Cultivons la curiosité
Je ne sais pas pourquoi, mais je m'imagine que dans les années 80, quand un cinéaste amateur, ou semi-amateur, sortait un film fauché avec des bonnes idées, cela attirait le cinéma plus conventionnel. Les acteurs ou actrices plus "classiques" qui font le cinéma de grande consommation. Ainsi, James Cameron fût révélé par "Terminator" (1984) avant d'obtenir un plus gros budget pour en faire une suite. Qui sera en fait un remake caché. Certes "Terminator 2 : Le jugement dernier" arrive en 1991 et ajoute plus de tout, mais ça semble une autre lecture camouflée par James Cameron. Bon, oui, ma vision est une interprétation qui peut ne pas plaire, et je continue à dire que le scénario du premier "Terminator" est explosé au sol de nullité. Passons.
Ainsi en 1981, Sam Raimi et une bande de potes sortent un film terrifiant. Fait de bout de ficelle et porté par un acteur exceptionnel en la personne de Bruce Campbell. "Evil Dead" est un long métrage malaisant, où les bouts de ficelle s'avèrent plus effrayants que voulus devant l'objectif de Sam Raimi. Des idées en quantité ahurissantes, une réalisation dynamique, avec une prise de risque incroyable de la part de l'équipe du film, le tout nous offrait un film marquant, choquant. En 1987, après, il me semble, pas mal de péripéties, Sam Raimi arrive à boucler un budget conséquent, dans le but de faire une suite qui s'avérera être une relecture du premier. Avec des ajouts le rendant nettement moins terrifiant à voir, mais tout aussi marquant.
Nous voici devant un film de 1h21 je crois, réalisé par Sam Raimi donc, qui scénarise avec Scott Spiegel cette suite. Ici dans sa version DVD de Studio Canal qui est magnifique. Aussi bien son emballage en carton léger, que ses DVD à la qualité parfaite. Le film a été vu en version originale sous titrée en français, tandis que je vous invite à voir la bande annonce en version française pas plus tard que maintenant.
Vidéo de Otto Rivers
On entre directement dans le sujet. Ash (Bruce Campbell) prend la route avec sa petite amie Linda (Denise Bixler), dans le but de passer un week-end en amoureux dans une ancienne cabane. Une fois sur place, Ash va découvrir un étrange magnétophone et lancer la lecture de la bande qu'il y a dedans. Un professeur parle de chose bizarre, du livre des morts, le Necronomicon, et récite une incantation, sans savoir qu'elle provoquera sa perte... et plus tard celle du couple Linda/Ash. En effet, le démon, un esprit démoniaque, ou un truc du genre, aimerait bien s'emparer des âmes du petit couple, histoire de pouvoir venir dans notre dimension ou monde afin d'y semer la terreur.
Cette entité y arrivera sans problème sur Linda, contraignant Ash à la décapiter... ce qui ne suffit pas... le pire étant que le démon s'empare du corps du héros, qui sera sauvé par l'arrivé de l'aube. Lui permettant d'enterrer sa copine et d'essayer de s'enfuir... manque de bol, le pont a été détruit, et les bouts de celui-ci forment comme une main décharnée qui se referme. Ash comprend que la nuit qui arrive sera peut-être sa dernière et il décide de se terrer du mieux que possible. Seulement sa lutte contre le démon lui fait perdre la tête.
En même temps, Annie (Sarah Berry) est inquiète pour son père. Elle embarque Ed (Richard Domeier), son collègue, dans un trajet vers la vieille cabane de ses parents. Manque de bol Jake (Dan Hinks) vient de fermer la route, car le pont est cassé. Annie veut à tout prix aller à la cabane de ses parents, et Bobbie Joe (Kassie Wesley), la compagne de Jake, sent qu'il y a des sous à se faire. Résultat, les voilà sur le sentier annexe afin de rejoindre la demeure pourtant maudite, où Ash est en train de sombrer dans la folie.
Au point qu'au moment où les 4 personnages arrivent, iels se font accueillir à coup de fusil par un Ash totalement effrayé par sa lutte contre toutes les possessions du démon. Les lampes, le miroir, la tête de cerf empaillé... Il se fera tabasser par Jake et envoyé dans la cave. Histoire de soigner Bobbie Joe (que le coup de fusil a égratigné), et de comprendre la situation. Annie va aussi toucher au magnétophone, et c'est reparti pour un tour, cette fois-ci c'est Henrietta (Lou Hancock en version humaine, Ted Raimi jouant la version possédée), la maman de Annie, qui se réveille... de la cave. Ce qui provoque un effroi impressionnant de Ash.
