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Cultivons la curiosité

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Super Express 109

Super Express 109
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Les films catastrophes existent depuis tout temps. Attendez, non pas les films catastrophiques (qui existent aussi depuis longtemps), mais les films sur des catastrophes, naturelles ou non. Si le genre est un peu tombé dans l'oubli, je me souviens de long-métrages sur des avions en difficultés, des missions spatiales où les astronautes frôlent la mort. Des tremblements de terre, des petits soucis d'extraterrestre, des tornades, et j'en passe. Oui, bon, techniquement le genre existe encore, mais il trouvera son sommet dans les années 70-80, "Airport" (George Seaton, 1970) redonnant un souffle nouveau au cinéma de grand spectacle et d'immense tension.

 

Il y a tellement de films à citer, que je ne le ferai pas, ou si peu. Car nous entamons un cycle sur Ashou, qui sera court, mais regardera du côté des trains. Cinq films que je n'ai jamais vu, vont voir leurs chroniques arriver ici entre juin et août 2025. Cinq films se déroulant dans un train. Cette idée me vient évidemment avec la sortie de "Bullet Train Explosion" (HIGUCHI Shin'ichi, 2025) sur Netflix. Mais avant de voir ce long métrage, regardons un bref instant en arrière. Le film cité est en effet une suite, plus ou moins officielle de "Super Express 109" (SATÔ Jun'ya, 1975). Ce qui tombe plutôt bien, car en apprenant cela, et avant de regarder le film de 2025, nous avons décidé sur Ashou de prendre la version éditée chez Carlotta Films.

 

Cette version offre un poster, des petites cartes avec des photos du film, un BluRay contenant le film en version originale sous titré en français remastérisé, ainsi qu'un DVD de bonus. On trouvera même sur ce dernier la version française de 1976, violemment raccourcie car basée sur la version étasunienne. C'est bien le BluRay que nous verrons aujourd'hui, et nous voilà en route vers Hakata dans le Shinkansen 109, pour un trajet de 2h30. Petit extrait vidéo.

Vidéo de CarlottaFilms

Dans la nuit noire, dans la nuit noire électrique, ce n'est pas Isabelle qui va se cogner contre les murs, mais un jeune homme qui rampe sous des trains de marchandise à l'arrêt. Nous sommes sur l'île septentrionale du Japon, il n'y a pas de neige, et on suppute que le monsieur n'est pas là pour entretenir les wagons. Il installe un truc sur un bogie, et voilà.

 

On va nous présenter le top de la technologie japonaise, avec le centre de gestion du Shinkansen. Train rapide qui peut voyager à 250 km/h en toute sécurité. Et des sécurités, il y en a des tonnes. Impossible de prendre à défaut le compiuteul, euh, l'ordinateur pardon, qui n'hésitera pas à tout stopper si il sent un danger proche. C'est le prix de la vitesse, il faut tout sécuriser. La salle est immense, l'occasion de faire connaissance avec un des hommes qui gère le trafic. J'ai évidemment paumé son nom, veuillez m'en excuser.

 

On découvre aussi Okita (TAKAKURA Ken), a qui le jeune homme du début indique qu'il va prendre l'avion vers Tokyo et qu'il a bien placé le dispositif comme prévu. Il se nomme Fujio (GÔ Eiji) si je me souviens bien. Bon, un truc chiffonne Okita, c'est qu'une des 4 personnes au courant de ce plan s'est faite arrêter par la police. L'occasion de voir un bref flashback, qui nous montre comment le malfrat s'est imposé dans le plan de Okita. Les liens entre Okita, Fujio et Hiroshi (ODA Akira) nous serons montrés au fur et à mesure, dans des retours en arrière très riche en émotion, qui nous montrent le mobile principal.

