Cultivons la curiosité
Illumination Entertainment aura été particulièrement actif en cette année 2023. "Super Mario Bros. Le Film" a plié le "game" en terme de recettes mondiales pour un film d'animation (et n'est battu que par "Barbie" au box office de 2023), on prédit un destin plus classique pour le film que nous voyons aujourd'hui. Disponible depuis le 6 décembre 2023 dans les salles obscures françaises, il est coréalisé par Benjamin Renner et Guylo Homsy. Sachez qu'il n'est pas encore sorti aux U.S.A., l'essentiel de l'animation ayant été assurée par Illumination Paris expliquant peut-être cela.
Sauf gros revirement de situation, ce film va marquer la fin de mon année dans les salles obscures. Malheureusement "Gojira Minus One", "Gueules Noires", "Mars Express" et "Je ne suis pas un héros" ne semblent pas être destinés à passer près de chez moi (pour le premier film c'est râpé vu que c'était temporaire). L'occasion pour moi de râler un peu, si ceci ne vous intéresse pas, vous pourrez passer les 3 prochains paragraphes et regarder la bande annonce en version française, soit la façon dont j'ai vu ce film d'une durée de 1h20.
Râlons un peu. Râlons auprès des cinéphiles, pas forcément dans le sens péjoratif du terme. Souvent, quand je pense à un cinéphile, je pense à quelqu'un de hautain, qui va t'expliquer que Michael Bay c'est de la merde, et que le dernier film paraguayen visible dans 2 salles en France est le meilleur film de tous les temps. Non, ici je parle bien des amoureuses et amoureux du cinéma, soit ce que veut dire le terme cinéphile. En effet, c'est beau de nous expliquer que le cinéma français de comédie c'est de la merde, et qu'au lieu d'aller voir un film avec Christian Clavier, il faut à tout prix voir "Mars Express". Bande de pas gentils et pas gentilles (je voulais dire cons et connes mais ce serait stupide de ma part), comment on fait quand ledit film passe à 1h30 de chez toi ? Sans compter le retour ? Sans oublier le prix du stationnement (les transports en communs ne sont pas envisageables) ?
Bref, je ne vais pas dépenser 20€ d'essence, 10 de stationnement, et 3h30 (je compte le temps de trouver une place de stationnement) pour aller voir un film, aussi parfait soit-il. Alors arrêtez de chouiner comme quoi les gens sont des imbéciles qui n'aiment pas le cinéma, et laissent les petites productions françaises mourir. Merci de penser aux personnes qui vivent en campagne, qui aiment le cinéma comme vous, mais ont des contraintes (j'ai loupé "Gojira Minus One" à cause de certaines contraintes). Merci d'arrêter de vous vanter, et surtout d'insulter les personnes qui ne vont pas se déplacer pour voir ce film si parfait (je parle de certaines personnes qui parlaient de "Mars Express"), et gueulez plutôt sur les distributeurs incapables de proposer ces pépites sur tout le territoire.
Mon cinéma a diffusé le pourtant peu rentable "The First Slam Dunk", certainement ma baffe ciné de l'année, donc la faute n'est pas à porter sur la gérance du cinéma de ma campagne. J'en ai clairement marre de ses donneurs et donneuses de leçon, qui œuvrent pour la bien bienpensance, et croient tout savoir de la vie des autres personnes. Je ne parle pas spécialement des personnes ayant vu les films suscités, mais d'une poignée d'influenceurs et influenceuses qui osent prétendre que le cinéma qui offre "Ambulance", le MCU ou les comédies françaises, est un mauvais cinéma, alors qu'à côté on y trouve des pépites qui ne sont même pas diffusées à côté de chez nous. Juste essayez de relativiser et de comprendre que ce n'est pas tout le monde qui habite une grande ville. Merci.
Vidéo de Universal Pictures France
Donc, que donne ce film scénarisé par Mike White ? Mack (Pio Marmaï) est un canard bien content de vivre paisiblement dans son étang. Pour endormir ses enfants Dax (Simon Faliu) et Gwen (Pia Gimenez-Bonfils), il leur raconte des histoires horrifiques, sur des canetons qui osent s'aventurer hors de cet étang. Pam (Laure Calamy), sa femme, essaie de rattraper le coup, il faut dire que Mack n'y va pas par quatre chemins, et que Gwen en sort terrorisée. Mais rien n'est trop abrupt pour briser les velléités d'évasion de Dax.
