Cultivons la curiosité
Continuons, si vous le permettez, notre voyage en train. En effet, tout comme nous faisons quelques Kaiju Eiga (Films de Monstres en japonais) régulièrement, un court cycle intervient aussi, celui des films de trains. Et nous tombons déjà sur le long métrage qui a provoqué l'idée de faire un tel cycle. Fin avril 2025, le monde entier découvre via la plateforme de diffusion Netflix, que les Japonais et Japonaises peuvent faire mieux que les États-Unis d'Amérique en terme de film catastrophe. Nous savions déjà que l'industrie cinématographique japonaise pouvait humilier les étasuniens sur le plan des effets spéciaux grâce à "Godzilla Minus One" (YAMAZAKI Takashi, 2023), et pour bien moins cher.
Mais alors qu'à travers ce cycle nous avons vu "Super Express 109" (SATÔ Jun'ya, 1975) et "Bullet Train" (David Leitch, 2022), on peut dire que "Bullet Train Explosion" (HIGUCHI Shinji) améliore son aîné tout en humiliant, une fois de plus, la patrie de l'Oncle Sam. Allez, non, je suis méchant, "Bullet Train" était rigolo, même si il cherchait à aller trop loin dans son final. Comme si il fallait obligatoirement une scène spectaculaire pour que le public engouffre encore plus de popcorn et de Coca-Cola. Passons. Pardon. Le point étonnant du film du jour, c'est qu'il est une suite au "Super Express 109" de 1975. 50 ans après. Et à y repenser, ça aura son importance quand à l'intrigue du film.
Donc, tout le monde a son petit ticket, qu'il soit électronique ou sur papier ? Vous avez trouvé votre place, en seconde ou première classe ? Bien installé·e ? Cool, car on part pour 137 minutes bien tendues, qui n'offriront que très peu de répit. Tout ceci parfaitement emballé par HIGUCHI, qui met en images un scénario de NAKAGAWA Tsuyoshi et ÔBA Norichika. Retrouvez ci dessous la bande annonce en version française (VF). Le long métrage ayant été vu en version originale sous titrée en français.
Vidéo de Netflix France
Bah la VF me paraît pas si mauvaise que je ne l'aurais cru. Mais attendez, on plonge directement dans le film, après une présentation qui nous montre de brefs moments à venir, façon série télé des années 70-80. Bon, ça va tellement vite qu'on n'arrive pas à suivre. Heureusement, on assiste à une visite du centre technique de Aomori, soit la grande ville la plus au nord de l'île Honshû (la plus grande du Japon, qui compte Tokyo, Osaka ou Hiroshima). Des élèves de lycée visitent donc ce lieu. Takaichi (KUSANAGI Tsuyoshi) aime son métier de contrôleur, et se charge d'être le guide.
Bon, il est un peu trop passionné et romantique pour attirer l'attention des élèves, mais on le sent impliqué et aimant son métier. Il sera le contrôleur du Aomori qui reliera Tokyo et sera pris par les élèves. D'ailleurs, pas de chichis, direction Tokyo. Le Shinkansen, c'est le TGV japonais, je ne vous l'apprends peut être pas. Un fleuron de vitesse, sécurité et ponctualité de l'archipel. Je ne ferai aucun commentaire concernant la SNCF. Mais là, côté est, c'est la JR East qui exploite la ligne. Notons la participation de la vraie entreprise au film.
Contrairement au film de 1975, pas de mise en place de quoi que ce soit, le train se lance, le terroriste appelle et indique qu'il ne faut pas descendre sous les 100km/h sinon ça fait boum. Contre 100 milliards de yens. Alors oui, le yen fluctue énormément, mais on va dire 1 milliard d'euros, même si ma conversion est fausse vu que c'est plutôt 610 millions d'euros. Mais ça en fait des sous. On retrouve le poste de gestion de crise, la police qui s'implique, mais moins que dans le film de 1975. Non, ici, le problème interviendra auprès d'un conseiller spécial du gouvernement, qui est particulièrement pédant.
On va passer du train au centre de contrôle assez rapidement, en constatant que le responsable du centre de contrôle, Kasagi (SAITÔ Takumi) si je ne dis pas de bêtises, va reprendre le principe des chronomètres du film original. Mais avec des moyens modernes aussi. Tout sera mis en œuvre, sachant que le gouvernement, suite à l'incident du 109 de 1975, ne négocie plus avec les terroristes. D'ailleurs, le procédé est le même, avec un train de marchandise servant d'avertissement. Dès lors, le contrôleur va s'efforcer de garder le calme dans le train, tout en indiquant à son jeune collègue Fuji (HOSODA Kanata) comment il doit réagir.
Oh, oui, il y a Matsumoto (Non. Non étant le nom de l'actrice, pas la négation) qui conduit le train et va offrir des réactions d'une logiques incroyables. Avec un sang froid conservé, une volonté d'insulter la personne qui lui indique que ça ira, mais qui garde malgré tout son calme. Il est dommage de voir ce personnage mis en avant au début du film, puis quasiment disparaître lors du twist. Un twist, une révélation forte, celle de l'identité du terroriste, arrive vers le milieu du film je dirai. Un peu après peut-être. À un moment où on se dit que l'opération sauvetage, complétement pétée sur le papier (désolé, mais c'est quoi cette idée de merde ?), et bien fonctionne.