 

D'ailleurs, le benjamin de ce coup, Hiroshi, profite de la halte du train à Tokyo pour placer la bombe. Ce qui permet, une fois le Shinkansen lancé, à Okita d'amorcer le plan. Une fois en marche, le train a armé la bombe. Si il descend sous les 80 km/h, ça fait boum, y'a plus de train. Habitués des alertes à la bombe, le gestionnaire du train prend ça sérieusement, mais sans paniquer. Petit exercice pour chercher la bombe dans le train, bon, y'a rien.

 

Seulement, le train de marchandise du début, il servait de preuve. La même bombe, à base de dynamite (excusez du peu), est sur un vieux train à vapeur. Quand il passera sous les 15 km/h, il fera boum. Alors que les deux cheminots arrivent à s'extirper à travers une cascade pour le coup assez impressionnante, notre train va bien partir en fumée. Ce n'est plus un exercice, c'est sérieux, et il faut vite trouver 5 millions de dollars en billets de 100, afin de sauver les 1500 passagères, passagers et équipages du Shinkansen 109.

 

Kuramochi (ITSUI Ken, merci Google et pas Wikipédia qui met son nom tout en bas alors que c'est un des rôles les plus importants du film), le monsieur de la SNCF qui gère le train 109, enfin pas de la SNCF, mais vous voyez ce que je veux dire, bref, Kuramochi va avoir une tonne de choses à gérer. Tout en ménageant la chèvre (la police), et le chou (ses patrons), ainsi que le conducteur Aoki (CHIBA Sonny), qui a tendance à perdre ses nerfs. Mais en plus, notre gestionnaire va devoir aider le jeune chef de train, membre de l'équipage, je ne sais pas comment on dit pour un train, un contrôleur, bref, il va devoir l'aider à calmer les passagers et passagères.

 

Les scènes de panique dans le train sont édifiantes. Elles angoissent, et l'on voit la peur s'emparer des diverses et divers passagères et passagers. L'un doit à tout prix s s'arrêter à Shin Osaka car il a un contrat de plusieurs milliards de yens à signer, l'avenir du Japon en dépend. Quitte à vouloir sauter du train en marche ou forcer l'arrêt. Un truc important, sur la version originale, les scènes dans le train ne sont pas si nombreuses que cela. Oui, il y a entre le tiers ou la moitié qui s'y déroule, mais on passe plus de temps sur la recherche des terroristes et sur les terroristes eux-mêmes que dans le Shinkansen 109.

 

En effet, après que Kuromachi, chronomètre en main et cerveau en fusion avec les calculs mentaux qu'il fait, ait permis d'éviter une catastrophe, on s'attarde plus sur la police. Et cette dernière est ridiculisée. Entre le fait qu'elle fait de fausses promesses, qu'elle demande à avoir l'autorité, qu'elle échoue à 20 contre 1... et j'en passe, c'est impressionnant. Et le final sera absolument sans appel. Kuromachi ayant des mots forts, entre lesquels il faut lire, suite à la décharge de stress qu'il vient d'avoir. Ce personnage est, je pense, le meilleur de l'histoire. Il me fait indéniablement penser au secouriste de "Tunnel" (Kim Seong-hoon, 2017), qui sera le seul à chercher des solutions logiques et finalement arrêtera tout à la fin, même si bon, dans le film sud-coréen le secouriste se fait plus mettre au placard qu'autre chose.

 

Mais j'en ai déjà trop dit. J'en rajoute une couche en vous disant que justement, les terroristes, même si ils sont prêts à prendre tous les risques et que Okita tardera à donner le truc à la fin, ils ont leur raison. Économiques notamment. Mais je vous laisserai le soin de découvrir ça. Surtout que c'est expliqué le long du film, à travers des petits flashbacks qui n'en font pas des tonnes, et qui nous permettent de nous attacher à tout le monde. Sauf, désolé de le dire, à la police qui fait vraiment n'importe quoi. Le coup du club de judo sur la falaise... là aussi vous comprendrez.

