique, Bond apprend qu'elle est la compagne de Koskov et que ce dernier en fait trahit tout le monde, en organisant son passage à l'Ouest pour mieux se faire enlever par son groupuscule qui fomente l'opération guerre en tuant tous les agents secrets. Dans le film c'est mieux expliqué.

On comprend rapidement que les méchants sont Koskov, son bras droit Necros (Andreas Wisniewski) et Brad Whitaker (Joe Don Baker), un taré des grandes batailles historiques basé à Tanger. James va donc accompagner Kara dans un tumultueux périple, en jouant double jeu avec la jeune femme, qui ne doit pas se douter qu'il veut arrêter Koskov. Elle croit que son compagnon fait de bonnes choses et est un peu naïve. La fuite de Tchécoslovaquie et donc du bloc Ouest, ne se fera pas sans mal.

La magnifique Aston Martin DB5 fraîchement repeinte par Q (toujours l'excellent Desmond Llewelyn) va être bien utile. Surtout l'option découpe au laser, missiles frontaux, pneus cloutés sur demande et skis amovibles. La course poursuite, bien que face à des voitures peu puissantes, reste impressionnante. Toujours orchestrée par Rémy Julienne, elle se finira sur un lac gelé avec un déplacement de cabane que je vous laisse découvrir. La passage à luge (en fait la valise de transport du violoncelle qui va morfler ici) est un peu ridicule, mais passe bien quand même.

Surtout que voilà nos deux héros à Vienne en Autriche, en train de profiter de l'opéra, puis d'une fête foraine. Un endroit où James prendra de plein fouet le message de Koskov, assistant impuissant à l'assassinat de son contact. On sent tout la haine de Bond ici, une grande première. C'est limite si il ne perd pas son sang froid en se précipitant vers des ballons cachés par une haie. Il effraiera juste un enfant et sa maman. Ici, on sent que c'est plus sérieux comme ton, plus violent même.

Suite à un plan étonnant, Koskov veut juste se faire de l'argent en jouant sur trois tableaux à la fois. Avec l'aide de Whitaker, il va acheter de l'Opium pour le revendre nettement plus cher. Ceci avec l'argent que Whitaker a "emprunté" à l'U.R.S.S., ce qui met en rage Pushkin. Enfin bon, après un passage mouvementé à Tanger, James explique la vérité à Kara, et se retrouve, avec la jeune femme, dans un avion, enlevé par Koskov, direction l'Afghanistan.

Après moult péripéties, il va s'allier avec Kamran Shah (Art Malik), un Moudjahidine puissant, afin de mettre un terme à ce trafic d'opium. Le final est grandiose. Digne de Michael Bay. Voir les Moudjahidines attaquer à dos de canassons tandis que James "vole" le gros cargo plein d'opium, le tout dans un chaos terrible, avec moult explosions, c'est jouissif. Kara n'est pas en reste, vu qu'elle participe et aidera bien James à contrôler l'avion tandis que ce dernier fait une petite sortie en affrontant Necros.

Voir les cascadeurs s'accrocher au filet qui pend, attaché par trois fois rien à l'avion, ouch, c'est spectaculaire. La scène est longue, mais ne lasse pas du tout. On s'accroche comme on peut. Il y a une historie de bombe, un pont détruit afin d'aider les Moudjahidines à fuir les blindés Russes, et on arrive au seul pont bizarre du film. Sorte de climax très vite expédié, la sortie de l'avion en 4x4 est hyper coupée et incompréhensible. Ceci se veut spectaculaire, mais je n'ai rien compris à vitesse réelle tellement ça va vite. C'est le seul point loupé je pense.

Le final voit l'affrontement James contre Whitaker, avec un Koskov démasqué et dont Moscou s'occupera. On voit le général Gogol (Walter Gotell) qui est pour la "détente" entre les blocs Est et Ouest. Kara réalise son rêve et va en profiter pour passer une petite nuit sympathique avec James. Et c'est fini.

Et pour la première fois je ne me suis pas ennuyé une seule fois. C'est pourtant un des films de la saga les plus long. Mais non, tout est bien rythmé, on a pas le côté ridicule du précédent Bond, tout en conservant les gadgets, et même l'humour un peu lourd. Ici, pas de sexisme. Pas de gros sexisme on va dire. James ne couche pas à tout va, même si il reste séducteur. Timothy Dalton apporte de la noirceur au personnage. Il détone avec les précédents Bond et me fait penser à Daniel Craig. Il se trouve que j'aime les James Bond depuis le "Casino Royale" de ce dernier car son Bond est moins flegmatique, plus action, tout en restant classe, mais se prenant des coups.

Timothy Dalton, ou du moins son James Bond, est de la même veine. Le film nous fait voyager, sans jamais nous ennuyer, il offre les scènes d'action au bon moment, et on a même droit à aux codes des James Bond, mais sans que ce ne soit trop lourdingue. On retrouve des personnages ré-inventés (Miss Moneypenny, Félix), et le seul défaut que l'on peut trouver est cette datation marquée pré-chute de l'U.R.S.S., en pleine "détente" entre les blocs. Je ne sais pas vous, mais quand je vois un poste de frontière entre l'actuelle Slovaquie et l'Autriche, ça me paraît lointain.

Bref, nous sommes là face à un film James Bond qui s'éloigne de ses aînés, et c'est ce qui me plaît énormément ici. Sombre, violent, spectaculaire, il est à découvrir sans hésiter et s'avère être un excellent film divertissant. Évidemment, ce ne sera pas un film émouvant, dénonçant une cause, ou parlant des sentiments humains. Mais c'est un genre que j'apprécie beaucoup, on nous prend pas pour des imbéciles, et j'ai déjà hâte de voir "Permis de Tuer", qui sera déjà le dernier film 007 avec Timothy Dalton. À voir, j'ai adoré.

@+

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article