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Cultivons la curiosité

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#JeSuisLà

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Nous ne traitons pas souvent de films français ici. Essentiellement parce que je ne m'intéresse pas plus que cela aux comédies potaches, ni aux drames parisiano-centrés sur des personnes ayant des problèmes de riche mais que voulez-vous, la vie est injuste même pour elles et eux. Parfois, une comédie arrive à sortir du lot, parce qu'elle me parle. Ou le film est délirant à souhait, un peu comme Quentin Dupieux sait le faire. Plus rarement c'est un film différent qui attirera mon attention, mais c'est assez rare (d'où le "Plus rarement" introduisant ma phrase). Les "Gueules Noires" (Mathieu Turi, 2023) ou "Mars Express" (Jéremie Périn, 2023) sont assez rares, tellement qu'ils ne passent même pas par chez moi au cinéma.

 

Puis parfois, c'est un détail qui fait que le film m'intrigue. Ainsi, juste avant que tout ne ferme pour cause de pandémie mondiale, "#JeSuisLà" attira quelque peu mon attention. Ce qui suis va paraître ridicule, et je m'en excuse par avance. Mais il faut savoir qu'en 2020, même avant, fin 2018 pour la partie coréenne, début de cette même année pour les débuts japonais, j'écoutais pas mal TWICE. Oui, le groupe de KPop. Je n'en étais pas encore au niveau d'arriver à reconnaître les membres, mais je précommandais tous leurs albums depuis la fin 2018. Sans le regretter.

 

Je n'étais pas encore assez ouvert pour découvrir d'autres groupes, hormis Blackpink, IZ*ONE et BTS. Oui, pas encore de Itzy ou Loona alors que les groupes existaient déjà à cette époque. Bref, quand un film français tout doux fût annoncé en mettant en avant la Corée du Sud, je me suis dit : "Pourquoi pas ?" Bon, la pandémie faisant son chemin, le film est sorti de mon radar jusqu'à sa sortie en DVD. Ou après, parce que vous savez, je suis lent et j'ai peu de mémoire. Mais bref, ayant plus d'expérience avec la KPop, j'avoue que je me suis dit que ce film serait sympa à voir. Voilà pourquoi on se retrouve devant une fausse comédie romantique je dirai. Mais regardons la bande annonce en version originale qui est aussi la version française (il faut que j'arrête de faire cette blague, bon, ce ne sera pas pour aujourd'hui).

Vidéo de Gaumont

Le film est écrit par Thomas Bidegain et Éric Lartigau, ce dernier se chargeant de la réalisation. Il a réalisé "Mais qui a tué Pamela Rose ?" (2003), "Un ticket pour l'espace" (2006), mais surtout le très bon "La famille Bélier" (2014). Le tout avec un Alain Chabat dans un rôle de boomer en crise de la soixantaine on va dire. Avec pour fond une idéalisation de la Corée du Sud et d'une relation à distance via les réseaux sociaux... non, honnêtement les 95 minutes s'annoncent bien. S'annonçaient bien plutôt.

 

Stéphane (Alain Chabat) est restaurateur dans une villa du pays Basque. À son compte donc, il a tout de même une belle salle, et on devine qu'il a deux fils, Ludo (Jules Sagot) et David (Ilian Bergala), et qu'il est divorcé. D'ailleurs, on va débuter le film avec le mariage du premier. On passera sur une scène que je n'ai pas compris du tout, Ludo semblant être bisexuel... enfin bon, c'est un détail dans le film. Un détail qui montre que Stéphane ne semble pas tout savoir de ses enfants.

 

Notre protagoniste entretient une relation amicale avec Soo (Doo-na Bae vue notamment dans "Sense8", la série des sœurs Wachowski, "The Host" de Bong Joon-ho sorti en 2006, mais surtout, pitié surtout, "About Kim Sohee" de July Jong qui date de 2022, pitié regardez ce film, ma parenthèse est carrément trop longue et voilà ti-pas que j'en rajoute, promis, j'arrête). Cette relation, il l'entretient via une sorte d'Instagram. En vérité le film débute par une de leur conversation, où Soo lui demande ce qu'il aime. Elle aura pour réponse "tout", et on constate que Stéphane est assez creux, ou peu enclin à se dévoiler, on ne sait pas vraiment.