 

On trouve plein d'autres scènes d'action autre que dans le train. Dans ce dernier il règne une forte tension, et en plus, à travers la panique, une femme enceinte va accoucher. Ici, nous ne sommes pas aux États-Unis d'Amérique, donc tout peut arriver. Encore une fois, vous verrez. Le coup de la docteure qui dit au contrôleur : "Vous avez des muscles bon sang, servez-vous en" parce qu'il n'arrive pas à empêcher la madame enceinte de bouger, on en rit un peu jaune.

 

Multipliant les points de vue, salle de contrôle du Shinkansen, les voitures du train, la cabine du train, l'entrepôt des terroristes, et j'en passe, SATÔ Jun'ya (qui scénarise le film avec ONO Ryûnosuke), ne nous perd jamais. La réalisation est propre, même si les cadrages en hélicoptère sont un peu... secoués on va dire. Bien que je n'ai pas retenu tous les noms des personnages, on sait qui est qui, et on s'attache à presque tout le monde. Même certains policier qui se font malmener (et insulter par les chefs), on voit bien qu'ils font de leur mieux.

 

Si le film dure 2h30, il paraît nettement plus court. Grâce à une gestion du rythme efficace. Loin du huis clos auquel on pourrait s'attendre, on voit du pays. Les gares de Shin Osaka et je ne sais plus quelle autre ville notamment. Il y a une gestion du temps parfaite aussi. Un réalisme dans les réactions des personnes dans le train notamment, bluffant. Le conducteur, interprété par CHIBA Sonny vient à perdre ses nerfs, ramené à la raison par Kuromachi. Ce dernier se prend quelques remarques de la part du conducteur, mais aussi de la police. Une fois de plus, à la fin, quand il dit les quatre vérités au chef policier en charge d'arrêter Okita, on sent que son geste, le fait qu'il dise qu'il ne peut pas continuer ainsi, on sent que le reproche, il le fait contre les décideurs.

 

Largement au niveau de "La tour infernale" (John Guillermin, 1974), la tension ressentie est forte. Sachez que oui, le film du jour a inspiré "Speed" (Jan de Bont, 1994), Unstoppable (Tony Scott, 2010) et les films que nous allons voir plus tard sur Ashou. Le fait qu'il soit de 1975, donc qu'il a 50 ans, ne gêne pas. Le coup des cabines téléphoniques, de l'opératrice téléphonique, des écrans, ça pourra paraître bizarre, mais on n'y prête pas attention. Car le film est bien mené, nous tient en haleine, sans nous perdre pour autant malgré le nombre impressionnant de personnes présentes ici.

 

Oui, alors que Godzilla quittait l'ère Showa avec son bof "MechaGodzilla contre attaque" (HONDA Ishirô, 1975), le cinéma japonais prouvait qu'il pouvait faire un film catastrophe haletant, du niveau de Hollywood. On comprend les réaction des voyageurs et voyageuses, rien n'est surjoué pour le coup, on comprend aussi la lassitude de Kuromachi, et, plus surprenant, on comprend le mobile des terroristes. OK, c'est l'argent, mais il y a une raison à ça. Le tout est bien mené, bien conté, ne nous perd jamais. Un super bon film catastrophe, où l'on verra quelques maquettes sympas. Tandis que le passage le plus explosif sera celui avec la locomotive à vapeur.

 

Bref, même si il n'est pas disponible sur les plateformes de streaming au moment où j'écris cette chronique (en mai 2025), si vous le voyez passer, ne ronchonnez pas sur les 2h30 du film, il passe vite. J'ignore ce que vaut la version internationale de moins de 2 heures. Si je vois où sont les coupes (je suppose du moins), j'ai peur qu'elles ne fassent la part belle à l'action en lieu et place de la psychologie des personnages, ce qui serait dommage. La version en BluRay est excellente, mais au pire du pire, vous avez le film de 2h30 sur un DVD, chez Carlotta Films, pour moins de 10€, et croyez-moi, il les vaut largement. J'ai adoré.

 

@+

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