Cultivons la curiosité
Il fût un temps où le sommet du cinéma horrifique venait d'Espagne. Non pas que la péninsule ibérique (ou une partie de cette péninsule vue qu'elle comporte aussi le Portugal) ne propose plus de bons films désormais, mais il est vrai que le cinéma d'horreur Européen pouvait compter sur l'Espagne. Un peu comme aujourd'hui ce pays domine le football, il dominait les œuvres du cinéma dit de genre dans les années 2000. Je pense l'avoir déjà raconté ici, mais en fait, j'ai, depuis longtemps (avant de me taper sachez que ça m'a passé) toujours détesté l'Espagne et la langue espagnole. Leur façon de vivre, jusqu’à point d'heure, faire la siesta, la fiesta, la feria, la tauromachie, la dominance en vélo (Indurain), tennis (Nadal), même en football (oui, déjà, voir le triplé fait par l'équipe de football masculine Espagnole entre 2008 et 2012). La Formule 1 aussi avec Fernando Alonso.
Bref, cette domination outrecuidante, combinée au fait que dans mes années de collège et lycée je détestais les cours d'Espagnol, ont créé une sorte de haine pour tout ce qui venait de là-bas. Seul Jarabe de Palo trouvait oreille attentive chez moi avec son excellente chanson "Bonito" (c'était en 2003). Si désormais j'ai bien changé, j'ai apprécié la fin de carrière de Nadal, et son remplaçant désigné Carlos Alcaraz me plaît bien. J'aime aussi le style de Fernando Alonso, et la roja (surnom de l'équipe espagnole de football) offre un joli jeu solide, que ce soit du côté des masculins que des féminines. Par contre je déteste toujours autant la langue. Qui, paradoxalement, trouve certains sons identiques au japonais que j'aime bien. Sans l'impression que tu vas cracher en prononçant les "j". Ah, oui, j'oubliais, j'ai énormément aimé "La Casa de Papel" (2017-2021) que j'ai vu en version originale sous titrée en français.
Reste que pour ma personne, voir un film en langue espagnole en 2007-2008 (le DVD a dû sortir en 2008, voire 2009) n'était pas gagné du tout. Pourtant, alors que je lisais avidement les Mad Movies chaque mois (avant d'arrêter, puis de reprendre et enfin d'arrêter définitivement, n'achetant plus que les hors séries), un film semblait sortir du lot. Et ce film, très court, nous allons le voir aujourd’hui dans ce mois spécial cinéma horrifique sur Ashou. Fait ironique, nous avons déjà vu "Rec 3 : Génésis" (Paco Plaza, 2012) sur Ashou, et je en m'en souviens plus du tout. Je sais aussi que j'ai vu "Rec 2" (Paco Plaza et Jaume Balagueró), mais je ne m'en souviens plus et c'était avant la création de Ashou en 2014.
Donc c'est en 2007 que sort un film de Paco Plaza et Jaume Balagueró, qui scénarisent avec Luis A. Berdejo une transposition du mort vivant en Europe, à Barcelone si je me souviens bien. Ici, il y sera question de film d'infecté·e·s ("28 jours plus tard" de Danny Boyle, 2002, est passé par là), en combinant avec le "found footage", de type "Le projet Blair Witch" (Eduardo Sánchez et Daniel Myrick, 1999). Mais avec les moyens d'une toute petite équipe télévisée locale. Donc pas de caméra grand public, mais tout de même, ça va secouer. On se lance pour 75 minutes intenses, donc le dernier quart d'heure va vous faire changer de sous vêtements.
Vidéo de Madman Films
C'est tout simple, Pablo (Pablo Rosso pour le physique que l'on voit peu, Javier Coromina pour la voix que l'on entend un peu plus) est caméraman pour une petite émission de la télé locale. Il va accompagner Angela (Manuela Velasco) pour l'émission "Pendant que vous dormez", qui suit les personnes qui travaillent pendant que vous dormez. Le titre est bien trouvé. Aujourd'hui, enfin cette nuit plutôt, c'est au tour des pompiers. Et on voit la préparation, les dialogues aussi entre Angela et Pablo, pour savoir ce qui peut être intéressant ou non. Et on suit donc cette nuit dans une caserne. C'est ennuyant, mais bon, il faut bien faire le boulot.
