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Cultivons la curiosité

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Paprika

Paprika
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Plusieurs choses à traiter ici. Il est des réalisateurs qui marquent de leur empreinte, le média sur lequel ils ont travaillé. KON Satoshi aura marqué les séries d'animation avec son unique entrée dans ce média. "Paranoïa Agent" (2004) étant une des série animées les plus marquantes, par son entrée dans la psychés de ses personnages notamment. Mais aussi une sorte de critique introspective du milieu de l'animation. Si j'ai encore du mal à citer spontanément la série, la faute à ma mémoire défaillante (j'oublie souvent le nom, du coup je sors un "la série de KON Satoshi" assez flou), elle est indéniablement au sommet de mes séries préférées. On peut même y ajouter les séries avec des actrices et acteurs filmé·e·s.

 

Que dire de son marquage au fer rouge du cinéma, avec sa première réalisation "Perfect Blue" (1997). Une fois de plus, on va rentrer dans la psyché d'une ancienne idol qui décide de changer de voie et devenir actrice. Avec ses angoisses, ses doutes, mais aussi les murs instaurés par le monde du septième art. Au final, "Tokyo Godfather" (2003) sera son œuvre la plus accessible je pense. En sachant qu'il me manque désormais "Millenium Actress" (2001) à voir et j'aurai (déjà) fait le tour de ses œuvres majeures.

 

Car oui, comme pour HOSODA Mamoru, je prends mon temps. Sauf que pour KON, on sait depuis son décès en 2010 qu'il ne sortira plus rien. Et après avoir vu "Paprika" (2006), j'affirme plus que jamais qu'il est une immense perte du cinéma tout court (pas besoin de préciser d'animation ou japonais). Je reconnais que pour "Paprika", l'attente entre l'achat du BluRay et la vision du film fait peur. Plus de 10 ans (j'ai vu le film, et j'écris ces lignes, en septembre 2025). Voilà voilà. Nous voilà justement parti·e·s pour seulement 1h20, à un rythme effréné, qui va nous plonger dans les rêves et leurs significations. Petite bande annonce du film qui a été vu en version originale sous titrée en français.

Vidéo de Sony Pictures Entertainment

La version anglophone elle... pue... désolé. La bande annonce est nulle en tout cas. Genre ils vendent ça comme un "Matrix" (Lana et Lilly Wachowski, 1999)... Passons. Et si vous ne me croyez pas, regardez la dernière image de "Matrix", puis la dernière image de la bande annonce ci-dessus. Mais passons j'ai dit.

 

Tout débute par une auto rigolote qui s'avance sur une piste de cirque. Une clown, carrément trop grande pour la voiture en sort. Et on découvre que dans le public, un homme, Konakawa (ÔTSUKA Akio), recherche quelqu'un. Il demande de l'aide au même clown, puis à quelqu'un d'autre, avant d'être victime d'un tour de magie. On devine rapidement que nous sommes dans un rêve tellement tout va vite et n'a aucun sens. Pour l'instant. Notre homme se voit dans des films, puis ne pouvant lutter contre une personne en train de décéder, pour finir par une chute inexorable, qui pourrait entraîner son trépas.

 

Et c'est là qu'il se réveille, au côté de Paprika (HAYASHIBIRA Megumi, dont je n'ai absolument pas reconnu la voix, j'ai honte). On devine qu'elle lui sert de psy.. de... attendez, c'est quoi le terme, je vais chercher je reviens. Elle est onirologue, psychologue analytique... Que des termes complexes pour mon petit cerveau ça. En gros, Konakawa est hanté par un rêve et il a demandé de l'aide à une professionnelle (non, pas celle que vous imaginez bande de perverses et pervers) pour analyser tout ça.

 

Voilà qui tombe bien, vu que l'entreprise pour laquelle travaille Paprika a conçu le DC Mini, capable justement de montrer les rêves à quelqu'un (qui peut même les vivre) et les enregistrer. Après ceci, on découvre Atsuko, une chercheuse de cette entreprise justement. Elle trouve un Tokita (FURUYA Tôru, je ne cite pas la comédienne de Atsuko pour des raisons précises, pas par snobisme) affolé. L'homme est le génie qui a créé les DC Mini, et il en manque 2. Il se pourrait qu'ils soient utilisés à des fins terroristes, imaginez si vous pouviez entrer et modifier les rêves des grandes personnalités de ce monde...

