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Cultivons la curiosité

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Soleil Vert

Soleil Vert
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Le film que nous allons voir aujourd'hui est spécial. Je me souviens l'avoir découvert dans le cadre d'une collection de films de science-fiction, aux éditions Atlas il me semble. J'étais très sceptique à l'époque de devoir voir un vieux film, à l'esthétique peu reluisante. Au final, malgré un rythme mou, l'énorme révélation combinée au pessimisme du film m'avait plu. On pourra jouter d'autres choses dont je ne me souvenais plus. Mais ceci sera légèrement approfondi dans la chronique.

 

Dans le cadre du mois spécial cinéma sur Ashou, je vous propose un retour en arrière. 2022. Ah, ce n'était pas si loin en fait. Non, plus sérieusement un retour en arrière, quand l'an 2000 faisait encore rêver. Ou au contraire était source d'anxiété. En 1973 Richard Fleischer réalise "Soleil Vert", sur un scénario de Stanley R. Greenberg. Ce dernier adapte le roman d'anticipation pessimiste du même nom, signé Harry Harrison. Ce livre est sorti en 1966, et présente quelques différences notables. Sur lesquelles nous ne reviendrons pas car nous n'avons pas lu le livre. Bande annonce.

Vidéo de imineo Bandes Annonces

La vidéo était en version originale. Sachez qu'évidemment j'ai vu ce film ainsi mais sous titré en français. Plus pratique pour tout bien saisir. Et il faudra bien suivre cette enquête, peu commune. Car oui, nous sommes certes sur un film d'anticipation (2022 est dans 49 ans en 1973), mais surtout une enquête qui va dépasser ce dont a l'habitude l'enquêteur Frank Thorn (Charlton Heston).

 

Bon, dans la bande annonce vous y voyez la seule fusillade du film. Comme pour vendre une action qui n'est absolument pas présente. C'est drôle de regarder les bandes annonces après les films, on constate que soit il y des révélations imperceptibles sans connaître le film, ou carrément des grosses révélations. Et on voit aussi comment le film fut vendu. Bref, on regarde ce que donnent les 96 minutes du long métrage ?

 

Tout débute avec l'évolution de notre société. L'Humanité, dans un but de confort, a créer des villes, des automobiles, et détruit son environnement. Ceci fait qu'en 2022, la survie est difficile. New York est plombée par un brouillard vert peu sympathique. L'État est tout puissant, imposant un couvre-feu drastique auprès des personnes non autorisées. Comprenez par là les pauvres et les inutiles doivent dégager le chemin, quitte à s'entasser dans les cages d'escalier des immeubles.

 

Une autre catégorie a le droit de sortir. La police. Bon, le personnel faisant tourner les usines de Soylent, denrée ayant remplacé la nourriture, se présentant sous la forme d'un petit biscuit carré et coloré. Les saveurs et apports nutritionnels étant différents en fonction de la couleur. Ainsi que leur prix. Et ça tombe bien, car le Soylent Vert est tout nouveau et il déchire. Bon et sain, malheureusement il ne peut être distribué que le mardi, et encore, il n'y en a pas pour tout le monde. Logique quand on apprendra avec quoi il est conçu.

 

Alors, j'emploie le terme Soylent, car il est sous titré ainsi. En version française je ne sais pas comment il est traduit. En Soleil ? Soylent est un anglicisme pour indiquer un aliment sans saveur. Si j'ai bien compris. Mais bon. Passons. Thorn est détective dans la Police. Il est assisté par Sol (Edward G. Robinson), son maître à penser. Ce dernier a connu l'ancienne vie. Celle des verts pâturages et des animaux. Celle du Soleil dans le ciel, de la brise rafraîchissante, qui est loin de la chaleur et l'humidité ambiante.

 

C'est alors qu'il prend une nouvelle enquête, que la vie de Thorn va basculer. Doucement, mais surement. Un peu comme "Bullit" (Peter Yates, 1968), c'est un cas qui va dépasser non pas ses capacités, mais son statut social. Il est pourtant heureux de ne pas faire parti des 20 millions de sans emplois (sur 44 millions) que compte New York. Même si l'eau n'est pas courante, rationnée, avoir un job est un miracle, et il peut se faire dégager n'importe quand. On apprendra sur la fin que si il rate 3 jours, même pour se remettre d'une blessure par balle, il est viré. Marrant, on dirait presque certaines idées qu'on veut nous vendre aujourd'hui en France.

 

Passons. Car cette enquête est sur le meurtre d'un notable richou, qui vit dans un luxueux appartement. Nous avons vu Simonson (Joseph Cotten) se faire assassiner, alors que sa fille était sortie avec le garde du corps pour chercher des produits frais. Enfin, sa fille... On en reparle. L'homme riche semble accepter sa mort, comme si son secret était trop lourd à porter. Soit il déballait tout, soit sa compagnie commanditait son trépas. C'est cette dernière option qui fût choisie.

