Cultivons la curiosité
Le moins que l'on puisse dire est que la carrière d'Alexandre Aja est tout de même bien jolie. Certes, par rapport aux attentes que l'on pouvait avoir devant le réalisateur de "Haute Tension" (2003) et du remake (refonte comme vous voulez) de "La Colline a des yeux" (2006), sa carrière n'est pas ahurissante, mais elle reste plus qu'honorable j'estime. Bon, j'étais persuadé d'avoir déjà fait "Haute Tension" sur Ashou, mais à priori non. Ou alors il est perdu dans les limbes de ce riche blog, brillamment tenu et qui mérite toute votre attention.... aïe, je me suis brossé trop fort punaise, ça fait mal. Le seul film présent de ce réalisateur ici est "Piranha" (2009), déjà une nouvelle révision d'un classique du cinéma catastrophe. Sur un ton assez humoristique il faut reconnaître.
Quand après quelques œuvres sympas, mais sans plus, "Mirrors" (2008), "Horns" (2014) ou "La Neuvième Vie de Louis Drax" (2016), il revient à un cinéma horrifique, vraiment horrifique, avec un budget mesuré, là, mon attention fût attirée. Au point de vouloir le voir au cinéma en 2019. Bon, si il n'y a pas de chronique ici, c'est que ce fût un rendez-vous manqué. Il n'empêche que le film avait plutôt une bonne réputation. Un mélange de film d'horreur sur fond de film catastrophe, avec des gros CROCODILES.... NON ON DIT ALLIGATORS parce que c'est une autre race si on compare à l'Australie. Je dis Australie parce que je pense à "Crocodile Dundee" (Peter Faiman, 1986), la vérité est que je n'y connais rien dans ces reptiles. Bref.
Ainsi, en 2019, Alexandra Aja sort "Crawl" sur un scénario de Michael et Shawn Rasmussen. Pour nous offrir 1h27 d'un spectacle effrayant, qui va nécessiter d'augmenter sa suspension d'incrédulité tellement il va se passer de choses improbables. Surfant sur "Les dents de la mer" (Steven Spielberg, 1975) mais aussi la corcodilespoilatation, ce qui ne veut rien dire. Mais dans les années 70-80, quand une idée était sympa, on la modifiait un peu et on l'exploitait à mort. Ce fût le cas du crocodile ou de l'alligator remplaçant ainsi le requin blanc. Bref, bande annonce en version française tandis que le film a été vu en version originale sous titrée en français.
Vidéo de Paramount Pictures France
Tout débute par un entraînement d'un club de natation. On nous présente une compétition amicale, histoire de jauger le niveau des nageuses. Haley (Kaya Scodelario) s'échauffe, c'est bientôt son tour, elle effectue le dernier relai. Elle perd de justesse, et il semble que ce n'est pas la première fois qu'elle fini deuxième. Ceci la dépite un peu, mais elle retrouve vite le sourire quand sa sœur l'appelle en visio, avec son neveu, nouveau-né, à côté. Seulement Beth (Morfydd Clark) est soucieuse. Elle est à Boston, et a entendu qu'un ouragan a détourné sa trajectoire pour frapper la Floride, pile là où sont son père et sa sœur. Ces derniers sont encore en froid suite au divorce.
Beth veut juste savoir si Haley a des nouvelles. Seulement, elle n'en a pas et n'était même pas au courant que l'ouragan avait changé de trajectoire. Pourtant, effectivement, dehors, les vents commencent à pousser fort. Haley décide de faire 2 heures de route et de voir ce qu'il en est. Bien que la route soit bloquée, elle arrive à passer pour trouver le nouveau logement de son père quasiment vide. Seule Sugar, le toutou de la famille, est là. Donc il est impossible que Dave (Barry Pepper) ne soit trop loin. Il doit certainement être à la maison familiale, en vente, pour on ne sait quelle raison.