Dès lors, les 5 compagnons/compagnes de misère vont devoir lutter contre toute forme de possession, des arbres, des morts, du mobilier, et j'en passe. Et le moins que l'on puisse dire c'est que le film est rythmé. Un peu trop. Déjà, il part du principe que vous avez vu le premier, mais que vous faite abstraction que Ash n'était pas dedans. On pourrait penser que si, qu'il retourne dans la même cabane parce qu'il connaît l'endroit, mais ne se souvient plus du massacre qui y a eu lieu, mais c'est bizarre quand même. En tous les cas on nous présente rapidement le couple Linda et Ash, avant de faire mourir la première. Sans ménagement. On devine dès lors un peu plus d'humour et de légèreté que dans le premier.
Les effets spéciaux restent impressionnant, entre stop-motion, costumes, et j'en passe. Tout fonctionne bien à l'écran, et on appréciera aussi le jeu incroyable de Bruce Campbell qui tient clairement le film pendant une grosse moitié. Son combat contre le démon mais aussi contre la folie est impressionnant. Avec des scènes mémorables, qui rendent le film comme un passage obligé si on aime l'horreur. On notera quelques similitudes avec le premier, mais cette fois-ci les possédé·e·s sont plus joviaux/joviales, iels ne prêtent pas à rire, mais sont nettement moins angoissant·e·s que dans le premier film. Ceci rend la vision de cet "Evil Dead 2" beaucoup moins crispante tout en nous offrant tout autant de scènes marquantes et violentes.
On détecte un aspect cartoonesque, entre la réalisation folle de Raimi et le jeu de Campbell. Tout y est exagéré, et quand on se dit qu'il n'osera pas montrer ça, il le fait. Et de fort belle manière. La présence du démon (en fait je ne sais pas si c'est un démon, mais c'est tout comme) est bien ressentie à travers une caméra qui prend le point de vue de cette entité insaisissable. Avec une caméra qui bouge rapidement, limite virevolte. Que dire de son apparence finale ? Elle pourra vous donner des cauchemars. Car oui, malgré un ajout d'humour bienvenu, le film reste effrayant et comme je l'ai déjà dit, marquant. Il introduit une suite directe cette fois-ci. Qui, je trouve, sera un tout petit moins réussie mais reste aussi un pan du cinéma horrifique. "Evil Dead 3 : L'armée des morts" arrive en 1992, soit au moment où les films d'horreur ne font plus recette. Mais il reste impressionnant et à voir aussi.
Concernant cet "Evil Dead 2", même si Sam Raimi s’en défend, l'absence d'introduction lui permettant de dire que c'est une suite, nous sommes face à une relecture du premier film. Mieux maîtrisée, et surtout nettement moins difficile à voir par l'angoisse que pouvait provoquer le premier film. Je vous assure que "Evil Dead" possède une ambiance glauque, asphyxiante, un peu comme le premier jeu vidéo "Silent Hill" (Konami, 1999) en vérité. Et ce malgré une technique imparfaite. Ce qui accentuait cette sensation affreuse. Le deuxième film est plus facile à voir, moins angoissant. Mais il pourra tout de même choquer les âmes les plus sensibles.
Personnellement, j'ai largement préféré le 2 au premier. L'ajout d'humour, les effets mieux maîtrisés qui évitent la sensation de malaise, on regrettera juste un scénario qui va carrément trop vite, sans nous offrir un moment de répit au début. On plonge directement dans l'horreur, et dès lors, les 80 minutes vont vous offrir la sensation d'être dans un manège qui ne s'arrête jamais. C'est grisant, mais ça marque physiquement et mentalement. Toute l'équipe du film est investie, et ça se ressent à l'écran. Mention spéciale à Bruce Campbell qui nous offre un numéro exceptionnel. Ash passant par tous les états possibles. J'ai adoré cette suite et vous la conseille. Si possible en ayant vu le premier, même si au final, en débutant par le film du jour, vous arriverez à comprendre l'histoire. Un passage obligé pour toutes et tous les fans d'horreur.
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