Cultivons la curiosité
Dernier passage par le Japon dans ce mois spécial cinéma asiatique sur Ashou. Avec un réalisateur plutôt connu, mais dont j'ai vu peu de film. Un seul à vrai dire, c'était l'excellent "Une affaire de famille" de 2018. Et justement, l'année précédent ce long métrage, il avait là aussi réalisé et scénarisé l'œuvre que nous allons voir aujourd'hui.
KORE-EDA Hirokazu a donc écrit et réalisé "The Third Murder". Et nous voilà parti·e·s pour 2h00 d'un jugement à la "Columbo" (on connait le meurtrier d'entrée, vu que l'on va suivre sa défense après ses aveux). Un film pas forcément de tribunal, même si la dernière partie s'y déroule. Ne vous attendez pas à des plaidoiries immenses, du suspense, ou autres rebondissements. On tombe sur un film au rythme assez posé, dont je vous invite à voir la bande annonce. Sachant qu'il a été vu en version originale sous titrée en français.
Vidéo de Le Pacte
Avant de parler du scénario, sachez que la scène finale est sublime. Un dialogue avec une réalisation magnifique, qui va nous parler de coquille vide, de droit de naître, de vivre, et va bien résumer la vision que l'on peut avoir de la justice, et la dureté qu'inflige la peine de mort. Même si ce n'est pas le gros sujet, ce dernier point est bien évoqué car le but de l'avocat chevronné qu'est Shigemori (FUKUYAMA Masaharu) sera d'éviter la peine de mort à son client Misumi (YAKUSHO Kôji), qui, de toutes façons a avoué.
Tout débute justement par un assassinat en bord de rivière. On y voit assez peu les 2 personnes, mais Misumi apparaît clairement une fois qu'il a mit le feu au cadavre de sa victime. Cette dernière est son ancien patron, qui l'a renvoyé pour on ignore quelle raison au début. Misumi est accusé de vol par assassinat. Comme il a déjà fait 30 ans de prison pour ce même genre de méfait, et qu'il est sorti depuis 1 grosse année, il est le coupable parfait. Encore plus après qu'il ait avoué le meurtre.
Settsu (YOSHIDA Kôtarô) est un peu ennuyé, il doit défendre Misumi, lui éviter la peine capitale, mais son client ne cesse de changer d'histoire. C'est pour cela qu'il appelle Shigemori à la rescousse. Dès lors, ce dernier va enquêter et constater que finalement, le mobile n'était pas forcément le vol, ni même la vengeance (qui permettrait à Misumi d'échapper à la mort), mais quelque chose de plus grave. Surtout quand on découvre un virement étrange le mois de l'assassinat, certainement de la part de la femme de la victime.
La réponse se trouvera avec Sakie (HIROSE Suzu), la fille de la victime. Mais en révéler plus serait trop en dire. Sachant qu'en parallèle Shigemori doit composer avec son divorce et sa fille qui cherche à attirer l'attention comme le font la plupart des adolescents et adolescentes dans ces cas-là.
Le film parle une fois de plus de la famille. Si possible dysfonctionnelle. Shigemori est en instance de divorce car il a délaissé la sienne. Misumi a tout perdu il y a plus de 30 ans, ce qui explique peut-être son crime de l'époque. Et fera que sa fille unique coupera les ponts de façon violente. Et justement, il avait trouvé en Sakie une fille de substitution avec laquelle il s'entendait bien. Une révélation assez difficile à croire pourrait être à l'origine du meurtre d'ailleurs.
J'en ai déjà trop dit. Déjà, il y aura une ambiguïté, c'est à dire que sur la fin, Misumi déclarera dire la vérité, ce qui mettra le doute dans la tête de Shigemori. Une fois le film terminé sur un dialogue exceptionnel je le répète (de mise en scène et de jeu des acteurs), le doute est encore permis. KORE-EDA va surtout essayer de parler des familles qui paraissent bien belles, mais qui derrière couvrent des horreurs. Une fois de plus, difficile d'en dire plus sans en révéler, mais oui, ce que l'on apprend est choquant.
Le gros défaut du film réside dans son rythme. C'est très très mou. L'enquête avance doucement, et on va de révélations en révélations ce qui fait que l'on ne sait jamais trop où se situe la vérité. Et pourtant, à la fin, on se doute du déroulé des évènements, du mobile, et de ce que Misumi fait pour Sakie. On verra un personnage qui se sent inutile, et qui aura des mots très durs contre lui-même et la société à la fin.
Ce rythme mou est compensé par une avancée agréable et compréhensible. Certes au début on est un peu perdu·e, mais tout s'éclaircit rapidement et on peut même facilement se douter de certaines choses quand on a fait le tour des personnages principaux. La réalisation offre de grands moments, forts en émotions, mais c'est surtout la distribution des actrices et acteurs (et leur direction donc) qui fait un travail remarquable.
On retiendra un film qui offre une réflexion sur la culpabilité que l'on peut avoir en commettant un crime qui nous semble justifiable. Mais aussi une remise en cause du fait que la justice préfère respecter la calendrier pour faire des économies plutôt que de chercher la vérité. Le film peut déranger sur certains points, mais il a la capacité de pousser à la réflexion, sur des idées reçues, et d'interroger sur la pertinence de la peine de mort. Bref, il est à voir je pense, en se disant bien qu'il est très mou, mais brillamment interprété par une distribution qui impressionne. J'ai beaucoup aimé le voir, par contre le revoir... non merci.
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