Cultivons la curiosité
Il existe des films, du moins des séries de films, qui se payent une réputation pas forcément justifiée. Disons que la culture populaire va conserver les errances de certains films issus de ces séries. J'ai beaucoup écrit film et série dites-moi. Dans ce mois spécial trilogie du cinéma sur Ashou, et alors que le cinquième film de cette saga est chroniqué (et fût même vu au cinéma), comme pour Mad Max (Tiens ? C'est rigolo quand j'y repense), nous allons revenir en arrière. En cette année magnifique qu'est 1982. Que de bonnes choses eurent lieux en ce temps où toutes les étoiles étaient alignées. Ou pas.
Dans mon introduction totalement pétée, je voulais essayer de présenter Rambo comme une saga à la réputation décérébrée. Les plus jeunes penseront au "Rambo : Last Blood" (Adrian Grunberg, 2019), que j'avais bien aimé, tout en reconnaissant ses faiblesses. Oui, il n'a pas marqué les esprits. Après, les un peu moins jeunes se souviendront du ultra gore "John Rambo" (Slvester Stallone, 2008), et du jeu vidéo ultra mauvais qui en suivi. Le film était honnête, très jouissif quand on aime voir des corps exploser, j'avais bien aimé. C'est à une époque où Sly (surnom de Sylvester Stallone) relançait sa carrière avec les icônes qui ont fait de lui une star. "Rocky Balboa" (Sylvester Stallone, 2006) avait ouvert la voie.
Après, si, comme moi, vous avez grandi dans les années 90, vous vous souvenez des moqueries qui suivirent le too much (qui pousse vraiment trop loin en gros) "Rambo 3" (Peter MacDonald, 1988). Où John Rambo dégomme un hélicoptère avec un arc... Je pense au sketch des Inconnus sur "Jésus II : Le Retour". Mais aussi et surtout à Albert Dupontel, qui jouait dans un de ses sketch un simplet découvrant le film, pointant ainsi le fait que le long métrage prenait ses spectatrices et spectateurs pour des imbéciles.
Bref, quand on dit Rambo, au mieux vous pensez à un vieux film d'action un peu stupide, au pire vous pensez que c'est juste un film pas terrible de 2019. Pourtant, en 1982, Sylvester Stallone est au sommet de sa gloire. Les deux premiers Rocky l'ont propulsé comme une star du cinéma. En 1982, "Rocky 3 : l'œil du Tigrou" (Sylvester Stallone) va faire s'affronter Mister T. avec notre héros. Pas Tigrou pardon, Tigre. Excusez-moi.
Si Rocky reviendra un peu plus tard dans ce mois spécial, attardons-nous sur le film du jour. Nous avons Michael Kozoll, William Sackheim et Sylvester Stallone au scénario. Ce dernier est une adaptation du roman "Rambo" de David Morell, sorti en 1972. Tout ceci est mis en scène par Ted Kotcheff. Le titre original du film est "First Blood", tout court, et ceci aura son importance dans l'histoire. En tout cas, nous voilà parti·e·s pour un bled paumé des États-Unis d'Amérique, pour 90 minutes, où, dans un excès de zèle, le Shériff local va emmerder la mauvaise personne. Film vu en version originale sous titrée en français, de l'édition DVD issue du très joli coffret métallique de Studio Canal. Bande annonce en version française (VF).
Vidéo de Otto Rivers
La VF est exceptionnelle punaise. Alain Dorval est sublime en voix de John Rambo. Et l'adaptation est excellente aussi. Mais passons. Car le premier plan est loin d'être horrible. On suit John Rambo (Sylvester Stallone), qui se dirige vers une maison tranquille en bord d'un lac. Il demande si Delmar vit bien ici. On sent la gêne dans les yeux de la dame qui étend du linge. Dès lors notre héros explique qu'il a fait le Vietnam avec lui, et qu'il voulait lui rendre visite. La dame explique que Delmar est décédé une année auparavant, d'un cancer. La faute à ce fichu Agent Orange épandu dans cette guerre.
John poursuit son chemin, à pied, et arrive dans une petite ville paisible. Ici, on nous présente Will Teasle (Brian Dennehy), le Shériff du coin, qui connaît tout le monde. Alors qu'il part en patrouille, il voit ce vagabond arriver en ville. Vagabond qu'il va éconduire gentiment hors de SA ville. Non, il n'y pas de restaurant pour les gens de son genre, car la loi, c'est lui.