Une fois minuit passé, on ignore l'heure précise, un appel retentit. Iels partent en intervention, une dame âgée pousserait des cris de douleurs dans un appartement du centre. On arrive dans la cage d'escalier, la police est là, on demande même de ne pas filmer, mais peut importe, il faut ce reportage. Et les voici accompagnant les 2 policiers et les 2 pompiers dans l'appartement de la dame. Qui est en sale état et semble confuse. Au point de mordre le policier, et de provoquer une petite panique.
Alors qu'ils évacuent l'appartement, de retour dans la cage d'escalier, un truc cloche. Il est impossible de sortir, l'immeuble est en quarantaine. De quoi augmenter la panique et l'anxiété des résidents et résidentes. Pablo filme toujours comme il peut, et dans l'ensemble, l'image est de qualité, même si logique, lors de l'agression du policier il a tremblé. On va découvrir qu'en fait, une infection biologique pourrait avoir infecté certaines personnes de l'immeuble, et forcément, malgré un moment d'accalmie, l'horreur va reprendre de plus belle.
Comme le film est court et qu'il repose justement sur ce changement de rythme, je ne vais pas aller plus loin dans l'histoire. Sachez qu'il y aura des dialogues intéressants, pas mal de racisme aussi, de la panique, des morts violentes, du sang, une caméra qui bouge beaucoup, une mauvaise luminosité, mais assez pour se chier dessus. Bref, c'est parfaitement réalisé, même si par moment on voit la volonté de positionner les actrices et acteurs pour que l'on voit un peu ce qu'il se passe.
En fait, le seul gros défaut du film est que Pablo semble par moment, absent. Oui, il y a un truc qui fait que quand on voit l'action à travers une caméra, on ne pense pas à agir, mais il est rarement fait appel à Pablo pour filer un coup de main, comme lorsqu'il faut baisser le rideau de fer parce que des infectés arrivent. Certes, il y a des moments où on lui demande de l'aide, donc on n'y pense plus, mais je trouve que le passage sur le rideau de fer est le plus marquant à ce sujet.
Sinon, pour tout le reste, c'est parfait. Il n'y a qu'une seule caméra (je crois que les points de vue seront augmentés dans le deuxième film), mais malgré tout, ça fonctionne. Une fois de plus, on perçoit que la caméra se positionne pile pour bien nous montrer certaines choses, ce qui fait un peu téléphoné, mais dans la tension du film, ça passe. Alors que le récit alterne scènes calmes et plus violentes, la fin est juste insoutenable. On passe par un moment où on comprend d'où peut venir l'infection, absorbant avec avidité toutes les informations que l'on nous transmet. Avec les coupures de presse, le merdier ambiant de l'appartement et j'en passe. Puis ce final, où l'on se retrouve asphyxié pendant bien 10 minutes. C'est à vivre honnêtement, et ça vient finir un travail qui était déjà excellent ici.
Car oui, nous sommes face à une sommité du film d'horreur. Souvent comparé au jeu vidéo "Resident Evil" (Capcom, 1996), pour son aspect huis clos dans une demeure peu accueillante, il y a un peu de ça, l'aspect surentraîné des personnages en moins (ceci sera pour "Rec 2"). Il y a une montée progressive de la tension, de l'horreur même, et des personnages qui paniquent de plus en plus. Mention spéciale pour Manuela Velasco qui joue à la perfection cette journaliste cherchant des réponses mais que se chie aussi dessus par moment. On pourra regretter une caméra qui bouge trop, mais je pense que ça participe à l'ambiance asphyxiante du film. La photographie de Pablo Rosso (oui, celui qui prête son physique à Pablo dans le film, même si on ne le voit quasiment pas) est parfaite, car on arrive malgré tout à comprendre ce qu'il se passe, malgré par moment des surexpositions dues à la torche puissante de la caméra.
Alors, il existe une version étasunienne, "En quarantaine" (John Erick Dowdle, 2009), mais il paraît que c'est un désastre. Ceci n'empêchera pas de voir ce film tôt ou tard sur Ashou, par curiosité. Par contre, merci de bien voir l'original avant. C'est vraiment un film d'horreur exceptionnel, qui prend aux tripes, fait souiller ses sous vêtements dans son final, et procure des sensations comme jamais. Malgré mon aversion pour la langue espagnole, je l'ai vu en version originale (sous titrée en français) et c'était un régal. Donc oui, si vous aimez les films à sensations, je vous le conseille fortement, c'est, je pense, un passage obligé dans les catégories "found footage", infectés, huis clos et horreur. J'ai adoré comme lorsque je l'ai découvert.
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