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Cultivons la curiosité

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Peninsula

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Yeon Sang-ho était arrivé, comme Danny Boyle et son "28 jours plus tard" (2002), à insuffler un vent de fraîcheur dans l'univers des morts-vivants. Il faut dire que depuis "The Walking Dead" (série qui débuta en 2010, basée sur les comics books "Walking Dead"), mais surtout "28 jours plus tard" et "Dawn of the dead" (Zack Schnyder, 2004, nouvelle version du mythique film du même nom de Geroge A. Romero de 1978), le zombie et l'infecté ont le vent en poupe. Au point que l'on en mange à toutes les sauces, même la saga vidéoludique saluée (au début) pour son réalisme, "Call of Duty" se plia à l'appel du mort-vivant.

 

En 2016, Yeon Sang-ho mit en scène deux œuvres. La première, moins connue que la seconde, "Seoul Station", est un film d'animation qui servira de préquelle à "Dernier train pour Busan". Ce dernier fût une claque monumentale, surtout au cinéma. Ce fût aussi une immense surprise. Certes, le cinéma sud-coréen avait une belle réputation, mais là, on sentait que l'on passait au niveau supplémentaire. Celui qui fait que les films deviennent facilement visibles du grand public. Celui-ci a même envie d'aller le voir dans les salles obscures.

 

Mmmmoui, mon introduction n'est pas folle, mais sachez que tout ceci est pour vous dire que "Peninsula" est le troisième film issu de l'univers des infectés créé par Yeon Sang-ho. Il est sorti en.... 2020. Oui, pas de bol. Un virus qui décime un pays asiatique... d'accord. Mauvais timing. D'ailleurs c'est cette sortie en une année bizarre qui a fait que je ne l'ai pas vu au cinéma. Si, à un moment, les cinémas ont pu ré-ouvrir avant de re-fermer. Enfin il me semble. Désolé, je préfère oublier cette période. Donc, on part pour 1h56, à nouveau dans la péninsule sud-coréenne, à nouveau avec plein d'infecté·e·s. C'est co-écrit par Park Joo-suk et le réalisateur Yeon Sang-ho. Le film a une très mauvaise réputation, ayant déçu beaucoup de fan du long-métrage précédent, donc nous allons voir ça en version originale sous titrée en français après la bande annonce en verison française.

Vidéo de AuCiné

Avant de rentrer dans le vif du sujet, sachez que "Peninsula" est à "Dernier train pour Busan" ce que "28 semaines plus tard" (Juan Carlos Fresnadillo, 2007) est à "28 jours plus tard". Un film plus nerveux, qui veut faire dans le grand spectacle. Avec l'aspect "militariste" de "Le jour des morts-vivants" (George A. Romero, 1985). Ce qui explique la déception qui s'annonce. Surtout si on combine avec un autre point, l'aspect "Mad Max" (George Miller, 1982). Mais nous y reviendrons.

 

Parce que pour tout vous avouer, au début du film, j'ai pendant un temps trouvé que les gens qui donnaient leurs avis sur internet abusaient. Nous sommes en 2016, histoire de faire connaissance avec Jeong-seok (Kang Dong-won), un militaire qui est allé chercher la famille de sa sœur afin d'évacuer la Corée du Sud, en proie à une épidémie horrible qui rend les gens infectés ultra agressifs. Il arrive à ses fins, seulement, un évènement sur ce bateau va le mettre en déroute vers Hong-Kong et non plus le Japon comme prévu.

 

L'introduction est bien tendue, on retrouve l'aspect angoissant du film précédent. Bref, nous sommes en terrain connu. Puis arrive l'ellipse. En 2020, à Hong-Kong, Jeong-seok peine à se remettre des pertes qu'il a eu à subir sur le bateau. Heureusement, son beau-frère Chul-min (Kim Do-yoon) est avec lui. On sent qu'être Coréen dans un pays étranger n'est pas cool. Il faut dire que la péninsule a perdu son nom, et est devenue une zone désertée. Plus personne ne rentre ni ne sort.

 

Alors que le duo se pose des questions sur la marche à suivre, sur ce qu'il aurait fallu faire en 2016 pour sauver leurs proches, un bon plan intervient. La mafia locale a essayé de récupérer un camion contenant 20 millions de dollars étasuniens. Vu qu'ils sont Coréens, ce serait cool de les aider à récupérer cet argent, car la précédente mission a échoué. Oui, ça se passe en Corée du Sud, enfin, dans la "péninsule" le premier nom étant proscrit.