Rambo, il a la dalle. Donc il fait demi-tour, et veut retourner en ville. Là, le Shériff le voit autrement. Allez, c'est parti, il va lui montrer qui est le chef, qui fait la loi ici. Hop, en prison le temps du jugement qui aura lieu le lendemain. La police locale, elle est un peu bouseuse et n'aime pas les étrangers, encore plus les beatniks vagabonds aux cheveux longs. Forcément, ça fait les malins, ça le maltraite, mais ce qu'ignorait nos agents, c'est qu'ils vont réveiller un profond traumatisme en Rambo. La torture subie au Vietnam, la perte de ses amis. L'instinct de survie prend le dessus, et les gonzes ont beau être 3 sur lui, il les neutralise sans mal. Il arrive même à échapper à l'emprisonnement, partant vers la montagne proche.
Ceci va engendrer une chasse à l'homme. Là, Teasle montrera toute son abnégation, prenant des chemin impraticable avec sa voiture de patrouille, c'est assez impressionnant et ça définit bien le personnage. Il est la loi, on lui a manqué de respect, et il veut attraper Rambo vivant pour lui montrer tout ça. Plus tard il reconnaîtra même vouloir le buter.
Comment vous dire que Rambo, la survie en milieu hostile, c'est son dada. Il applique tout ce qu'il a appris et même exercé pendant le Vietnam. Pourtant, l’opiniâtreté de Teasle et ses hommes, les mèneront sur la trace du fugitif. Les chiens n'y survivront pas. L'autre connard qui a maltraité notre héros au début non plus. Voir la débilité avec laquelle ils se font tuer (involontairement) par Rambo, ou blesser, c'est assez "drôle". Ici, l'antagoniste n'est pas le fugitif, qui voulait juste manger un bout sur son chemin vers le nord. Non, c'est le zèle de cette police qui se croit toute puissante.
Bon, je vous passe l'échec de la chasse en forêt, la garde nationale arrive, 200 hommes prêts à arrêter (ou tuer) ce personnage dangereux. Et le colonel Trautman (Richard Crenna) qui arrive pépouze sur le QG monté à la hâte au pied de la montagne. Il explique que John Rambo, c'est une machine à tuer, il est béret vert, héros de la guerre du Vietnam, et que si les hommes qui l'ont chassé sont toujours vivants, c'est parce qu'il a encore une once d'humanité en lui. Que ce ne sont pas 200 hommes qui vont arriver à le prendre à revers, ne rêvez pas.
Bref, on sent là aussi que le chef de la garde nationale est un abruti fini, qui va carrément faire tirer au bazooka sur la planque de notre héros. Là, l'affaire est réglée. Ou presque. Après un passage qui m'a bien rendu claustrophobe, avec des gentils rats qui font des papouilles à notre héros, le voilà de retour en ville. Et là, c'est la guerre. Il va mettre en place toutes ses techniques afin de semer le chaos et piéger Teasle. Il est étonnant de voir justement un savoir de guerre, utilisé en jungle, être mis en place dans une petite ville étasunienne.
Je n'irai pas plus loin. Le film est intense. C'est vraiment le Shériff et ses hommes qui ont versé le premier sang (le fameux First Blood du titre original), et qui ont réveillé la bête en John Rambo. Une bête que seule Trautman peut stopper. Voir l'abnégation de ces ploucs, leur sentiment de supériorité, tomber en ruine à cause d'un seul homme, c'est assez jouissif j'avoue. Par excès de zèle, le Shériff lui-même a mené sa ville dans un chaos spectaculaire.
Il y est évidemment question du traumatisme des vétérans de la guerre. Le monologue final de Rambo est... poignant. Pourtant pro-guerre, mais il fonctionne. Quand il parle de son retour au pays, accueillit par des parasites qui le détestaient. Qu'il parle de sa difficulté à retrouver du boulot, même pour être gardien de parking on ne veut pas de lui. Ce, alors qu'il pilotait des engins à plusieurs millions de dollars pendant la guerre. Il se sent inutile, seul, et pas reconnu. Il a tout donné et pourtant, malgré quelques décorations, la Nation, SA Nation, ne lui a offert aucune reconnaissance. Son seul héritage est le traumatisme qu'un tel conflit pose sur un homme seul.
Le film est poignant, haletant, violent aussi. Un modèle de survie. On ne s'y ennuie jamais. La performance de Sylvester Stallone est exceptionnelle je trouve. Et si on peut regretter les dérives de la saga avec les suites, il faut reconnaître que la mise en images du traumatisme des anciens combattants, est prenante ici. On a de l'action, de la survie, et même de l'émotion. Ce qui n'était pas gagné. "Rambo" est un superbe film, qui divertit autant qu'il ne fait réfléchir sur les conditions des anciens soldats. J'ai adoré et vous le conseille. On verra demain pour sa suite, qui s'annonce plus grandiloquente, pas trop j'espère. En attendant, vous pouvez foncer voir le film du jour.
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