Haley s'y rend, et grâce à Sugar, va devoir aller sous la maison. Les maisons aux États-Unis d'Amérique, elles n'ont pas vraiment de cave, et plus particulièrement en Floride, elles sont un peu surélevées. Histoire d'éviter les inondations. Les digues pouvant se faire submerger ou céder. Ainsi, dans ce sous sol qui voit les tuyaux de plomberie mais aussi le téléphone, l'électricité et j'en passe, en le traversant, elle découvre son père salement amoché à l'épaule. En sang et inconscient, elle va tout faire pour le remonter dans la maison. C'est à ce moment qu'un alligator immense explose l'escalier et voit Haley contrainte de rebrousser chemin en traînant son père toujours inconscient.
Maintenant que l'on connaît l'adversaire, redoutable, qui a rogné l'épaule de Dave, et après le réveil de celui-ci, il va falloir trouver une solution. D'une part parce que ça y est, l'ouragan est là, les eaux montent, et il n'y a quasiment personne pour les secourir. Iels vont devoir trouver une solution pour remonter, et peut-être qu'il y aura d'autres mauvaises surprises à découvrir. Je m'arrête ici car la révélation fût surprenante pour ma part.
Déjà, l'alligator est magnifique. Qu'est-ce qu'il est bien fait punaise. On le croit réel. Ensuite, la distribution, pas énorme en nombre, s'avère parfaite en jeu d'actrice et acteur. La photographie de Maxime Alexandre est parfaite, on y voit toujours pile ce qu'il faut pour se chier dessus. La réalisation de Alexandre Aja est excellente, et on se retrouve aux côté de cette famille qui va subir les assauts d'un alligator qui a faim. Sur fond d'ouragan qui menace de faire céder les digues, et qui est déjà en train de provoquer une montée des eaux.
Par exemple, dans le sous sol, on n'est jamais perdu·e·s. Même quand l'eau monte, on nous a assez appris les spécificités de tel ou tel virage pour que l'on sache précisément où sont les protagonistes. Moi qui déteste l'eau, malgré l'asphyxie, je savais où tout ce petit monde était. Et ça, c'est impressionnant. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai récemment vu pas mal de films mal réalisés, mais quand on tombe sur un très bien fait, ça fait un choc. Ensuite, les effets spéciaux, pour un film au budget de 17 millions de $U.S., ils fonctionnent tellement. On croit tout le temps à la présence de l'alligator, la menace. Le film vous tiendra en haleine tout du long, et ça aussi c'est assez rare pour être précisé.
Reste le défaut majeur du film. Les personnages principaux dégustent vraiment niveau blessure, mais hormis quelques râles, iels ne semblent pas trop affecté·e·s niveau mouvements. Là, votre suspension d'incrédulité doit être au sommet, car le film peut assez vite nous sortir. Oui, il y a une question d’adrénaline, de survie, ou je ne sais pas quoi d'autre qui pourrait expliquer tout ça, mais franchement, voir Haley nager comme un poisson, comme lors d'une compétition, alors qu'elle a des grosses blessures, c'est compliqué à encaisser. Le truc, c'est que le film est tellement bien réalisé, que ça passe. OK, si je l'ai remarqué c'est que c'est flagrant, mais je trouve que ça n'a pas gâché ma vision du film.
Arriver à ré-inventer le film d'alligator, de catastrophe naturelle, avec si peu de budget, mais en arrivant tout de même à en mettre plein la vue, c'est un sacré tour de force je trouve. Le film est exceptionnel, et il vous marquera durablement. Ce n'est pas ultra gore, mais il y a du sang, des blessures moches, je dirai qu'il est du niveau de "Les dents de la mer" de Steven Spieblerg, voire un peu plus violent. Mais quel plaisir à voir. Pas d'humour, mais une ambiance pesante, avec la présence d'un alligator que l'on pourrait presque comparer à un boogeyman, vous savez, les ennemis dans les films d'horreur typé slasher. Une présence mortelle, spectaculaire, qui semble invisible. Je vous le conseille chaudement, même vous vous n'aimez pas l'horreur. Car il y est vraiment question de survie. OK, ça saigne, mais je pense que ça passe. J'ai adoré.
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