Dès lors, désolé de la révélation, mais on s'attardera sur un plus petit nombre de personnages, assez gratinés. La politique qui essaie de couvrir un scandale, surnommée la Cougar. Son assistant. Un homme mal aimé. Un influenceur, qui joue avec son propre nom et fait des mimiques insupportables. Il y a cette élève, timide, qui n'arrive pas à s'imposer et semble meurtrie au fond d'elle. Au point de ne pas vouloir être sauvée. Sa professeure. Enfin bon, le fait de resserrer l'attention sur une petite dizaines de personnages est une bonne chose, surtout que l'on a appris à les connaître auparavant. Juste, c'est dommage que la conductrice disparaisse de cette partie, alors qu'elle est toujours dans le train.
La force du film réside dans une addition de bonnes choses. Une bonne distribution, des personnages soit attachants, soit détestables. Une réflexion de tous les instants. Des plans mis en œuvre qui peuvent être arrêtés en plein milieu. Vous comprenez bien qu'entre quelques centaines de personnes ou un million, le choix est vite fait. La réalisation, qui tient en haleine tout le long du film. Les effets spéciaux auxquels on croit. Le passage en gare à 120km/h fait toujours son effet.
Après, le défaut est cette volonté de raccrocher les wagons avec le film de 1975. Oui, ma blague était facile à faire, mais il n'empêche que le terroriste ne tient pas. Certes, le policier pense rapidement à un complice, mais genre arriver à mettre la charge sans se faire attraper, pour le personnage dont il s'agit, c'est compliqué. Ainsi, la grande révélation est un peu trop grandiloquente, et bizarre. On n'y croit pas de suite, et elle ne fait aucun sens.
Ce petit point scénaristique n'empêche pas d’apprécier le film. Qui parle de beaucoup trop de choses pour que j'arrive à les évoquer ici. On assistera au besoin de tout surveiller, en validant par le geste, qui est typiquement Japonais. Ceci permet de ne rien oublier. Et les personnages de la JR East le font tout le temps. Il y a aussi l'aspect politique. Que ce soit à travers la gestion des scandales, comme pour la voyageuse du Shinkansen Hayabusa 60, ou ce conseiller spécial, qui apprendra rapidement ce qu'est la rudesse du terrain et la déconnexion que peuvent avoir les personnes plus haut placées.
La police n'est pas aussi lourde que dans le premier film. Non, l'inspecteur a du bon sens. Alors que quand on les voit débarquer, on pense forcément à "Super Express 109". Mais ceci vaut uniquement si on a vu ce long métrage. D'ailleurs, la volonté de raccorder les 2 films est louable, bien exécutée au début, quand ils doivent rechercher les archives de 1975 pour comprendre la psyché des terroristes (ou du terroriste). C'est juste au moment de la révélation de celui-ci (ou ceux-ci) que ça bloque. Mais je ne vais pas revenir dessus.
Car en plus, on y parle du mal être adolescent. De pensées suicidaires, aussi bien pour l'élève qui préfère rester dans le train que ce monsieur qui a provoqué un accident meurtrier. Heureusement, l'abnégation de Takaichi, qui refuse de ne pas défendre ses voyageurs et voyageuses, et ne veut que leur bien, va grandement aider. Le voir perdre ses nerfs sur la fin est assez marquant, tant il arrive à gérer, même si il est le plus franc possible. Et puis j'en oublie plein. Plein de choses qui sont dites directement ou qu'il faut deviner entre les lignes.
Tout est parfaitement exécuté. Moins lourd que "Super Express 109", on s'attarde ici que sur la catastrophe ferroviaire à venir. On navigue uniquement entre le train et le centre de contrôle. Avec quelques sorties en gare ou lorsqu'il s'agit pour la police de faire son boulot. Il y a des moments ultra tendus. Par contre, les idées sont, je trouve, pétées. Genre le premier plan de sauvetage, le second aussi. À vous de voir si vous croyez tout ceci plausible. Le seul défaut que j'ai vu, c'est ce twist un peu après le milieu, quand le masque tombe. L'ambiance change, mais j'ai trouvé ça... pour le coup imprévisible tellement c'est impossible.
Oui, "Bullet Train Explosion" est un film à voir. Bien réalisé, bien joué, il possède des effets spéciaux qui sont efficaces. Si vous avez vu "Super Express 109" c'est un plus, mais pas obligatoire. Disons que ça évite de se dire que le lien entre les 2 films est un peu bizarre. On retrouve des moments clés du film de SATÔ Jun'ya, le changement de voie notamment. En encore plus spectaculaire, grâce à des effets spéciaux modernes aussi. J'ai adoré le voir, et je pense qu'il peut plaire à un grand nombre de spectatrices et spectateurs. C'est là que le bât blesse, c'est un film que j'aurais aimé voir au cinéma. Je sens que je vais dire ça aussi pour "Godzilla Minus One", mais pour celui-ci ça va m'énerver car il est sorti (de façon limitée) en France au cinéma. Passons. Nous tenons là un divertissement haletant, qui ne vous fera pas lâcher votre siège pendant 2h17. À voir je pense.
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