 

Seulement, ça a beau avoir été maquillé en larcin qui a viré au meurtre, Thorn n'est pas né de la dernière pluie. Il sent le coup fourré et va pousser son enquête, provoquant la colère de son supérieur (à qui on a dit de classer l'affaire). Lors de sa première visite à l'appartement de Simonson, on le voit se servir tranquille. On devinera après que c'est courant, et que notre héros procède ainsi et graisse la patte à son chef pour être tranquille.

 

On apprendra autre chose aussi, Shirl (Leigh Taylor-Young), celle que j'ai pris pour la fille de Simonson, est un Meuble. Elle fait partie du mobilier (le terme "furniture" en anglais). En gros elle est dans le loyer et doit se soumettre à tous les désirs de son maître. Faire à manger, tenir l'appartement propre, et plus. Voilà voilà. La condition de la femme n'est pas reluisante en 2022 dites moi. Des scènes paraissant naturelles choquent. Comme quand Thorn s'offre carrément une partie de jambe en l'air avec Shirl (non montrée). Genre tu fais pas ça au meuble quand tu enquêtes quelque part quoi...

 

De fil en aiguille, Thorn va remonter la piste, constater que certaines personnes sont impliquées dans cette assassinat, et il va se retrouver seul contre la méga corporation qu'est Soylent & Cie, fournisseur officiel de nourriture à l'Humanité. D'ailleurs, c'est une nourriture saine, qui vient du plancton et du soja, d'où sa richesse en protéines. Enfin bon.

 

Thorn va mener Sol vers la vérité. Ce dernier, l'apprenant, décide que cela en est fini pour lui. Et là on découvre que le suicide assisté existe ici. D'accord. Un acte qui meurtrit Thorn, mais rien ne l'attendait à ce qu'il allait découvrir en suivant son ancien compère vers son dernier trajet. Et là. Stop. Il vaut mieux ne rien dire.

 

Car si "Soylent Green" (désolé, je ne peux pas l'appeler "Soleil Vert") fonctionne sur un rythme mou (marrant, on dirait vraiment "Bullit"), il capte par sa vision limite apocalyptique du futur une fois que l'Humanité aura détruit son environnement naturel. On ressent l'aspect crasse de la forte chaleur ambiante. On se met à la place de Thorn qui profite de la climatisation, l'eau courante, le savon, dans l'appartement d'un défunt. Oh, on apprend un peu plus tard que si on touche un policier, un enquêteur, les forces de l'ordre quoi, c'est répréhensible, mais d'une façon ultra violente.

 

On apprend aussi que les émeutes sont traitées à coup de Scoop, sorte de camions bennes avec des pelles géantes devant. Quitte à en écraser quelques uns, après tout ce ne sont que des pauvres. On y constate que l'Église reste un refuge pour les pauvres, mais qu'elle est dépassée par la situation. Et puis il y a cette ultime visite, que je vous laisse découvrir et qui nous donne la composition principale du Soylent Green.

 

La page wikipédia française du film est captivante (mais révèle tout) à lire. On y voit la comparaison avec la crise des années 70, la peur de la pollution, l'émergence de l'écologie, la peur d'aller dans un mur. Marrant de voir comment on savait déjà, il y a 50 ans, mais que bon, on ne va rien changer, après tout, du moment qu'on peut faire du pognon... Car si le film nous conte une dystopie, beaucoup le voit comme prémonitoire, comme ce qui attend l'Humanité à l'avenir. Je pense que ce sera plus violent (si si, c'est possible) que ce que nous montre le film, genre la planète va provoquer des catastrophes en pagaille... oh, mais attendez, c'est exactement ce qui arrive.

 

Enfin bon, on ne refera pas le monde et avec de la chance, on ne le verra pas. Et puis après tout, il n'y a qu'à laisser ça aux futures générations. Oh mais dites donc, c'est que je parle comme un vieil abruti fini à la pisse là. Pour conclure (car là ça part en sucette), après "Idiocracy" qui nous montrait un futur où l'Humanité est stupide, ne se nourrit que d'un truc, la boisson verte là, on tombe là sur son ancêtre. Les riches continuent d'accaparer les meilleures choses, s'attribuent même les jeunes femmes ici (désignées comme étant du mobilier... sans commentaire, oui, j'avoue, je ne m'en remets pas). Et les pauvres gagnent juste le droit de survivre, ou de se suicider avec de l'aide. Ça prend 20 minutes, et après tu es libre.

 

D'ailleurs, le "Foyer" où ont lieux ces décès assistés, est blanc, aseptisé. La mort fait penser au lavage de cerveau de "Orange Mécanique" (Stanley Kubrick, 1972), mais avec des images calmes. Qui remémorent l'ancien temps, où l'Humanité était heureuse. Tout ça pour vous dire de passer outre le côté mou du film, qui manque un peu de rythme c'est vrai (oui, malgré ses 96 minutes). On se retrouve face à une œuvre qui, à défaut d'être prémonitoire, n'est pas si fantasque que cela. Elle s'avère même effrayante, et ne manquera pas de vous insurger contre certains points. Le traitement des femmes, des vieux, et la façon donc les riches vivent au dessus de tout ça devraient en faire partie. J'ai adoré et vous le conseille, même si il peut effrayer par sa résonance actuelle.

 

@+

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