Après avoir vu des canards en migration faire une halte sur l'étang, la famille est gonflée à bloc pour les suivre. Seulement, Mack est trop peureux pour accepter cette requête. Après une conversation houleuse avec Pam, et surtout suite à son échange avec son oncle Dan (Patrick Raynal), le père de famille est décidé, ils vont migrer vers la Jamaïque.
Forcément, moult aventures les attendent, la rencontre avec une grue cendrée, un Ara (Delroy, joué par Waly Dia) emprisonné, et surtout son maître le cuisinier (qui ne parle pas du film). Ce dernier va devenir l'antagoniste pendant une partie du long métrage. Et pour finir, notre troupe va devoir libérer certains congénères, et prendre difficilement la route vers la Jamaïque.
Je n'en révélerai pas plus. Sachez une chose, premièrement, c'est à tomber tellement c'est beau. Surtout la fin, avec les couleurs, l'eau, le Soleil, qu'il soit couchant ou en train de se lever, c'est bluffant. La scène au dessus des nuages est somptueuse aussi. Ensuite, bon, il y avait pas mal d'enfants dans la salle, et le film y va pourtant franco. Il s'avère effrayant pour son jeune public, entre Mack qui d'entrée dit des choses violentes. Le passage horrifique avec la grue (qui voit une belle morale finale) est particulièrement éprouvant. Ce sont des codes de films d'horreur qui sont ici mis en place, et ça peut impressionner le jeune public.
Comme adulte, il n'y a rien de grandement surprenant ici. Et bien détrompez-vous. Lors du passage par le paradis des canards, j'ai tellement été habitué à la censure de "Super Mario Bros. Le Film", que je ne les croyais pas capable de montrer la vraie face de ce paradis. Sans parler de l'enfermement de Delroy, qui imposera un passage infiltration plutôt drôle. Bon, le passage salsa (la danse) sur une révision de "Survivor" du groupe Destiny's Child est là pour détendre l'atmosphère, mais passe bien quand même.
Le film est rempli de gags visuels, très cartoonesques. Il joue énormément sur la fibre familial aussi. Quand les parents ne veulent pas emmener le vieil oncle Dan par exemple, mais que Gwen arrive à la convaincre. Il y a aussi le fait que Dax peut être énervant, comme les enfants de 10-12 ans peuvent l'être. Vous savez, ils ont besoin de s'affirmer, d'être utiles, mais on sait qu'ils vont faire n'importe quoi. Je n'arrive pas à l'expliquer. Bon, ici Dax et Gwen auront leur moment. Gwen qui joue la petite sœur très touchante avec sa naïveté. Quand elle veut réconforter son grand frère et qu'elle propose un câlin, insistant tant que ça n'aura pas marché.
Vous l'aurez compris, "Migration" est un film tout public, qui a un peu le cul entre deux chaises. Il possède vraiment des moments terrifiants, une technique à tomber, des messages simples mais toujours bon à rappeler. Ceci plaira au public qui cherche à voir un film divertissant. Là où le jeune public appréciera plus les gags visuels efficaces, et auront droit à une petite morale sympathique sans pour autant qu'elle soit gavée. Et n'allez pas croire que parce que les acteurs et actrices qui prêtent leurs voix ici sont connu.e.s, qu'ils et elles servent de noms à mettre sur l'affiche.
Pio Marmaï est excellent en père de famille peureux qui cherche à affirmer son autorité et se découvre des qualités insoupçonnées. Bon, dans la distribution, Waly Dia est un peu énervant, mais je doute que ce soit de sa faute, vu qu'on a dû lui demander de finir ses phrases ainsi pour remémorer le Ara qu'il interprète. Déjà il n'a pas une voix de fumeur de joint, et c'était ma crainte quand on nous explique qu'ils vont rencontrer un oiseau qui connaît bien la Jamaïque. Laure Calamy est impeccable en mère de famille, tout comme Olivia Dalric en sorte de mafieuse pigeonne à New York.
À défaut d'être le meilleur film de l'année, "Migration" s'avère divertissant, drôle, parfois choquant dans sa mise en scène. En plus il s'avère magnifique et offre un voyage initiatique pour une famille canard coincée dans son quotidien. Il peut réunir toutes les générations, mais attention tout de même à certains passages, au début notamment, qui peuvent vraiment impressionner. J'ai aimé, et j'en suis le premier surpris. Pas au point de le revoir, mais je suis tout de même content de l'avoir vu.
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