 

Rapidement pourtant, il lui parle de son chêne proche de chez lui. Cette relation, qui semble être prise comme un flirt par Stéphane, va prendre une autre tournure quand il va décider d'aller voir les cerisiers en fleur à Séoul. Sa vie lui paraît insipide, et il développe un culte pour la Corée du Sud, au point de commander des tableaux faits par Soo. Ceci lui fait changer la décoration de son restaurant. On le voit dans la bande annonce, mais Suzanne (Blanche Gardin), son associée, n'est pas aussi sensible que lui à cet art. Notons le running gag qui fait que Suzanne est toujours en retard, avec toujours une bonne excuse.

 

Stéphane constate qu'il n'a pas de compagne, qu'il a échoué sur son mariage (il est divorcé donc), et sa campagne du Sud-Ouest, offrant pourtant des décors magnifiques, le lasse. Ou alors il serait en train de tomber amoureux d'une personne qu'il ne connaît pas autant que cela. Le début du film, on va dire le premier tiers, nous montre donc cette relation ambiguë entre Stéphane et Soo. Sa volonté de changer, et sa nouvelle passion pour la Corée du Sud qui tient plus du fait qu'il est amoureux de Soo que de la beauté du paysage. Il y trouve une sorte échappatoire à son quotidien plan-plan. J'avoue que le début, il est chiant en fait. Certes on approfondit la personnalité de Stéphane, mais c'est long, très long.

 

Puis arrive son moment de folie, il confie les clés du restaurant à Suzanne et David, et part pour la Corée du Sud. Pour une fois que son père fait un truc une peu fou, David ne cherche pas plus que cela à comprendre et à le freiner. Seulement, au lieu d'avertir Soo bien avant son arrivée, il lui indique qu'il est bientôt à Séoul, vu qu'il est dans l'avion. Dès lors, le film va se transformer en "Le Terminal" (Steven Spielberg, 2004). Je n'en dirai pas trop ici, mais le deuxième tiers du film se concentre sur Stéphane qui découvre l'aéroport de Incheon, en attendant que Soo vienne le chercher. Il va se lier d'amitié avec beaucoup de monde de passage, même le personnel, et ce, malgré la barrière de la langue.

 

J'avoue que ce passage est assez marrant, intéressant aussi. On y découvre un Stéphane qui ne craint pas grand chose, qui va même y aller au culot avec un cuisinier, pour partager un instant sympa à préparer un canard "coin coin". Personnellement, je suis assez introverti et je n'aime pas trop voir les personnages faire des choses que je suis incapables de faire. Des choses réalistes je veux dire. Par exemple, quand il se fait demander d'éteindre son portable dans l'avion (alors qu'il attend la réponse de Soo), mais ne le fais pas de suite, je n'étais pas bien du tout. Alors le voir seul, ne pas paniquer, patienter dans un lieu inconnu et même engager la conversation sans maîtriser l'anglais (mais il se démerde bien je trouve) ou ne pas connaître le coréen, j'avoue, j'étais un peu en sueur.

 

Bon, arrive la confrontation, avec l'idéaliste Stéphane et la plus froide Soo. Tout trouve une explication, et on y découvre un terme coréen que j'ai oublié, sorte de non-dit, de posture qui indique une opinion, je ne sais pas l'expliquer précisément, mais on comprend que Stéphane n'a pas compris ce que recherchait Soo. Une fois de plus, je n'en dirai pas plus, mais c'est bien expliqué dans le film. On notera avant cette rencontre une présentation de Séoul magnifique, qui change de ce que l'on peut voir de la part des influencers (en anglais, car c'est plus inclusif). Ici, la caméra reste en majorité à hauteur d'homme, et on se retrouve dans Séoul, c'est assez bluffant. Ces 10 minutes sont les meilleures du film.

