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Cultivons la curiosité

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Mutronics

Mutronics
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Il est parfois intéressant d'être curieuse ou curieux en terme de films méconnus. Par exemple, lors d'une récente visite chez l'éditeur vidéo Le Chat Qui Fume, une péloche (oui, terme de vieux/vieille pour dire film, je sais) attira mon attention. Profitant de la précommande proposée (c'était au début de l'été 2023 si ma mémoire ne me fait pas défaut) pour prendre aussi "Cherry 2000" et "The Gate II" (dont le premier est disponible chez ce même éditeur et est dans la vidéothèque de votre serviteur), c'est bien "Mutronics" qui semblait le plus palpitant.

 

Nous reviendrons sur le film et le fait que ce soit une adaptation, mais en attendant, sachez qu'il est réalisé par un duo, Screaming Mad George et Steve Wang, qui se charge aussi des effets spéciaux, notamment les costumes (qui sont, désolé de vous le révéler, le seul attrait du film). Scénarisé par Jon Purdy, il voit sa distribution richement dotée, Mark Hamill, Jeffrey Combs, Michael Berryman ainsi que Jack Armstrong et Vivan Wu.

 

Cette production signée Brian Yuzna (grand réalisateur de péloches horrifiques de série B), va nous mener dans une lutte impitoyable pour la survie de l'Humanité. Avec des moyens réduits par contre. Nous voici parti.e.s pour 90 minutes d'un spectacle datant de 1991, pas si dingue que cela, mais qui, comme je l'ai déjà dit, se révèle bluffant et captivant pour ses costumes. Ne vous laissez pas impressionné par le ton sombre de la bande annonce qui suit, nous sommes plus face à un film léger, limite comique, qu'autre chose. Mais regardez donc cette vidéo, et nous allons approfondir cela.

Vidéo de LE CHAT QUI FUME

Comprenez-vous pourquoi le fan de "Gojira" (mais aussi et surtout de Sentai et Metal Heroes) s'est retrouvé enthousiasmé par le peu de contenu qu'offre cette vidéo ? Des comédiens (et peut-être comédiennes même), cascadeurs, cascadeuses, dans des costumes qui se mettent sur la gueule, c'était pour moi. Encore plus quand ces costumes possèdent une réalisation ultra soignée, et peuvent, si le ton est correctement posé, effrayer.

 

Déjà, premier point, l'édition de Le Chat Qui Fume est d'excellente facture. Une habitude chez ce petit éditeur, mais il est bon de le rappeler. La copie est propre, passe super bien en BluRay, le film ne fait pas ses 32 ans. Bon, on trouve quelques tâches noires de pellicule, je n'arrive pas à l'expliquer, mais ça ne gêne pas du tout. Ensuite, 2 petits bonus seulement, une bande annonce bizarre, qui montre les 2 minutes de la révélation du Guyver (qui ne s'appelle pas Guy même si il est vert, p**ain ma blague est trop forte), et surtout une courte vidéo de 15 minutes où Julien Sévéon nous explique des choses qui me paraissent importantes à savoir avant de voir le film.

 

Le fait que Guyver (titre au Japon et aux États-Unis d'Amérique) est un manga de TAKAYA Yoshiki. Dont la parution débuta en 1985 (et est annoncée toujours "en cours" sur wikipédia) et qui possède 32 tomes. Ne cherchez pas une version française, comme Julien Sévéon l'explique, elle date du début des années 90 et fût rapidement stoppée. Il faut dire que le fait qu'un lycéen, Sho Fukamachi, fusionne avec une armure bionique extraterrestre, et va vivre un combat violent (voire très violent) contre la société Cronos pour sauver l'Humanité d'une prise de contrôle totale (et donc soumission absolue) auprès de ces extraterrestres, et bien ce n'était pas assez vendeur.

 

Il y aura aussi un anime, ainsi que des épisodes spéciaux uniquement édités en vidéo (ou OAV). Mais ce qui nous intéresse ici, c'est évidemment l'adaptation cinématographique. En 1991, le manga, la culture japonaise même, n'est pas en odeur de sainteté. J'ignore ce que ça veut dire, mais ça faisait classe. En gros, si en France on a une petite idée de ce qu'est l'animation japonaise, merci "Goldorak" et "Dragon Ball" (oui, je résume rapidement, et oui, il y avait plein d'autres animes), aux U.S.A. ce n'est pas trop ça. Julien Sévéon nous explique que "Guyver" fait partie d'une première vague qui défrichera le truc chez le pays de l'Oncle Sam.

