Cultivons la curiosité
Il faudra attendre 4 années pour voir une œuvre de KON Staoshi revenir au cinéma. Après l'exceptionnel "Perfect Blue" de 1997, le réalisateur/scénariste sortait "Millenium Actress" en 2001 donc. KON Satoshi est, je pense, un des réalisateur d'animation Japonaise les plus respectables que l'on ait connu. Malheureusement parti beaucoup trop tôt, son œuvre reste à jamais visible par toutes et tous. Et ici, nous avons déjà vu son premier film, ainsi que "Tokyo Godfathers" (2003), "Paranoïa Agent" (série animée de 2004) et enfin "Paprika" (2006). Nous manquait "Millenium Actress" à voir, et une fois de plus, ce fût une claque.
Je peux donc déjà le dire, mais je n'en doutais pas, TOUTE son œuvre est sublime. Appréciant nous plonger dans la psyché humaine, KON aime mélanger rêve et réalité. Ici, il s'agira plus de fiction et de réalité, qui vont s'entremêler de façon sublime pour nous raconter une histoire d'amour impossible. Comme souvent chez KON, le personnage principal sera féminin, et après nous avoir montré les horreurs que peuvent subir les idols, on va s'attarder sur la difficulté du métier d'actrice. Le film a été vu en version originale sous titrée en français, et je vous laisse avec la même bande son pour la vidéo qui suit. Nous partons pour 83 minutes dans la rétrospective de la carrière d'une actrice.
Vidéo de Septième Factory Distribution
Rapidement, on devine que le début nous montre un film de science-fiction, pour mieux introduire la riche carrière de son actrice principale, Chiyoko Fujiwara. Qui aura trois actrices qui lui prêteront leur voix. Car nous allons traverser les époques. ORIKASA Fumiko se charge de la Chiyoko adolescente, la version adulte sera interprétée par KOYAMA Mami, et la plus moderne, plus âgée, verra SHÔJI Miyoko lui prêter sa voix. Car nous allons débuter par ordre quasi chronologique. Mais laissez-moi vous expliquer la structure du film.
Genya Tachibana (IIZUKA Shôzô) termine son montage sur les meilleurs moments des films de Chiyoko, une actrice qu'il vénère. Il mène son caméraman Kyoji Ida (ONOSAKA Masaya) dans les montagnes, loin de la destruction des studios qui virent le sommet de la carrière de Chiyoko. Ceci afin de l'interroger pour clore en beauté ce documentaire sur la riche carrière de l'actrice. C'est avec grand plaisir qu'elle accueille les 2 hommes pour expliquer comment, d'une recherche toute bête, elle s'est retrouvée comme actrice connue et reconnue.
Elle est née en 1923, et son père décédera à cause d'un tremblement de terre alors qu'elle vient juste d'arriver au monde. Ne manquant de rien grâce au magasin obtenu en héritage, elle sera rapidement découverte par un producteur de film. La guerre arrive, on est dans les années 30, et l'Empire Japonais est déjà en train de conquérir des territoires en Asie Continentale. Pour remonter le moral des troupes, quoi de mieux que de sortir un film qui se déroule en Mandchourie, un pays, une région, qu'essaie d'annexer l'Empire. Passons, je ne ferai pas de cours d'Histoire ici, mais sachez que cette période est aussi passionnante qu'horrible.
Sa mère refuse, mais Chiyoko va croiser un homme, et elle va tout faire pour le soigner. C'est un peintre qui semble recherché par la police, et il lui confiera une clé. Sachez que le récit navigue entre l'entrevue, et le passé. Un passé dans lequel apparait le journaliste et le caméraman. Ils se retrouvent à littéralement vivre l'Histoire. Par moment nous verrons Chiyoko du présent faire comme si elle chevauchait un cheval alors que Genya prendra le rôle d'un personnage masculin d'un de ses nombreux films.
Car la force du récit, en plus de mêler passé et présent, est de nous propulser dans la filmographie de Chiyoko. Ceci permet même de partir dans un Japon féodal, ce qui désarçonne un peu Kyoji. Il y sera aussi question de la seconde guerre mondiale, de l'après guerre, et j'en passe. Nous verrons même rapidement l’avènement des Kaiju Eiga, films de monstres en japonais, dont "Godzilla" (HONDA Ishirô, 1954) est un fer de lance. Ce qui est complexe avec KON Satoshi, aussi bien sur ce film que sur ses autres œuvres, c'est que c'est très graphique. Pas certain que ce soit comme ça qu'il faille le dire, mais les enchaînements font que l'on sait quand on est dans le passé, dans un film, ou dans le présent.
Sans maîtrise de la réalisation, nous aurions tôt fait de nous perdre. Surtout quand des années 30 on passe au Xè siècle... Ceci est évidemment grâce à la magie du cinéma. Sachez que chacun de ses films trouvent une résonance dans la vie de Chiyoko. Qui n'aura de cesse de poursuivre cet amour impossible pour lui rendre sa clé. Une fuite en avant qui ne s’achèvera qu'après une prise de conscience dans les années 70 je crois, qui fera que Chiyoko cessera toute activité et vivra recluse dans sa montagne.
On aura évidemment droit à des révélations, sur Genya notamment, mais aussi sur ce mystérieux inconnu. Enfin, pour ce dernier elles ne sont pas immenses, mais il faudra attendre la fin du film pour comprendre certaines choses. Je ne veux pas trop en dire. Et donc ce film nous montre comment, suite à une promesse faite, Chiyoko va verrouiller son cœur, et puiser dans ses sentiments pour interpréter des rôles toujours plus complexes. Ceci lui vaudra d'être reconnue comme une grande actrice, surtout dans les années 50. Il y sera question d'hommes manipulateurs (le réalisateur là, j'ai bouffé son nom), d'actrice plus âgée jalouse, et aussi des fans en la personne de Genya.
Certes il n'y a pas de grande violence effective à l'écran, même si on voit les horreurs de la guerre, mais l'histoire reste tout de même triste et montre comment Chiyoko a passé les ères à la recherche de son amour de jeunesse, de son premier amour même. Ah, oui, l'animation est effectivement magnifique, si vous connaissez le style de KON, vous ne serez par perdu·e·s. La photographie de SHIRAI Hisao aussi est sublime. Oh, je dois indiquer que le scénario est écrit par KON Satoshi donc, mais aussi MURAI Sadayuki, j'ai failli oublier.
Donc oui, une fois de plus nous sommes face à un film important de l'animation japonaise. Une fresque de quasiment 30 années, qui parle du cinéma japonais des années 30 à 70, mais aussi de la vie complexe en parallèle. On y verra une partie sympa transposée dans le japon féodal, avant de revenir vers un côté plus "futuriste" avec le dernier film de Chiyoko qui se passe sur la Lune. Le tout avec une narration intelligente, efficace, qui ne nous perd jamais. Au pire vous avez Kyoji comme point de repère, lui qui osera dire d'un bombardement étasunien sur le Japon pendant la seconde guerre mondiale que c'est de la science fiction. Avant de se faire recadrer par Genya.
Comme tout l'œuvre de KON Satoshi, c'est un film à voir. Peut-être moins complexe en terme de psyché de ses personnages, il reste malin dans sa réalisation et sa narration. Prenant du début à la fin, on s'attache aux protagonistes, et on a droit à une magnifique fin. J'ai adoré et vous le conseille chaudement. Peut-être un des films les plus facile à voir du réalisateur avec "Tokyo Godfathers".
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