Cultivons la curiosité
La trilogie Rambo des années 80 est plutôt mal embarquée. En effet, le premier film était plus intimiste, plus proche du traumatisme laissé par une guerre du Vietnam perdue, où les soldats ont tout donné en vain. Pire, ils revenaient aux pays, celui de la bannière étoilée qu'ils aiment tant, comme parias. Peut-être pas à ce point, mais les soldats n'ont pas obtenu le retour de leur implication. Ce désamour n'est pas dû à la défaite, mais bien à la montée de la haine anti-guerre. Le mouvement "Peace & Love" (Paix et Amour) battait son plein, euh, non, 1975 c'était peut-être un déclin. Passons.
Donc "Rambo" de Ted Kotcheff est sorti 7 ans à peine après la fin déclarée de ce conflit. Quand j'y repense, le livre dont le film s'inspire est sorti alors que les troupes étasuniennes étaient encore en lutte au Vietnam. Le roman "Rambo" de David Morell a effectivement servi de base pour des personnages du film. Qui furent un peu modifiés par un Sylvester Stallone qui s'impliqua dans ce rôle. Un des 2 rôles de sa vie pour le coup. Puis vint "Rambo II : La Mission" (George Pan Cosmatos, 1985). Je ne sais pas par où débuter tant on pouvait se sentir insulté·e·s en voyant ce film. Ouvertement décérébré, il se payait le luxe de nous offrir un pamphlet pro-guerre, pro-armée, et recherche de héros, en plein dans les années Reagan. Il fallait tout faire pour laver l'honneur de la locomotive du monde libre, et quoi de mieux que de taper sur des Soviétiques pour se refaire la main.
La suite au "First Blood" (titre original du premier film) allait trop loin. Un homme seul allait libérer un camp de prisonniers Étasuniens, et ce sans l'aval de sa hiérarchie. Cette dernière le laissant même aux mains de l'ennemi. Muscles saillants, grosses explosions, éradication du camp, explosion d'un Hind au bazooka, esquive de bombardement, toute la panoplie du héros immortel était là. Rendant le film plus divertissant et stupide que son aîné.
Ainsi, quand le temps fût de lancer "Rambo III", une crainte se fit sentir. Allait-il y avoir un aspect "encore plus". Oui, TWICE chantait bien "More & More" en 2020, mais à un moment il faut doser. Surtout qu'en 1988 on arrive à la fin du bloc communiste, la fin de la guerre froide, et même la fin de l'ère Reagan. Nous allons voir qu'en plus, ce film se paye le luxe d'encenser un peuple qu'il a lui-même formé et équipé, pour se prendre un truc violent 13 ans plus tard (désolé, mais le carton final du film a une autre saveur après le 11 Septembre 2001). Réalisé par Peter MacDonald et scénarisé par Sylvester Stallone et Sheldon Lettich, nous partons pour 1h37 dans le désert Afghan, afin de péter la gueule des vilains Soviétiques. Mais regardons la bande annonce en version française, alors que j'ia vu le film en version originale sous titrée en français.
Vidéo de Ciné-Concept
Tout débute tranquillement en Thaïlande, par une petite baston. Clandestine ou non, je ne sais pas. En tout cas John Rambo (Sylvester Stallone) se tatane, et après un début de combat compliqué, c'est la victoire. Avec une sorte de pitié auprès de son adversaire, qu'il n’achèvera pas. On sent la reconnaissance dans le regard de ce dernier d'ailleurs, et une forme de respect qui s'instaure. Oh, mais attendez, c'est le colonel Trautman (Richard Crenna) au fond. Il est accompagné d'un homme bien sapé, et ils ratent Rambo de peu.
Opiniâtre à l'extrême, c'est sur un chantier de construction d'un temple Bouddhiste (il me semble), que Trautman pourra présenter Griggs (Kurtwood Smith) de la CIA, à notre héros. En effet, actuellement les méchants Soviétiques sont en train d'oppresser le peuple Afghan. La belle et grande Amérique (les U.S.A. en fait) essaye bien d'envoyer des missiles à ce vaillant peuple, histoire qu'ils dégomment les hélicoptères Russes, euh Soviétiques pardon, mais une région est trop complexe pour larguer ce matériel. Ainsi, il faut passer par la route, le chemin, le désert, bref, par la Terre, et c'est le colonel Trautman qui est en charge de la mission.
Le colonel veut son meilleur homme avec lui. John Rambo. Mais ce dernier, il est pépouze, contre du travail il est logé, blanchi et nourri. Et croyez-moi qu'il doit en manger du riz pour entretenir sa musculature. Passons. Trautman comprend, ce n'est pas la guerre de John. Et cet abruti de colonel ne trouve pas le meilleur moyen que de se faire attraper par les Soviétiques. Résultat Griggs vient avertir John que son ami est dans le caca, et que rien ne sera fait pour le sauver. Ni une, ni deux, Rambo décide d'y aller. Façon "Mission : Impossible", le gouvernement de son pays niera avoir eu connaissance de sa personne. Comme d'habitude quoi.