 

Seulement, quand Brian Yuzna prend le projet, il décide d'en faire un truc plus léger. Le manga est très très violent (Ségolène Royale aurait adoré), et il faut ajouter de l'humour à tout ça, en esquivant l'aspect gore du matériaux originel. Profitant du trou dans lequel est Mark Hamill pour s'offrir un nom connu, ce sera surtout le duo de réalisateur d'origine Japonaise, Screaming Mad George et Steve Wang, qui sera l'attrait principal du film, car, si j'ai bien compris, aussi concepteurs des costumes. Mais parlons un peu du film.

 

Tout débute alors que le professeur Segawa (Greg Joung Paik) fuit. Il est poursuivi par une bande peu amicale, et profite d'un moment de répit pour cacher son trésor, un truc bizarre. On découvre que les personnes qui le suivent sont des êtres capables de prendre forme humaine, mais qui retrouvent leur forme horrible de Zoanoïds. Oui, un petit texte introductif nous a expliqué que les Zoanoïds sont des extraterrestres qui veulent asservir l'Humanité, et qu'ils recherchent activement les Guyver. Cette chose (il y en aurait plusieurs) permet auxdits aliens de revêtir une armure qui les rends encore plus balèze. Mais, portée par un.e Humain.e, c'est encore plus flagrant comment cette armure rend balèze (vous avez vu ? Je m'exprime trop bien).

 

J'avoue, je n'ai pas ultra bien compris pourquoi ils recherchent le Guyver à ce point, vu comment ils sont balèzes, mais passons. Car ce sera une recherche qui va mener Lisker (Michael Berryman) à se faire maltraiter par Fulton Balcus (David Gale). Ce dernier est président de la société Cronos, et est bien fort. Façon Dark Vador puissance mille. Lisker est assisté par les bras cassés que sont Striker (Jimmie Waler) et Ramsey (Peter Spellos). Que je compare à Bebop et Rocksteady des Tortues Ninja. C'est le même humour un peu stupide qui meut ces 2 assistants nuls.

 

Lisker est aussi accompagné par Weber (Spice Williams-Crosby), qui est très forte, et est beaucoup plus efficace que les 2 autres compagnons. Mais en parallèle, on découvre Max Reed (Mark Hamill) un agent de la CIA qui se la joue détective privé. Le professeur Segawa devait lui remettre un truc important avant de périr. Et Max se voit contraint de trouver Mizky (Mizuki dans le manga si j'ai bien compris, ici interprétée par Vivan Wu), afin de lui annoncer que son papa est décédé.

 

Cette dernière attend que son copain, ou futur copain, Sean (Jack Armstrong) termine son cours d'Aïkido. Seulement, elle va vitre rentrer devant la triste nouvelle. Max faisant son travail d'enquêteur, tandis que l'on découvre un Sean très amoureux de Mizky, mais aussi peu propice à être attentif, ce qui fait qu'il se fait étaler à chaque fois. Et c'est alors que notre héros suit Max et Mizky, qu'il va tomber sur l'artefact caché par le professeur Segawa. Et, suite à un imbroglio, va revêtir le Guyver. Armure bionique qui lui confère de grands pouvoirs.

 

Dès lors, Sean/Guyver va tout faire pour comprendre comment utiliser ce pouvoir afin de protéger sa bien aimée (ça met plus de temps que ça, mais je résume) des Zoanoïds. Ce qui va évidemment nous offrir des combats de personnes costumées, mais quels costumes mes ami.e.s. C'est bien simple, sans eux le film serait insipide.

 

Car oui, en terme de réalisation ça va, ça se suit bien, mais entre la photographie beaucoup trop claire, les acteurs et actrices aux choux, certains combats mous (pas tous attention, mais en majorité c'est mou), et un scénario simple, tout en étant inutilement complexe (oui, c'est stupide ce que je dis), un humour lourd, et bien le film n'est pas terrible. Paye ta longueur de phrase. Sauf que, comme vous avez pu le voir dans la vidéo, les costumes sont d'une efficacité dingue. Ils sont somptueux. On les regarde avec des yeux d'enfants, et ça bouge bien, rien ne dépasse.