 

Après, la fin, c'est juste un rabibochage familial, plutôt bien fait, sympa comme tout à voir. Et voilà. Une fois le film terminé, je ne savais pas quoi en penser. Le début est mou, lent, il n'y a rien de drôle ou touchant. Il est difficile pour ma part de me mettre dans la peau d'un boomer qui réussit plutôt bien sa vie, mais semble chercher plus et faire une crise de la soixantaine. De plus, son comportement est au final assez toxique, vu qu'il force la main à son interlocutrice. Une fois de plus, c'est une question de point de vue. Moi qui déteste déranger les gens, je ne me vois pas prendre l'avion et dire à une personne que je connais au Japon, à la Réunion, ou en Suisse, que j'arrive pour partager un repas ensemble. Et ce au dernier moment.

 

Je viens de lire sur la fiche wikipédia du film que Première le comparait à un "Lost in translation" (Sofia Coppola, 2003) à la française (avec Incheon/Séoul en lieu et place de Tokyo). Mmmmoui, bof. Par contre, L'Obs semble parler de la symbolique des réseaux sociaux, et là, j'avoue que c'est vrai. Même une idéalisation que internet peut donner à travers un écran. Ainsi que l'adaptation que peuvent avoir les personnes avec cette nouvelle façon de communiquer. Ici, rien de grave, Stéphane a les moyens de se payer ce voyage (il a revendu un tableau qui s'avère être plutôt cher), et il ne risque pas de perdre son emploi (le restaurant lui appartient), mais il faut reconnaître que ça aurait pu être plus grave.

 

Une fois de plus, même après une nuit de sommeil, rien n'y fait, je n'ai pas d'avis tranché sur ce film. J'ai adoré voir la partie sud-coréenne, la découverte du terminal de Incheon, mais surtout l'arrivée à Séoul (désolé pour la révélation, car elle met du temps à venir). Mais sous couvert de film tout doux, il y a quand même des choses qui gênent. Stéphane reste un forceur, même si il s'arrête quand il comprend pourquoi Soo agit ainsi. Sa personnalité fait un peu penser à celle de Antoine de Maximy, sauf que ce dernier est beaucoup plus courageux et aventureux. Et qu'au final, même si on voit des personnages sympathiques, on ne croise pas autant de monde que dans l'émission documentaire "J'irai dormir chez vous".

 

On peut y voir une crainte des réseaux sociaux de la part des personnes âgées, mais aussi un bilan de la vie de Stéphane, qui se rend compte qu'il a raté des choses. Au point de surprendre ses fils à la fin, quand il leur avoue ça. Stéphane est pur au final, malgré son "forcing". Je ne sais pas comment dire. Et on prend plaisir à suivre ses pérégrinations à Incheon, à le voir s'attacher aux diverses personnes qui travaillent ou ne sont que de passage. Mais je trouve le film un peu trop mou, trop mièvre, pour être bon. Si vous aimez la Corée du Sud, vous allez être déçu·e. On ne voit pas grand chose au final, même si le quart d'heure à Séoul est magnifique à voir.

 

Bref, une pseudo comédie romantique, qui est mièvre, mielleuse, sur un personnage qui fait une sorte de crise de la soixantaine. Le début est très long, mais il peut intéresser les gens qui aiment bien voir des personnages sortir de leur zone de confort, et changer un peu. Bizarrement je suis content de l'avoir vu, mais si tel n'avait pas été le cas, ça n'aurait pas changé grand chose dans ma vie. Bon, il n'y a pas masse de films qui peuvent changer la vie des gens aussi. Mais je veux dire par là que je n'ai pas plus envie d'aller au pays Basque qu'avant. Pas plus envie d'aller en Corée du Sud qu'avant. J'ai l'impression d'avoir vu un film qui fait penser aux long métrages parisiano-centrés, avec un problème de riche, mais sans que ça ne se déroule à Paris. Je ne sais pas comment l'expliquer. Bref, bref, bref. Je ne sais pas quoi vous dire. Si vous comptez le voir, pitié, patientez, ne coupez pas le film dans son premier tiers, car il devient intéressant après, ou, tout du moins, les découvertes de l'aéroport d'Incheon puis de Séoul valent le détour, et donc de voir une demie-heure un peu molle.

 

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