 

L'idée de retourner dans cet enfer n'enchante guère Jeong-seok, seulement l'hostilité ambiante le pousse à accompagner son beau frère dans cette mission. Iels seront 4 en tout et pourront encaisser 2.5 millions chacun·e·s. Là encore, le film fonctionne. On peut y percevoir de la xénophobie, le stress post traumatique de la perte d'êtres chers, l'angoisse du quotidien. Mieux, une fois le pied posé dans la région de Séoul, on a un lieu post apocalyptique calme (il fait nuit et les infectés ne bougent qu'à la lumière et au bruit). La découverte de l'agglomération de Séoul, dans une belle photographie nocturne signée par Lee Hyung-deok, est là aussi anxiogène.

 

On passera sur le fait qu'il y a un passage pour une voiture, peut-être est-ce là le civisme coréen, de laisser une voie pour les secours ? Et enfin, l'équipe retrouve le camion. Assez facilement. On les sent observé·e·s, mais on ignore par qui. L'argent est bien là, et il faut désormais fuir car une meute est attirée par la petite erreur du beau-frère, qui a actionné l'avertisseur sonore du camion en voulant détacher le chauffeur, qui n'était pas si refroidit que cela.

 

Encore une fois, même si on perçoit une petite faiblesse dans certains effets spéciaux, ça passe. Même si il est difficile de s'attacher aux personnages, ça passe. Seulement, les gens qui observaient notre quatuor passent à l'action. Ils font partie de la troupe 631, un ancien camp militaire où les gens ont tourné maboules. Et à la recherche de camions de vivres, ils vont s'intéresser à celui de notre équipe. Alors que 2 membres sont tué·e·s par les infectés, le beau-frère se cache dans le camion qui sera pris par le sergent Hwang (Kim Min-jae) et ses troupes, direction la base de l'unité 631.

 

Pour Jeong-seok, c'est nettement plus surprenant. Une... enfant, va le prendre en auto stop. Enfin non, mais elle va lui demander de monter à l'arrière de l'automobile si il veut survivre. Ce qu'il fera. Ainsi, voici Joon (Lee Re), et sa petite sœur Yujin (Lee Ye-won). Pas le temps de comprendre qui elles sont, en tous les cas l'ainée a un joli coup de volant pour en fonction qu'elle est loin de l'âge légal pour passer son permis.

 

Et c'est à partir de là que j'ai compris. J'ai compris les critiques du film. En quoi il était décevant. Les effets spéciaux concernant la poursuite en voiture sont totalement à la ramasse. Yeon Sang-ho a voulu faire du grand spectacle, un mélange de "Mad Max", "Fast and Furious" (Rob Cohen, 2001), "Course à la mort" (Paul W. S. Anderson, 2008), mais avec une physique de cinématique PlayStation... première du nom. Oui, les textures restent jolies, pas impressionnantes non plus, mais la façon dont réagit le véhicule rappelle les cubes PlayStation se déplaçant bizarrement. En tout cas, c'est ce que j'ai ressenti. Il n'y a rien ici qui fait que l'on s'y croit. Et à la fin du film, dans la dernière poursuite, il faudra en plus compter sur une réalisation illisible...

 

Passons, car Jeong-seok va découvrir leur maman, Min-jeong (Lee Jeong-hyeon), et le papy Kim (Kwon Hae-hyo). Ce dernier semble discuter avec une certaine Jane, même quand la radio est éteinte. On sent qu'il n'a plus toute sa tête et qu'il essaie de rassurer tout le monde comme il peut. Pendant ce temps Chul-min découvre sa nouvelle condition, celle de chien errant, au sein d'un camp dont la seule soupape est un jeu bizarre. On met des chiens errants dans une arène (anciennement une galerie marchande d'un centre commerciale) et pendant 120 secondes, on les regarde fuir devant des infectés, tout en pariant le peu de vivres que vous avez sur tel ou tel humain. Là, on pense forcément un peu à Negan ou à "The Walking Dead" en règle générale. Je pourrai citer les films de Romero, mais ma mémoire me fait défaut, du coup je ne sais pas précisément quels films vous indiquer.

 

L'occasion de découvrir que le sergent Hwang n'aime pas trop le chef du camp, le pleutre capitaine Seo (Koo Kyo-hwan). Qui pourtant semble indiquer quels vivres distribuer et quand le faire. Je savais que je connaissais cet acteur, qui, à l'instar de Kwon Hae-hyo joue dans la série "Parasyte : The Grey" (saison 1 de 2024). Bon, je vous passe le reste. Min-jeong apprend par Jeong-seok qu'il y a un téléphone satellitaire dans le camion volé par l'unité 631. L'occasion pour elle de sauver sa famille de cette vie qui consiste plus à survivre qu'autre chose. Une attaque est décidée, à 2 contre plein de militaire (le papy Kim doit protéger les 2 filles de Min-jeong).