 

Mélange de Gremlins, Predator, Tortues Ninja, on se retrouve face à un film qui, heureusement, sait mettre en valeur sa qualité principale. Ainsi, il n'y a aucune hésitation à montrer les costumes. Tout est prétexte à se transformer, comme quand Striker ne respecte pas l'ordre de Lisker, et se transforme afin d'aller plus vite. Ce qui nous donne une superbe scène de Scream Queen (avec Linnea Quigley, une spécialiste en la matière), très bien intégrée au film, et peut-être la seule grosse réussite du script.

 

Si dans les faits, les scènes d'action ne sont pas mauvaises, elles manquent de punch. Les combats me paraissent rapidement expédiés, sans que ça ne frustre en vérité. Le gros problème vient de la distribution, qui clairement, joue mal. J'ai vu ce film en version originale sous titrée en français, et Vivan Wu est catastrophique. Ceci ne donne même pas un charme, comme ça pourrait l'être dans un nanar. Non. Après, le reste de la distribution n'est qu'un tout peu plus au dessus, ce qui n'est pas folichon. Mark Hamill, bah je préfère ne pas trop en parler, Jack Armstrong on va esquiver aussi. Michael Berryman est excellent par contre, avec sa tête exceptionnelle, qui offre un vrai moment tendu face à son chef.

 

Autre point sombre, cette volonté de rendre le tout léger. Ceci rend les combats dignes d'un dessin animé. Sans parler de Striker qui est insupportable à faire son comique de service, et comme c'est un Afro-Américain, il faut qu'il rappe, forcément, mais c'est nuuuuuuul. Son costume est excellent, et fait penser à Jar Jar Binks. Sans rire. Vous avez détesté Jar Jar dans la prélogie "Star Wars", et bien son ancêtre est Striker, et il est tout aussi insupportable.

 

Mais alors pourquoi s'infliger ceci ? Car au delà de ses défauts, il reste un film bien mis en boîte (encore une expression ancienne pour dire "filmé"). Oui, son seul attrait réside dans ses costumes, mais sur 90 minutes, on les voit facilement la moitié du temps, un exploit pour un film au petit budget. C'est une bizarrerie, devant laquelle on va s'énerver contre la distribution qui en fait trop ou est à contretemps. Mais le tout reste captivant. Quand on commence à avoir l'habitude de certains Zoanoïds, de nouveaux arrivent, même pour un court instant.

 

Si ça bouge de façon pas terrible, la réalisation tente des choses à la façon des séries de Metal Heroes. Le combat final est, pour le coup, ultra spectaculaire. Par la démesure de la bestiole. Par le fait que les réalisateurs sont sûrs de leurs costumes, et n'hésitent pas à nous montrer en gros plans leurs créations. Ils sont aussi capables de faire apparaître en plan large Guyver et le boss final, alors qu'ils ne font pas la même taille (bon, ça reste rapide, mais tout de même, c'est à saluer).

 

Au final, on tombe sur un film trop bien fait pour être un nanar (et donc très loin du navet), mais avec tellement de tares, défauts, qu'il paraît même compliqué de dire que c'est une bonne série B. Pourtant, je me suis retrouvé captivé par ces costumes. Anomalie complète dans ce Gloubi-boulga (oui, ici on connaît Casimir, les jeunes, allez voir de quoi je parle) qu'est "Mutronics", la qualité des effets spéciaux rend ce film culte. De plus, il n'est pas plus mal joué que certains "Street Fighter" (oui, celui avec Jean-Claude VanDamme) ou "Mortal Kombat" (oui oui, avec Christophe Lambert).

 

Attention cependant, même si il y a beaucoup d'humour "cartoonesque", les costumes peuvent impressionner les plus sensibles, et il y a un peu de sang. Un film que l'on peut donc qualifier d'OVNI (Objet Visuel Non Identifié... ça ne veut rien dire, il faut que j'arrête de tenter des trucs), qui s'avère divertissant malgré ses malheureusement trop nombreux défauts. Pas aussi drôle qu'un nanar, nous sommes tout de même face à une pellicule (oui, vieux, tout ça, je sais) ultra captivante. Que je conseille aux personnes capables d'apprécier les films moyens mais qui aiment les films de monstres avec de magnifiques costumes. Sans adorer, ce film m'a marqué, et je l'aime bien.

 

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