 

Très rapidement les soupçons se portent sur Himuro (SAKAGUCHI Daisuke), qui a disparu et n'a jamais aimé Tokita, dont il était l'assistant. Problème, il semblerait que les membres de l'entreprise subissent une entrée dans leur rêve alors qu'iels sont encore éveillé·e·s. C'est Shima (HORI Katsunosuke) qui en fera les frais en premier, où nous assisterons en direct à une crise de somnambulisme qui le mènera à l'hôpital. L'aspect fort est que l'on verra son rêve juste après, ce qui rendra ses dires pendant sa crise, qui étaient incompréhensibles, logiques.

 

Euh, honnêtement, je ne vais pas aller plus loin dans l'histoire, car je vais me mélanger les pinceaux je sens. On va passer de la réalité au rêve de façon abrupte, ce qui pourrait nous perdre, mais on nous donne toujours un indice pour savoir où nous en sommes. Ensuite, sachez que l'animation, même si le film a 20 ans au moment où paraît cette chronique, bah c'est toujours magnifique. L'introduction façon cirque est somptueuse. Et tout le reste est de la même qualité. Dire qu'il existe en plus une version 4K, ça doit être magnifique.

 

On retrouve énormément de choses qui viennent de la série "Paranoïa Agent", l'inspecteur de police, les scènes qui n'ont aucun sens, l'aspect dérangé de certains personnages présents en rêve. Tout ceci va vite... même trop vite par moment. Pas le temps de tout analyser, c'est clairement un film qui doit se voir et se revoir pour en apprécier la totalité. Le scénario de MINAKAMI Seishi et KON Satoshi (qui s'inspire du roman "Paprika" de TSUTSUI Yasutaka et qui est sorti en 1993) se veut alambiqué, mais pas forcément complexe. Je sais, c'est une forme de paradoxe, mais quand on arrive à bien distinguer le rêve de la réalité (et on y arrive grâce à l'excellente réalisation de KON Satoshi), on sait à quoi s'attendre.

 

Ainsi, on devine un peu trop facilement qui est Paprika, que Konakawa a un traumatisme en rapport avec le cinéma et un chiffre (tout ceci nous sera expliqué et révélé dans le film). Et une fois de plus, le film parle de problèmes psychologiques. Un trauma qui nous empêche d'avancer. Un dédoublement de la personnalité qui bloque les émotions, une volonté suprême qui pousse à faire des choses pas nettes. Un amour que l'on désire tellement qu'il nous pousse limite au viol (désolé, mais le coup du papillon, où l'homme met sa main, le cocon qui s'ouvre, j'y ai vu un viol)... Enfin bon, tellement de sujets abordés qu'il m'est impossible de tous les évoquer. Même si certains semblent flagrants comme la boulimie de Tokita.

 

Il n'y a absolument rien à redire. Si, peut-être le rythme effréné qui déstabilise au début, mais dont on se fait rapidement. Ceci pousse à revoir le long métrage, tant on ne peut pas tout voir lors d'une unique vision. KON Satoshi explore encore davantage la psyché humaine, cette fois-ci en analysant les rêves. Qui peuvent bloquer, ou au contraire libérer. Les passages rêvés sont magiques, un mélange de tout et n'importe quoi. Le tout avec la musique de HIRASAWA Susumu qui accompagne à merveille les images. Christopher Nolan s'inspirera du même roman pour son film de 2010 "Inception", d'où certaines similitudes. La complexité est encore plus forte chez le réalisateur Étasunien cependant.

 

Si je vous conseillerai plutôt de voir "Tokyo Godfather" et "Paranoïa Agent" avant le film du jour (pour "Perfect Blue" il n'y a pas de conseil à indiquer), il est un long métrage à connaître. À voir, et même à revoir, pour bien tout saisir. Ne vous inquiétez pas, vous sortirez du film en ayant compris, mais on sent que comme le rythme est élevé, on peut facilement passer à côté de détails intéressants. J'ai adoré, mais il faut le voir en étant bien en forme, car il faut suivre. Je vous conseille l'intégralité de l'œuvre de KON Satoshi. Dire qu'il ne me reste que "Millenium Actress" à voir, je suis triste.

 

@+

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