 

Ceci nous offre des scènes de fusillades, qui passent encore, même si il y a un peu trop d'action. Puis au milieu, on tombe sur un moment riche en émotion, où l'on retrouve les sensations de "Dernier train pour Busan". Et arrive la poursuite finale. Je n'ai pas les mots, c'est dégueulasse. Mal réalisé, on ne comprend rien, avec cette physique de jeu PlayStation 1, tantôt rigide, tantôt trop rapide (au point que l'on croit à de la téléportation), Yeon Sang-ho a voulu vendre son film à l'international avec des scènes de poursuites impressionnantes, mais il ignore comment les faire. Ces 15-20 minutes (temps total des poursuites tout le long du film) sont en trop et gâche le plaisir et l'émotion. Dommage.

 

La fin aussi, et là arrive le second défaut du film (qui peut en vérité se résumer en un seul défaut, "l'américanisation" du long métrage), le scénario est trop prévisible. Les films non étasuniens, spécifiquement asiatiques, sont capables de surprendre. En laissant mourir un personnage important par exemple. En tuant des enfants aussi. Et là, désolé, je révèle sans le faire la fin, mais on sent la fin joyeuse, la "happy end". Ceci fout en l'air tout le plaisir, toute la surprise, tout l'intérêt d'un film ne venant pas d'Hollywood.

 

Petit aparté, mais voilà pourquoi j'ai tendance à être déçu de voir la KPop se tourner vers les États-Unis d'Amérique. Surtout le groupe TWICE pour ma part. Car à trop chercher à plaire à ce public là, vous en perdez les gens qui viennent vous voir pour la fraîcheur et la différence que vous apportez. Si demain je veux entendre un titre de Megan Thee Stallion, j'achète son album. Pas besoin de nous faire croire que "Strategy" est un titre de TWICE où serait invitée la chanteuse Étasunienne. Là, c'est pareil pour Yeon Sang-ho, il a perdu sa vision pour épouser celle d'Hollywood. Quel dommage.

 

Désolé pour ce petit paragraphe, c'est juste que la Corée du Sud, avec son soft power, avait trouvé un bon compromis entre inspiration de l'occident (surtout des États-Unis d'Amérique, ne nous le cachons pas, l'Europe n'existe pas aux yeux des Coréens et Coréennes), et sensibilité Sud-Coréenne. Ce mélange, habilement dosé, était plaisant, pour tout le monde. Seulement, il me semble que depuis quelques temps, la péninsule épouse complétement le modèle étasunien, en sortant de simple copie.

 

Je reviens sur mon exemple de TWICE, mais oser dire que l'album "Strategy" entre dans le lore des albums KPop du groupe est une erreur. Il eut fallut faire comme l'ultime sortie de Purple Kiss, le nommer "Full English Album". Surtout qu'en écoutant l'album "Strategy", on ne ressent pas le style du groupe, mais plutôt d'artistes anglophones qui cherchent à conquérir les États-Unis d'Amérique. "Magical" pouvant être chantée par Kylie Minogue sans aucun soucis.

 

Trop calibré pour les États-Unis d'Amérique, mais sans en avoir les moyens, "Peninsula" est pourtant un très bon film, auquel on finit par s'attacher aux personnages. Trop basé sur l'action, cherchant trop à faire dans le spectaculaire avec des effets spéciaux ridicules, et surtout une notion de mise en scène des course-poursuites inexistante, le film déçoit. Un remontage sans les scènes véhiculées serait le bienvenu et offrirait un second souffle au long-métrage. Au final, j'ai bien aimé, mais je me suis arraché les cheveux sur ce grand spectacle qui vire au ridicule, et une fin trop Holywoodienne.

 

Dommage. Voilà le terme qui correspond bien. Dommage. À voir tout de même pour sa superbe distribution (les actrices qui jouent les enfants sont bluffantes), quelques thèmes, celui de la rédemption notamment, qui peuvent parler. Des scènes d'attaques d'infectés toujours saisissantes (là par contre iels savent faire). Je m'attendais à pire, mais il est vrai que c'est, et j'en fini les comparaisons là, le "Resident Evil 3 : Nemesis" (Capcom, 1999, puis 2020 pour sa mise à nouveau) de la saga. Plus action, frôlant le ridicule par moment. Mais qui peut se voir. Quel dommage quand même.

 

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