On passera l'aspect "j'y vais pas, j'y vais", qui intervient en une fraction de seconde et le moins que l'on puisse dire c'est que, pour l'instant, le film se tient. Il est même sympa car nous présent les Afghans comme un peuple résiliant, qui se battra jusqu'à la mort. Moussa Ghani (Sasson Gabai) va aider Rambo à traverser la frontière pakistano-afghane, puis lui présenter les rebelles du coin. En attendant, Trautman subit la torture de Zaysen (Marc de Jonge), qui, grâce à un connard de traitre Afghan, va décider d'aller passer le bonjour à ce fameux John Rambo.
Là, après avoir découvert le sport local (mélange de polo, basket, quidditch, mais avec un cadavre de chèvre), on assiste à l'attaque soviétique. Dévastatrice. On tombe sur une scène d'action folle, impressionnante, qui va loin, mais pas trop. Oui, John évite les balles et abat un hélicoptère, tout en se cachant dans l'angle mort de Zaysen, mais franchement, ça passe encore. Donc, John n'abandonne pas son ami, et ira dans le fort où est détenu Trautman seul si il le faut. Moussa Ghani va tout de même le guider.
Et là, on tombe sur une scène d'infiltration à la "Metal Gear Solid" (un jeu vidéo initialement sorti sur PlayStation). Forcément, ça va partir en cacahuète, et il faudra dézinguer du Soviétique. Une fois de plus à la façon d'un jeu vidéo d'action. Cette fois-ci le film va trop loin, et le pire sera atteint quand notre héros devra s'opérer lui-même pour sortir un éclat de bois ou de fer.
Alors que Zaysen envoie la majorité de ses hommes dans le désert à la recherche des fuyards, John est de retour et sauve Trautman ainsi que des prisonnières et prisonniers. Pratique, Zaysen va poser son hélicoptère, moteur en marche, ce qui va profiter à Rambo et ses camarades pour fuir. L'hélicoptère c'est un gros truc, pourtant il sera mis à mal par quelques balles de mitraillettes. Passons.
Bon, s'ensuit une autre scène tendue dans une grotte, où Trautman et Rambo affrontent moult Soviétiques, puis un gros balèze à mains nues. Pour finalement tomber devant une image surréaliste, notre duo faisant face à... littéralement, une armée Soviétique menée par Zaysen. Là on a définitivement viré dans le n'importe quoi, et le combat final est à la fois spectaculaire et débile. Le face à face final est ridicule, il vous fera forcément exploser de rire. Pourtant c'est plutôt bien mis en scène, mais il faudrait songer à ne pas trop abuser.
L'abus. Voilà comment qualifier ce final du film. Pourtant, jusque là, rien ne m'avait choqué. Oui, si, l'infiltration du fort, la fuite, les soins, le retour, OK, c'était beaucoup, mais rien de pire à comparer à "Rambo II : La Mission". Mais ce final... OK, l'image de fin qui montre Trautman et Rambo seuls contre une armée Soviétique est belle, puissante, mais d'un ridicule. Sans parler de l'ultime face à face...
Délaissant définitivement l'aspect psychologique de son personnage, ses traumatismes, la saga Rambo se noie ici dans une volonté d'offrir un final spectaculaire, digne du héros Étasunien qu'il est. Seulement, il fallait doser les mecs. Là ça va carrément trop loin. Ce qui est d’autant plus frustrant, que le film offrait un beau début, une première moitié qui offrait de l'action un peu poussée, sans aller trop loin. J'ai même vu des aspects vidéoludiques qui font que je ne comprends pas pourquoi personne n'a encore fait une adaptation digne de ce nom de la saga en jeu vidéo.
Le sommet du film, facile à dire vu de 2025, c'est ce carton ultime qui rend hommage aux combattants Afghans. Quand on sait que c'est lors de cette guerre contre les Soviétiques que les États-Unis d'Amérique ont formé et donné des armes à Oussama Ben Laden, euh... voilà quoi. Quand on sait (désolé, je fais de la politique), qu'aujourd'hui (au moment où j'écris ces lignes du moins, mais je doute que la situation ait changé entre juin et septembre 2025), on laisse le peuple Palestinien se faire massacrer sous prétexte que l'on ne veut pas se faire traiter d’antisémite... C'est compliqué (sachant qu'en plus ceci n'empêche pas le peuple Israélien de subir des attentats alors que les dirigeants sont pépouzes dans leur bunker). Bref, désolé pour cette parenthèse.
Que dire. Au final, j'ai passé un bon moment et je me suis senti moins insulté que pendant la vision de "Rambo II : La Mission". Par contre, nous sommes à des années-lumières du premier film. Qui reste le meilleur de la saga je pense. Faire d'un long métrage ayant un personnage qui dénonce les affres de la guerre, qui parle des traumatismes qui en découlent, un pamphlet pro-guerre, qui fait littéralement tout péter... quel chemin parcouru. Un gros virage à 180° prit suite aux années Reagan (OK, le premier film date de 1982, au début du mandat du quarantième président des U.S.A., mais la pré-production date d'avant), qui fera paradoxalement de John Rambo un héros guerrier indestructible alors qu'il montrait une certaine fragilité dans le premier film. J'ai tout de même bien aimé, il reste à voir, mais va vous provoquer quelques crises de rire jaune.
@+
P.S. : Oui, Sly (pour Sylvester Stallone) reviendra bientôt dans ce mois spécial trilogie sur Ashou, juste un peu de patience.